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jeudi 23 décembre 2010

Cinéma Royal Part I

(The Tudors, saison trois)

J'inaugure une nouvelle thématique – influencée par mon goût pour l'Histoire – concernant la représentation de la royauté au cinéma depuis ces dernières dix années : pour la première partie, nous explorerons le portrait du célèbre Henry VIII en passant par la série The Tudors et le film The Other Boleyn Girl. La deuxième partie se centrera sur les deux films dépeignant la reine Elizabeth I (la fille du roi Henri VIII pour ceux qui ont du mal à suivre), tandis que la troisième partie sera sur le film The Young Victoria. Enfin, la quatrième partie parlera du film Marie-Antoinette, pour la représentation franco-autrichienne.

Pour ceux qui ont séché les cours d'Histoire :

La situation politique de l'Angleterre, avant le règne d'Henry VII, ressemblait à un casse-tête chinois : la guerre des Deux Roses (une histoire de succession au trône) ne prit fin qu'en 1485, année où le père d'HenryVIII, appelé très sobrement Henry VII, triompha à la bataille de Bosworth Field contre Richard III. Après cette victoire, l'ère des souverains Tudors débuta (elle se termine avec le décès d' Elizabeth I en 1603).
Henry VIII n'était pas promis au destin de roi : son frère aîné, Arthur (sans table ronde) devait porter la couronne ; la vie en décida autrement puisqu'Arthur décéda en 1502, alors que son père Henry VII régnait toujours. Le roi demanda au Pape une exemption pour que Catherine d'Aragon – qui se déclarait toujours vierge -, la veuve d'Arthur, puisse épouser le nouveau promis au trône, Henry VIII.
Henry VIII devint roi à dix-huit ans, en 1509.
Des six mariages qu'Henry contracta, il eut seulement trois héritiers (qui montèrent tous sur le trône) : Mary I, Elizabeth I, et Edward VI.

Que retient-on du règne d'Henry VIII?

Aujourd'hui, le nom du monarque renvoie inéluctablement à ses six épouses dont deux furent, sous ses ordres, décapitées.
En dehors de cette tendance à se marier à tort et à travers, il s'agit d'un des règnes les plus sanguinolents : nombreux furent les sujets accusés de « haute trahison » (et ici, haute trahison est synonyme de décapitation, de bûcher, de pendaison, de torture et même pire). Tout ceci se passait bien sûr à la Tour de Londres (Tower of London), l'antre du massacre politique; parmi les plus célèbres victimes du règne d'Henry Tudor, on peut citer ses deux femmes, Anne Boleyn et Catherine Howard, l'humaniste Thomas More, Thomas Cromwell (qui fut ministre du roi pendant presque dix ans), etc.
Henry VIII est peut-être un des rois les plus notoires, mais pas pour de bonnes raisons : au moment de son décès, ses caprices avaient réussi à faire de l'Angleterre un cavalier solitaire (puisque le roi avait été excommunié par Rome, suite à son divorce avec Catherine d'Aragon pour épouser Anne Boleyn) du point de vue religieux, et sa mégalomanie égoïste avait ruiné le pays.
Pour l'anecdote, la vie sentimentale d'Henry VIII a inspiré le conte sanglant « Barbe Bleue ».

The Tudors – une série haute en couleurs

Michael Hirst est un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous aimez les films sur l'Histoire d'Angleterre : il est le créateur de la série des Tudors, mais avant cela, jouissait d'une réputation dans l'écriture de scénarios de films historiques comme Elizabeth (1998) ou Elizabeth : the Golden Age (2007). Le but de la série est de dresser un portrait d'Henry VIII, en allant de sa rencontre avec Anne Boleyn en 1525, jusqu'à sa mort en 1547. Décrivant les histoires sentimentales d'Henry, la décadence de la cour, la situation politique internationale, et bien sûr, les guerres de religion ; en plus d'avoir un aperçu sur la vie du monarque, c'est un véritable diaporama de l'époque des Tudors qui se déploie sous les yeux du spectateur.
Les costumes, les décors ont été conçus avec un soin particulier du détail, pour sembler plus réalistes, crédibles.
The Tudors se compose de quatre saisons, trente-huit épisodes d'en moyenne cinquante minutes : c'est une série longue, qui a demandé d'importants moyens. Outre son budget conséquent digne de la production d'un film (ou même plusieurs), la série se targue de son casting alléchant notamment composé de Jonathan Rhys-Meyers (Henry VIII), Henry Cavill (Charles Brandon, duc de Suffolk), Callum Blue (Sir Anthony Knivert), Jeremy Northam (Thomas More), Sam Neill (Cardinal Wolsey), Peter O'Toole (le Pape Paul III), Alan Van Sprang (Sir Francis Bryan), etc.

Comment Henry VIII est-il décrit dans la série?

Sa psychologie s'empire, au fur et à mesure des saisons. Dès la première saison, le mot d'ordre est donné : Henry VIII a un foutu caractère, est capricieux, et profite bien de sa position dans la société. Il ne « visite plus la couche » de sa femme Catherine d'Aragon qui lui est entièrement dévouée, et partage son temps entre la chasse et la drague intempestive dirons-nous. Sa politique internationale est gérée par le cardinal Wolsey, et le roi a beaucoup de mal à accepter de faire la paix avec l'Empereur (le neveu de sa femme), et François I.
Henri VIII manigance son premier divorce parce qu'il désire faire des galipettes et avoir des enfants légitimes – un héritier mâle - avec Anne Boleyn et évince donc Catherine d'Aragon en tirant la langue à Rome. La réforme religieuse peut donc commencer, et l'entourage du monarque se fait protestant. L'Angleterre entre dans une phase d'instabilité générale, rythmée par les différentes épouses du roi, ses différents conseillers, et sa peur de vieillir, de mourir sans une descendance masculine.
La série évoque aussi le caractère versatile des relations que les gens de la cour entretiennent : un jour ils s'aident, le lendemain ils se tirent dans les pattes. Le roi est bien évident pareil : il agit souvent par hypocrisie, et par intérêt, il change d'avis comme de chemise en matière de politique internationale, en fonction de ce que les français et les espagnols font.
Pour témoigner d'un point de vue « privé » de cette nature lunatique, il suffit d'observer comment Henry VIII agit vis-à-vis de ses deux filles, Mary (aka Bloody Mary, fille de Catherine d'Aragon), et Elizabeth (aka The Virgin Queen, fille d'Anne Boleyn) : il les traite en princesses royales, les répudie, ne leur verse plus rien, puis les rappelle à la cour.
On pourrait résumer l'esprit du roi en ces quelques mots : il s'aime, il se considère comme digne, et ne tolère pas qu'on le salisse, même d'une éclaboussure microscopique et involontaire.

De quoi parle le film « The Other Boleyn Girl »?

Contrairement à la série the Tudors qui parle d'une grande partie de la vie d'Henry VIII, The Other Boleyn Girl se centre sur un passage de la vie de l'illustre roi, et même plutôt d'un passage des vies d'Anne et de Mary Boleyn, respectivement sa femme et sa maîtresse.
Le film raconte comment Mary et Anne Boleyn se sont disputées les faveurs du roi ; alors qu'au début de l'histoire, Mary devient la maîtresse du roi et agit de façon discrète, Anne est en France. Quand Anne apparaît à la cour anglaise, elle subjugue par son esprit, son physique et son charme Henri VIII qui tombe fou amoureux d'elle, au point de rompre toute relation avec sa soeur, Mary (qui vient de mettre au monde un fils, conçu sur la couche du roi) et de mettre l'Angleterre à feu et à sang en se détachant de Rome.

Est-ce historiquement valable?

En grande partie, non. The Other Boleyn Girl est d'abord un livre de Phillipa Gregory, très romancé : la rencontre entre Anne et Henry VIII ne s'est pas passée du tout comme dans le livre, et le portrait de Mary Boleyn n'est certes pas très ressemblant à celui dont les historiens parlent.
Il semblerait qu'en effet, Henry VIII ait usé sa royale couche avec Mary, mais contrairement à ce que le film laisse croire, la jeune femme était loin d'être innocente : toute la cour française, et même François I himself, étaient déjà montés sur la jeune anglaise.
Henry VIII, dans le film, est interprété par le séduisant Eric Bana, qui arrive tout à fait à convaincre de son poste royal. Néanmoins, en comparaison avec le Henry VIII de la série, celui du film fait pâle figure : il est terne et extrêmement malléable. A l'époque d'Henry VIII, certains ont pu tirer les ficelles du royaume, comme par exemple, la famille Boleyn, qui a influencé le roi, bien que celui-ci a toujours eu le dernier mot.
Un Henry VIII bien faible comparé à celui de la réalité, une Anne Boleyn jouée par une Nathalie Portman très orgueilleuse, une Mary Boleyn souillée d'inutilité et de niaiserie par une Scarlett Johansson pathétique: voilà le résumé de ce film, inégal, certes esthétiquement beau mais scénaristiquement à chier. Le majeur problème de The Other Boleyn Girl n'est finalement pas son casting féminin décevant (sauf Kristin Scott Thomas), ni son manque de véracité historique, mais le rythme avec lequel les évènements se succèdent : on insiste sur les fadaises sentimentales, et on éclipse complètement le bordel socio-politique qui découla de la décision du roi d'envoyer Rome se faire enculer par un baobab. C'est donc pour cela que le spectateur non-averti ne pigera pas pourquoi Henry VIII adopte vers la fin du film une gueule de prisonnier de goulag: les dernières vingt minutes du film abordent une période de quatre ans, riche en tragédies, qui sera résumée sommairement. On pourrait donc faire l'hypothèse que le film dresse un portrait psychologique des deux soeurs, plutôt qu'une description des faits : erreur et damnation, une coquille ne fut jamais aussi vide. La force de la série des Tudors est la richesse de la présentation psychique des personnages : ils évoluent, se transforment sous nos yeux. Même si la véracité historique n'est pas parfaite à cause de ce point de vue, la série se défend brillamment grâce à la profondeur de ses personnages, à leur complexité.

Au final, que faire si on veut en savoir plus sur Henry VIII?

Un nombre considérable d'ouvrages est disponible, que ce soit sur Henry VIII ou les Tudors. Pour les curieux qui ne veulent pas user leurs rétines sur des pages blanches, on peut vous conseiller de vous attarder sur la série des Tudors, un maximum fidèle à la « véracité historique ». Attention, ça décoiffe : scènes de sexe très suggestives, et tortures affreusement réalistes!
Si les Tudors n'est pas entièrement parfaite pour l'histoire d'Henry VIII*, elle donne un aperçu très réaliste de l'époque.


*Par exemple, les scénaristes ont choisi volontairement de changer le nom de Mary Tudor (la soeur d'Henry) en Margaret, afin d'éviter une quelconque confusion avec Mary, la fille d'Henry.














lundi 12 avril 2010

message écolo au cinéma?



A moins d'être complétement ermite, ignorer que l'écologie est un sujet au centre des préoccupations aujourd'hui relève de l'impossible. Copenhague cette année, les nouvelles voitures qui émettent moins de saloperies, les sacs réutilisables obligatoires, les écochèques, meilleurs prix dans les transports en commun pour les étudiants, tout est fait pour encourager le consommateur (pouvons-nous encore nous définir autrement que par ce terme?) à changer de genre de genre de vie. Bien sûr, quand on prend un peu de recul, cette nouvelle sorte d'écologie fait très « mode », et on ne s'étonne pas que les magasins bio ont pu fleurir aussi vite, en une poignée de mois, alors qu'il y a encore cinq ans, être écolo voulait dire être hippie, et qu'acheter local et bio semblait une blague réservée à moins d'un pour cent de la population. Bref, rien n'échappe au sujet vert, et surtout pas le cinéma.


Le cinéma, comme la littérature et la musique, est un produit de son temps avant tout. Même si nous avons des genres particuliers (films d'auteur, blockbuster, comédie, fantastique), qui, répondent à des normes stylistiques certaines, ils ne restent pas moins les résultats d'une époque précise, d'un moment dans le temps. Il est bien évidemment prématuré de définir le renouveau de ces dernières années, le recul nécessaire n'étant pas là. Néanmoins, ces quelques trois dernières années des films grand public avec des thématiques écologiques ont ébranlé le monde du cinéma. Hollywood devient écolo? Pas sûr, mais privilégie le message qui encourage le respect de l'environnement.


Au niveau des récits sur l'exploitation abusive, nous avons Avatar, fable de James Cameron, qui entraîne le spectateur sur une autre planète, et d'emblée, concède une vérité admise depuis longtemps : les hommes courent après l'argent, des choses à exploiter, et peu importe ce que la Nature va payer de ces folies.



Concernant la pollution, Wall-E, l'illustration même de l'avertissement qui surgit en bas de l'écran lors des publicités pour sucreries : « Mangez, bougez, sinon vous deviendrez de grosses montgolfières rouges », se charge du message avec sa réalité cruelle pour la Terre, dépeuplée, sans plus aucune végétation, et sous des tonnes de déchets. Le pauvre petit Wall-E est le dernier habitant de la planète bleue, chargé de passer la vie de sa batterie à ranger, trier, nettoyer le bordel laissé par les hommes, qui, eux, sont partis loin dans l'espace.

En 2007, le film des Simpsons racontait comment Springfield était dans la merde, la faute à la boulimie légendaire d'Homer, à cause de qui, le lac était dans un état déplorable de pollution, devenant radioactif, et même pire. Les conséquences de la monstrueuse bêtise du célèbre américain jaune lambda résonnaient même comme une alarme envers ceux qui ne pensent qu'à leur plaisir plutôt que de se joindre à l'effort collectif. On est bien en Glaglaska (il fallait placer ça quelque part)!



Point de vue ressources essentielles, il y a l'eau, dans Quantum of Solace. Dominic Greene (rien qu'au nom ça veut tout dire) dirige Greene Planet, qui, soi-disant est écologique et veut sauver la flore, mais, qui en fait, tire les ficelles derrière les gouvernements en perdition et récupère son pesant d'eau. La thématique ne fait peut-être pas tellement écolo en soi, mais quand on sait que pour le moment on parle de l'importance de l'eau, considérée comme la première ressource du monde, qu'on se questionne sur le fait que dans les prochaines années on risque d'en manquer, on reste dans la préservation de l'environnement.


Puisqu'on parlait des plantes un peu plus haut, personne n'a échappé à The Happening, connu sous le nom de Phénomènes en français, le film de Night Shyamalan sur une vague de suicide à très grande échelle, causée par la flore, lassée de la pollution et de l'omniprésence des hommes. Film au fondement purement écologique, puisqu'il pose la question de la vengeance de l'environnement sur nos actions souvent irresponsables.



Enfin, même si le film date de 2004, il y a The Day After Tomorrow, un scénario catastrophe où la Nature fout un gros coup de pied au cul de New-York, et tant d'autres grandes villes. Bien sûr, le film n'est pas réaliste, des changements climatiques d'une telle ampleur ne se font pas en quatre jours, mais pour les besoins des amateurs d'effets spéciaux, tout est bon.

Et si on en arrive là, c'est inévitablement la faute de l'homme.


Quelle image des hommes (et de leurs actes) véhiculent grosso modo ces films ? Que les hommes sont égoïstes, obsédés par leur petite personne, oublient trop souvent qu'ils ne vivent pas seuls, mais dans un monde organisé, où leurs enfants vont leur succéder un jour. La place donnée à l'environnement est moindre, comparée à celle de l'argent. L'homme n'est bon qu'à faire des dégâts, à tuer la Terre, sans jamais assumer ses conneries.
Si cette vision très pessimiste de l'homme pourrait heurter l'égo surdimensionné de certaines personnes pensant détenir toute forme de vérité, il n'en reste pas moins que les messages se veulent sûrement comme des bombes à retardement comportementales, dans la mesure où ils peuvent influencer les comportements des spectateurs, et les forcer à agir pour le bien de la Nature, de la Terre.

vendredi 29 janvier 2010

Le premier jour du reste de ta vie









Comme a été résumé un peu partout le propos du film Le premier jour du reste de ta vie, il s’agit de cinq séquences, cinq instants-clefs, cinq courants d’air dans un ordre chronologique, cinq moments décisifs dans la vie de cinq individus, cinq personnes de la même famille : le père, Robert (joué par Jacques Gamblin), la mère, Marie-Jeanne (jouée par Zabou Breitman), le frère aîné, Albert (joué par Pio Marmai), le frère au milieu, Raphaël (joué par Marc-André Gondrin), la petite dernière, Fleur (jouée par Déborah François).

Néanmoins, ces cinq évènements particuliers, même s’ils sont présentés du point de vue d’un personnage en particulier, présentent l’évolution des autres : il y a une continuité entre ce qu’on a vu et qu’il nous reste à voir, chaque personnage mérite de l’attention dans chaque partie : ainsi, le spectateur n’est pas oublié lorsqu’une intrigue se complique, il a déjà pu l’envisager car on esquissait une possibilité avant. Certains éléments reviennent d’ailleurs, tout au long des cinq moments, que ce soit le fait que le père n’arrête jamais de fumer, qu’un des fils se sente mal aimé de son père (comme son père envers le grand-père), que l’autre fils par sa position du milieu, soit à la dérive, à la recherche de repères. Qu’on ne me fasse pas dire que le film est en tous points prévisible, ou stéréotypé, mais plutôt, qu’il dresse des portraits, des scènes auxquelles on peut s’identifier volontiers, car les protagonistes existent dans des circonstances connues, des moments de la vie qu’on taxe de « crise de l’adolescence » ou « crise de la quarantaine », « crise d’identité ».



Résumer l’histoire ne sert à rien, le charme serait rompu, et cela serait fort dommage. Cela dit, sans risquer de tomber dans la case « spoiler », on peut quand même indiquer quelques clins d’œil : le film s’ouvre sur l’année 1988 (avec le départ du fils aîné pour la vie sans parents qui écoute l’Aventurier d’Indochine), Fleur est « grunge » et fan de Nirvana à l’époque où les Come as you are étaient chantés par un blondinet aux jeans sales.
Le premier jour du reste de ta vie arrive avec brio à enchevêtrer tragique, comique, dramatique : dosé très justement, on ne passe pas instantanément du rire aux larmes, mais on alterne les émotions, justement, sans s’emballer, en laissant le spectateur s’immiscer légèrement dans l’univers, sans qu’il se sente non plus trop impliqué. Certains personnages sont plus drôles que d’autres, d’autres plus attachants : particulièrement le père, qui, finalement, ne dit pas grand-chose, reste (trop) souvent flegmatique mais qui, par son jeu décapant, semble ressentir un tas de choses sur lesquelles on ne peut mettre de nom. Le personnage de Raphaël, tel qu’il est exploité dans le film, est un beau phénomène d’une certaine complexité psychologique.
En revanche, le seul reproche concerne Albert, dans sa façon d’être qui n’arrive pas vraiment à amener une quelconque sympathie, ou même empathie.

Outre le bon casting qui est vraiment toujours à la hauteur, et les moments drôles (ou même ceux moins drôles), Le premier jour du reste de ta vie reste un bon moment en perspective, faisant parfois très pièce de théâtre (puisqu’on soigne cinq personnages à l’extrême, on les façonne tant qu’on peut, au mieux qu’on peut).
Quant à la teneur du scénario, on pourrait en parler encore longtemps : si l’identification marche tellement bien, c’est parce qu’il s’agit de conjonctures réalistes, non pas stéréotypées, mais véridiques : les premiers chagrins d’amour ne sont pas ridicules ou, à l’opposé, d’un dramatique presque suicidaire, les relations père-fils très compliquées sont présentées avec neutralité, ne cherchant pas à pointer du doigt un coupable, et les relations mère-fille, explosives, montrent que la maturité arrive toujours, après la puberté.

Après Ma vie en l’air, Rémi Bezançon signe une chronique sur le thème de la famille, orchestrée en cinq phases décisives, jonglant avec des idées de maturation, d’évolution, de confiance, d’amour et d’humour lorsque le dramatique ne s’en mêle pas.

Extrait

mardi 5 janvier 2010

Agathe Cléry

Agathe Cléry est le sixième film d'Etienne Chatiliez, sorti en 2008, avec Valérie Lemercier dans le rôle principal, celui d'une blanche raciste devenant noire.

Si Etienne Chatiliez a pu se faire un nom dans le cinéma français, c'est avant tout grâce aux thèmes acides de ses films, remettant en cause des phénomènes de société - voire la société elle-même - , se moquant ouvertement des moeurs de la population.
Son premier film, La vie est un long fleuve tranquille, laisse indubitablement une trace dans la mémoire populaire, la grossièreté des Groseille, le puritanisme "trois balai dans le cul" des Le Quesnoy, ça vaut tous les cours de sociologie du monde.
Pour finir d'évoquer la filmographie de Chatiliez, c'est avec son deuxième film qu'il atteint certainement davantage le public, celui-ci dépeignant une vieille garce emmerdeuse, Tatie Danielle, le pire monument de cruauté et de méchanceté du troisième âge.
Bref, Chatiliez est un homme de son temps, qui aime les histoires d'actualité, fondements sociologiques : la famille, les classes sociales, le troisième âge, les enfants qui habitent encore chez leurs parents même à 28 ans, et maintenant, le racisme, l'acceptation de la différence, dirons-nous pour résumer.

Agathe Cléry c'est une femme moderne, active, promise à de hautes fonctions, qui fait ce qu'elle veut comme elle l'entend. Summum du chic, elle travaille dans les cosmétiques.
Sa vie change quand elle se met soudainement à prendre des couleurs, non pas la faute aux UV qu'elle ne fréquente pas, mais à la maladie d'Addison. Bien sûr, Agathe va devenir noire, et le devenant, elle perd tout ce qui rendait sa vie heureuse, puisqu'elle perd son mec, son boulot (d'une façon déguisée, dirons-nous), sa dignité (elle méprise les noirs). Ce personnage passe du blanc au noir (et oui), et fatalement, s'enlise dans une nouvelle réalité, parce que quand on a pas le choix, on ne peut faire autrement.



Malgré un sujet en soi très intéressant, et un début prometteur, Agathe Cléry déçoit. Non pas parce que c'est une petite comédie musicale (dosée d'ailleurs avec brio, on ne noie pas dans les chansonnettes), mais tout simplement parce qu'on ne traite pas le thème d'une façon qui puisse faire tilt. C'est une demi-teinte. Il fallait soit être plus corrosif, plus acide (forcer le côté horrible de la vie d'Agathe lorsqu'elle est de l'autre côté du miroir), ou alors plus doux, plus dramatique. Et encore, le côté dramatique hyper intellectualisé ne laisserait pas une impression suffisante.
Ne faisons pas l'apologie du cynisme, du sarcasme, mais parfois, pour traiter des sujets finalement graves (bien sûr Agathe version charbonnée sera bien sûr à son tour victime de l'intolérance, sinon ce n'est pas drôle), il faut forcer l'humour avec finesse et ne pas se contenter de faire d'une matière promise à beaucoup une comédie romantique de bas étalage.
On peut donc reprocher à Agathe Cléry de laisser un sentiment aseptisé, digne d'un film commercial américain sous-traitant des sujets, qui, par leur nature, demandent qu'on soit un minimum dans les extrêmes.

Agathe Cléry est très loin de l'époque où Momo regardait sa mère nue avant d'aller vendre l'argenterie, où madame Billard, à la question "elle est gentille ma fille hein?" rétorquait en bouffant son éclair "oui, mais... qu'est-ce qu'elle est laide". Néanmoins, ce n'est pas parce qu'on reproche au film d'être trop "gentil" qu'il est nécessairement mauvais, au contraire, il peut se targuer d'avoir un bon casting, quelques bonnes scènes de franche rigolade.
Etienne Chatiliez, en vieillissant, s'est assagi, s'est essayé sans doute au politiquement correct, comme tant d'autres réalisateurs, scénaristes, qui, avec le temps, font passer des messages plus calmes, avec moins de forme, et plus de fond. Mais pour que le fond soit délectable, il faut une forme, c'est même scientifiquement prouvé : les hommes préfèrent les femmes qui ont des hanches larges, propices à une meilleure procréation.

Quelles sont les causes de ce choix? Pourquoi jouer la carte du correct lorsqu'on peut enfin dire ce que des tas de personnes pensent à voix basse? En 2007, une étude du Bureau International du Travail rendait compte que la discrimination était encore bien élevée, puisque quatre sur cinq employeurs préféraient prendre un employé blanc qu'un de couleur, alors que la France, comme d'autres pays occidentaux, se prend pour le bastion de la tolérance, des libertés individuelles.
Pour finir cet article concernant le film Agathe Cléry, le propos qui émane de ma réflexion tient en quelques mots : le cinéma ne doit ni montrer la réalité ni montrer ce que la réalité devrait être ou même un simple fantasme (mais plutôt tout ceci à la fois), il doit rester à la fois un divertissement(dans tous les sens du terme) et un regard sur le monde (puisqu'à chaque film, nous avons un regard sur le monde dans lequel nous vivons, nous avons vécu, nous pourrions vivre). Une sorte de miroir déformé de la réalité.
Agathe Cléry se voulait être un regard sur notre monde "tolérant, évolué", qui s'avère être une façade. Au final, ce qu'il en reste, c'est une esquisse bubble-gumesque d'une réalité privilégiant le scénario facile (je me moque des gens – je deviens comme eux on se moque de moi – j'évolue positivement, je redeviens blanche, je suis cool et gentille), et cela est fort dommage.

mardi 22 décembre 2009

une minute trente pour présenter un film





( en fait je m'amuse à faire des vidéos d'une minute trente)

mardi 24 novembre 2009

Mesrine : L'ennemi public numéro un de Jean-François Richet

2 novembre 1979, porte de Clignancourt à Paris, une BMW est arrêtée à un feu rouge, derrière un camion dont la cargaison est bâchée. Soudain, la bâche se soulève, et des policiers armés tirent en direction du conducteur de la BMW dont le corps est rapidement criblé de balles. Tout se passe très vite après : les journalistes arrivent, on filme, on prend des tas de photos de Jacques Mesrine, mort, toujours au volant de sa voiture bien qu'affalé, tandis que sa compagne, Sylvia est emmenée à l'hôpital, grièvement blessée.
On le crie, on le hurle : l'ennemi public numéro un est mort, il n'y a plus de raisons de le craindre, c'est fini.




L'Ennemi Public Numéro Un, est le deuxième film de Jean-François Richet sur la vie très riche en méfaits de Jacques Mesrine, relatant la période du retour en France du malfrat, en 1972, jusqu'à l'inévitable apothéose de novembre 1979.

Résumé rapide de l'Instinct de Mort : Mesrine, revenu de la guerre d'Algérie, peine à trouver un boulot avant d'être abordé par un ami qui lui propose de faire ses premières marques dans la criminalité en commettant de petits vols.
De 1962 à 1963, il passe du temps en prison et décide, à sa sortie, de se ranger. Néanmoins, les choses ne se passeront pas si facilement pour lui financièrement et, il retournera à des occupations plus lucratives et punissables par la loi.
En 1968, avec sa dulcinée, Jeanne, il part pour le Québec où ils tentent quelques mois une vie sans histoires, avant de tomber dans la case "kidnapping-rançon-braquage". Ils seront arrêtés, se feront la malle, retourneront en prison, et Mesrine réussira encore une fois à s'échapper, avec son ami Jean-Paul Mercier.

Dans l'Instinct de Mort, même s'il nage dans les délits, Mesrine aspire, à deux moments, à retourner à une vie normale, une vie avec ses enfants (début des années soixante), et un quotidien tranquille de type "boulot-sexe-dodo" avec sa compagne sur le continent Américain. Par deux fois, il échoue, la faute à pas de chance, la faute au Destin peut-être. Il est toujours plus facile pour lui de retomber dans sa routine de brigand.

Avec l'Ennemi Public Numéro Un, nous n'avons plus le même personnage : Mesrine est fier de s'évader autant de fois qu'il le veut, arrogant dans sa manière de s'exprimer quand il s'agit de son soi-disant honneur de bandit (il ira même, peu avant sa mort, jusqu'au meurtre crapuleux d'un journaliste, qui, selon Mesrine, n'avait pas respecté sa personne en le traitant de personnage sans honneur). Mesrine ne peut plus considérer son existence sans la touche de criminalité ; il a besoin d'argent, de vivre dans le luxe, de sentir qu'il est encore apte à faire chier le système (lors d'un procès, il n'hésite pas à se foutre de la gueule de tout le monde en sortant une clef de sa poche, qui, ouvre ses propres menottes et qu'il a achetée à un flic pour une belle somme), de pouvoir se faire arrêter comme il l'entend (quand il offre le champagne à Broussard, qui vient l'arrêter dans son appartement en 73, après l'avoir fait patienter une bonne vingtaine de minutes histoire que "ça se passe sans violence"). Bref, Mesrine, dans ce volet ci, est définitivement irrécupérable, comme dirait l'adage, car plus rien ne peut l'arrêter, plus personne, il ira jusqu'au bout de son délire, même si c'est dans la mort.

Cassel épouse son meilleur rôle peut-être, en devenant le gangster le plus terrifiant des années soixante et septante, protagoniste complexe, dur à cuire, doté d'un certain culot, et d'un caractère plus que trempé ; "l'homme aux mille visages" ne pouvait trouver de meilleur acteur pour le jouer.
De très bons seconds rôles : Mathieu Almaric en François Besse est minutieux, Gérard Lanvin en Charlie Bauer vaut le détour, notre Olivier Gourmet national écope d'un rôle amené à être sympathique, bon et juste, Broussard.


Détail important : L'Instinct de Mort s'ouvrait sur ce fameux départ de la rue Belliard, du point de vue de Jacques Mesrine et Sylvia, déguisés, essayant d' être discrets, ayant peur d'être repérés, alors, qu'en réalité, ils sont déjà cuits. L'Ennemi Public Numéro Un finit sur le même départ, mais vu par les policiers cachés, guettant l'arrivée du malfrat et de sa compagne, terrifiés à l'idée que Mesrine découvre leur présence et foute en l'air la vaste opération menée ce jour là pour "arrêter" ce dernier à la porte de Clignancourt.

Jean-François Richet n'invente rien avec sa réalisation, mais se débrouille plus que bien, sans tapages, sachant doser les plans induisant du "suspens", rendant la fin de Mesrine presque inoubliable tant la tension peut se mesurer physiologiquement. Mesrine est un biopic, mais ne cède pas aux exigences larmoyantes du genre, après tout, il s'agit quand même de la vie d'un être dont la seule pensée épouvantait les employés des banques, et le reste de la population également.
Au final, au-delà des bonnes prestations des acteurs, on retient du film le portrait qu'il dresse d'un homme mondialement connu, ses hauts, ses bas, son humanité malgré ses crimes, sa vie tumultueuse et parfois même drôle.


Vidéos :

1° Début de l'Instinct de Mort :



2° Bande-annonce de l' Instinct de Mort :



3° Bande-annonce de L'Ennemi Public Numéro Un :

mercredi 4 novembre 2009

La belle personne de Christophe Honoré






L'homme a toujours donné une importance aux histoires d'amour, que ce soit à travers des poèmes, des romans, des pièces de théâtre, la musique, et depuis un siècle, avec la photographie et le cinéma.L'amour est donc un sujet inépuisable, souvent plus délectable quand impossible ou entravé par de nombreux désastres, laissant des déchirures indélébiles apparaissant sur les visages des personnages principaux, victimes combattant en héros jusqu'au dernier souffle les affres sentimentaux.

Christophe Honoré, réalisateur/scénariste français présentait son film « La belle personne », histoire librement inspirée de « La princesse de Clèves », il y a un an, sur arte, et dans les salles obscures.Le sujet du film, comme on peut s'en douter étant donné la courte introduction ci-dessus, est donc, l'amour, les sentiments amoureux - interdits ou encouragés -, la fidélité, la passion (et tout ce qu'elle implique), la fin tragique aussi.

Junie, seize ans, suite au décès de sa mère, part vivre chez son cousin Matthias, et fréquente le même lycée que ce dernier, où elle rencontre Otto, un jeune homme avec qui elle entame une relation amoureuse quelques temps après son arrivée.Le professeur d'italien, Nemours, véritable arracheur de coeur, s'éprend de Junie, et se laisse consumer par une passion qu'il espère rendre réciproque...

Mettons directement les choses au clair : ce film avait pourtant de bonnes bases (au niveau de l'histoire) pour donner un résultat assez intéressant, mais, faute à un scénario des plus facile, à un jeu d'acteurs excessivement exécrable, à une réalisation se voulant différente mais étant des plus lentes, ennuyeuses à cause d'un rythme qu'on peut qualifier « d'aussi constipé que les histoires d'amours adolescentes pré-pubères », on ne peut être que déçu.

On peut reprocher à Christophe Honoré d'être incapable de défendre les bonnes idées qu'il a au début de l'écriture et qui transparaissent très superficiellement dans ses quelques films comme « Ma mère », « Les chansons d'amour », et maintenant, « La belle personne ». On peut également désapprouver son besoin presque vital de faire traîner en longueur ses films, comme si, faute d'un scénario épatant, il devait rallonger une quantité incroyable de scènes, qui, en deviennent des plus inutiles.(Malgré toutes les reproches figurant ici, j'avoue avoir quand même apprécié « Les chansons d'amour ». Mais pas au point d'en faire un film culte, ou à se repasser toutes les semaines.)


« La belle personne » perd une (trop) grande partie de sa crédibilité à cause du jeu lamentable des acteurs : même Louis Garrel est foncièrement minable (et je m'en veux d'écrire une chose pareille sur un acteur étant capable de beaucoup mieux) à marmonner ses mots, de façon incompréhensible, avec des intonations inappropriées, et souvent absurdes. Grégoire Leprince-Ringuet, s'étant illustré dans « Les chansons d'amour » hérite d'un rôle « cinquième roue du carosse » ne poussant pas le spectateur à une quelconque empathie, tandis que Léa Seydoux est plus talentueuse lorsqu'elle ne dit mot. En réalité, les acteurs sont plus potables lorsqu'ils jouent de leur corps, et non pas de mots, car, lorsque leurs bouches s'ouvrent, c'est uniquement pour mâchouiller des phrases, rendant leur discours confus : en gros, même en montant le son, on ne comprend pas grand-chose.

Ce qui est dommage, et j'insiste sur ce mot, tient dans le fait que les ingrédients de base du film étaient promis à quelque chose de bon, et qu'au final, la cuisson a raté, Honoré n'a pas vraiment bien tamisé sa farine, il restait trop de grumeaux dans la pâte, c'est triste mais c'est comme ça. L'esthétique, trop laiteuse, les tons trop saturés, la lenteur du film, les personnages superficiels et stéréotypés, tout ceci endort avec beaucoup de grâce, mais ne rend pas compte d'une histoire d'amour, sur la passion, l'attente, l'interdit, la peur de perdre l'autre, la douleur de ne pas être aimé comme on aime, et, c'est vraiment triste.


lundi 26 octobre 2009

Doubt de John Patrick Shanley



Doubt de John Patrick Shanley

Il y a une chose qu'il faut comprendre, au préalable, pour pouvoir apprécier Doubt dans toute sa dimension : à la base, le film était une pièce de théâtre écrite par John Patrick Shanley, qui a lui-même écrit le scénario pour le cinéma et l'a réalisé, donc. Cette impression de pièce de théâtre est dès lors omniprésente dans la mesure où les dialogues ont une place extrêmement importante, ainsi que le jeu des acteurs, puisqu'il n'y a pas vraiment autre chose à vendre, comme dirait un spécialiste en marketing.

Le film n'est néanmoins pas assommant, soporifique comme les quelques récalcitrants au mot « théâtre » peuvent le redouter, à cause de trop de dialogues : Shanley assure une réalisation fluide, sinueuse, ne faisant pas bâiller, et étant capable de maintenir à un grand niveau d'attention le spectateur par des petits procédés de mise en scène, de scénario, qui induisent un certain suspens.


1964, New-York, école St-Nicolas.

La terrifiante directrice de l'établissement scolaire St-Nicolas, soeur Aloysius (Meryl Streep), plutôt de « l'ancienne école » comme on dit vulgairement, suspecte le père Flynn (Philip Seymour Hoffman) d'actes pédophiles à l'encontre d'un enfant noir, Donald Miller.

Pour l'aider à prouver que ces doutes ne sont pas infondés, elle demande de l'aide à la vertueuse soeur James (Amy Adams), qui, elle, croit, après un entretien privé avec le père Flynn que celui-ci est innocent...


Un résumé pouvant sembler barbant. Oui, je dois le reconnaître, le refrain est presque usé : le coup de la bonne-soeur acariâtre pas baisée qui veut enfoncer tout le monde, le mec trop sympa – on se demande pourquoi il est devenu prêtre- , la fille trop naïve qui n'ose pas ouvrir sa gueule, le thème du curé pédophile, les écoles catholiques, ça n'a rien d'extraordinaire me direz-vous.

Faux.

D'abord, ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air : Le spectateur est amené, par choix de l'auteur de la pièce (puisque c'était d'abord une pièce de théâtre), a préférer croire en l'innocence du père Flynn, véritable progressiste, personnage attachant par son dévouement, par sa gentillesse envers les autres, et à détester soeur Aloysius, monstre de rigidité émotionnelle, n'hésitant d'ailleurs pas à user des stratégies les plus basses, et les moins catholiques si je peux me permettre, pour trouver une once de preuve contre Flynn.

C'est ici que les romains s'empoignèrent : ce qui reste le grand plaisir de ce film, c'est qu'on ne sait pas, nous, petites personnes derrière l'écran ce qui s'est passé. Nous sommes aussi paumés qu'il est possible de l'être, voguant, comme des balles de tennis, entre les protagonistes.

Si la plus grande force de Doubt réside dans la pression que le film pose sur les épaules de celui qui s'attelle à se délecter de la prestation amère et luciférienne de Streep, sa faiblesse demeure dans son démarrage, un peu lent, mais une fois que la machine est lancée, elle ne s'arrête pas, tourne de plus en plus vite.(Et les fleurs ne vont pas qu'à Meryl Streep: Philip Seymour Hoffman est parfait, incroyable, on a envie de le croire, de lui donner le bon Dieu, de le soutenir, et parfois de lui demander s'il ment. Quant à Amy Adams, même si son rôle n'est pas d'une grande envergure, d'une grande profondeur, son incarnation douce, un peu fuyante par moment, contraste très bien avec celle des deux acteurs principaux)


Doubt est donc une quête de la vérité, mais, à travers le doute.









lundi 4 mai 2009

Last Movies on HUGE SCREEN

X-Men Origins : Wolverine de Gavin Hood, avec Hugh Jackman

Quand le super-héros revient, les souris chantent, dansent et repartent au plus vite.


Il est rare que je reste de marbre face à un film. Soit j'aime, soit j'apprécie tout en étant déçue, soit je n'aime pas du tout. Wolverine m'a rappelé que je pouvais ne pas ressentir un quelconque sentiment ; en effet, le film est aussi plat que les assiettes à fromage de ma grand-mère.
Et pourquoi donc? Parce que le but sous-jacent de la sortie de nanar était de faire jaser les billets des adolescentes en chaleur qui crient avec toute leur libido "Oh, Hugh, prends-moi".

Bon, ok, mon explication peut sembler des plus triviales, mais je ne sais même pas quoi dire comme semblant de synopsis.
Essayons quand même.
Wolverine, c'est James, un petit gosse qui a découvert qu'il avait de très grosses griffes le jour où il a compris que son papa n'était pas son papa et que ce connard de vilain de Victor était son frère. Victor et James vont ensemble aller participer à toutes les guerres et se faire enrôler dans un super commando, une centaine d'années plus tard, genre en 1975, et puis, pouf, James aka Wolverine va se séparer de ses potes les mutants formant l'élite militaire parce que le goût du sang ce n'est pas son délire. Il revient à une vie calme jusqu'à ce que.
(Et puis, c'est le bordel. Quoi que le début est déjà un beau bordel).

Que mémoriser? Pas grand-chose, en vérité. Effets spéciaux bâclés trop souvent, histoire plus "nimportequoichaotique" qu'intriguante, personnages peu soignés dont la psychologie n'est guère existante. En gros : une grosse démonstration d'explosions, pour XX hystériques désirant le corps d'Hugh Jackman.


Plus d'infos sur ce film



The Boy in the Striped Pyjamas de Mark Herman avec Asa Butterfield


Bruno est un petit allemand de huit ans qui vit avec ses parents et sa soeur à Berlin, pendant la seconde guerre mondiale. Un jour, en revenant de l'école, il apprend que son père vient de recevoir une promotion et que toute la famille va déménager.
S'embêtant à deux cents à l'heure dans leur nouvelle demeure loin de tout, Bruno fait, en allant se promener là où ses parents lui ont interdit, la connaissance de Shmuel, un enfant juif, vivant de l'autre côté d'une immense barrière électrique.

Déclenchant les foudres des historiens qui n'en ont fait qu'une bouchée (les enfants juifs étaient gazés dès leur arrivée à Auschwitz), la fable de John Boyne était vouée à un échec tant elle était dépréciée par les grands experts. Pour l'adaptation cinématographique, on a volontairement supprimé le nom du camp, voulant rendre moins historiquement faux, et plus symboliquement universel.
Ici, il n'est pas question d'un enième film sur la seconde guerre mondiale avec du sang, des boyaux, de la rate et du cerveau, mais plutôt du regard d'un enfant innocent sur les choses étranges que les adultes font.
The Boy in the Striped Pyjamas se veut un film pour enfants, mais aussi pour adultes. Les enfants y verront l'ennui mortel de Bruno (ainsi que son amitié avec Shmuel) tandis que les adultes se focaliseront sur la candeur avec laquelle les enfants décident consciemment ou non d'altérer leur perception, et la difficulté d'évoluer dans une relation se déroulant dans un climat hostile.

Un film tragique sur la fin, clouant sur place le spectateur, non pas pour faire l'apologie de l'aboutissement funeste, mais plutôt pour évoquer avec plus d'insistance le fait que tout le monde y est passé, bon ou mauvais, attendrissant comme Bruno ou non.


vendredi 19 décembre 2008

The Dark Knight de Christopher Nolan





Pour le moment, j'écris surtout sur des films de 2008, c'est vrai, mais ce millésime était si exceptionnel que c'est normal. Je pouvais les mettre en [Panthéon] aussi, mais je me suis dit que les [Panthéon] devaient être des films antérieurs à 2006. Pourquoi? Comme ça, j'avais envie.

The Dark Knight de Christopher Nolan. En voilà un film qui va laisser une trace monumentale sur les films d'actions, car, justement, ce n'est pas vraiment un film d'action comme les autres : il ouvre la porte à quelque chose de nouveau. Pour continuer dans la confidence, il faut savoir que j'ai apprécié Batman Begins mais le souvenir des Burton restait trop dans ma tête. Avec The Dark Knight, Burton est loin, dans son univers noir et gothique, très loin. Pour ceux qui ne lisent pas entre les lignes, je ne critique pas Burton, je dis juste que The Dark Knight a définitivement prouvé qu'on ne compare pas deux styles aussi éloignés l'un que l'autre.

Revenons-en à nos moutons. The Dark Knight est donc la suite de Batman Begins, la plongée dans l'action, dans le présent, dans les vrais emmerdes bien pénibles alors que le premier opus était surtout un prologue pour nous expliquer pourquoi le gamin plein aux as voulait se déguiser la nuit venue. Le nouvel ennemi de l'homme qui se prenait pour une chauve-souris est donc le Joker, le type le plus psychotique et incontrôlable qu'il puisse exister.
Au-delà de l'histoire de confrontation entre les deux principaux protagonistes, il y a la période de doute chez le croyant : Bruce doit-il arrêter de faire joujou avec ses gadgets afin de vivre quelque chose de normal (qui rime avec Rachel, de préférence)? Plusieurs intrigues secondaires sont également présentes, et pour n'en citer que deux très liées : la relation entre Harvey Dent et Rachel (le grand amour de Batman), et, l'avènement de Double-Face. Voici donc les grandes lignes.


Dans Spiderman, on nous livre toujours la célèbre citation du tonton à Peter Parker qui allie avec poésie un certain sens de la réalité. Un grand pouvoir implique des responsabilités, Peter. Donne-moi une part de pizza tant que tu y es.
Dans Batman, la question de la criminalité, du besoin d'avoir un héros auquel on fait confiance revient au centre des préoccupations. D'ailleurs, à la fin du film, un choix immense s'imposera à l'homme au costume moulant ( en fait, quelques-uns mais un est crucial pour le ... troisième opus?).

Nolan est un virtuose qui compose son oeuvre en respectant un certain tempo qui permet de longues phases où le spectateur reste en haleine, des passages drôles, et le soupçon d'introversion nécessaire pour nous faire comprendre qu'il n'y a pas que de l'action, il y a aussi des sentiments derrière les muscles de Bale. Des scènes sortent du lot, spectaculaires, psychotiques, le Joker est un immonde "chien fou" qui n'en fait qu'à sa tête, pour son simple plaisir, sans motif particulier. Un vrai danger donc.

Mais parler de ce film m'épuise déjà. Tant d'encre a coulé pour vous décrire le jeu sublime de feu Ledger, le sourire ambivalent d'Aaron Eckhart, l'air mutin de Christian Bale (et sa grosse voix quand il joue son rôle de vengeur masqué), la délicatesse de Michael Cane, et j'en passe. Alors que rajouter si ce n'est que pour une fois, un film mérite son succès?



Bande-annonce :



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dimanche 14 décembre 2008

No country for old men



Ethan et Joel Coen signent un thriller aux allures de western.

Quelque part au Texas, près du Mexique, début des eighties.
Llewelyn se promène dans des étendues désertiques, et par hasard, découvre non-loin d'une route, un carnage : des cadavres humains et leurs jeeps abandonnées... Il trouve également une valise contenant un pactole. Il rentre avec cette dernière chez lui.
Se sentant coupable de ne pas avoir donné un peu d'eau au seul survivant du massacre très mal en point, Llewelyn retourne sur les lieux de la poule aux oeufs d'or. Des mexicains l'attendent.
Il s'en sort in extremis, et essaye de s'enfuir car il a laissé sa jeep là-bas, et que grâce à sa plaque d'immatriculation, on va pouvoir le retrouver.
En effet, Anton Chigurh, un homme vraiment très dangereux, est sur sa piste...

Angoissant, intriguant, efficace ce dernier film (enfin, plus maintenant) des films Coen. On nous sert actuellement beaucoup de soi-disant thrillers, mais aucun ne fait mouche. C'était sans compter le coup de main des frères Coen, qui ont décidé de montrer ce qu'était un pur moment de stress, où les yeux sont rivés sur l'écran avec effroi, dans la volonté de savoir ce qui va suivre.
C'est vrai, No Country For Old Men n'invente strictement rien du point de vue de la réalisation : il s'agit plutôt d'une démonstration de franche maîtrise d'éléments connus, simples. Voilà la grande vérité : parfois les choses les plus élémentaires, les plus sobres sont les plus infaillibles, et surtout, quand elles sont superbement mises en oeuvre.

Au-delà de l'histoire de course-poursuite, il y a une réflexion sur l'évolution des mentalités, l'évolution de la criminalité. Le personnage de Tommy Lee Jones, un shérif, s'interroge tout au long du film là-dessus. Il vit dans "ce pays qui n'est pas pour le vieil homme", là où tout change trop vite, là où plus rien n'est comme avant. Ce pays, cet endroit, ce monde n'est plus compréhensible pour lui.

Comment ne pas saluer Javier Bardem au passage pour son interprétation méthodique, rigoureuse, vicieuse et perverse d'Anton Chigurh, un des plus brillants et dangereux "méchant" de l'histoire du Cinéma?! Son jeu est dérangeant, déstabilisant, malsain, à l'image du personnage: un type vraiment fou, qui va toujours au bout des buts qu'il se fixe : meurtre, pile ou face qui s'avère une fois sur deux fatal pour celui qui y joue avec lui malgré lui, etc.
Ce Chigurh me fait penser aux vilains cyborgs de Terminator (nous parlons des deux premiers, le troisième n'a jamais existé que ce soit clair) ; il n'arrête jamais, il n'a aucune âme, pour lui, sa mission est sa seule préoccupation. Un vrai bad guy super redoutable.

No Country For Old Men est donc un bijou du septième art où une atmosphère angoissante accompagne le spectateur du début à la fin. Un conseil : cardiaques s'abstenir s'ils tiennent à la vie.






dimanche 7 décembre 2008

[Film] The Darjeeling Limited











Ils sont trois frères. Ils ne se sont plus vus depuis un an, depuis l'enterrement de leur père.
Peter, Jack et Francis se retrouvent donc pour un voyage spirituel, une quête à travers l'Inde à bord d'un train faisant beaucoup d'arrêts.

Le but du voyage est aussi de se retrouver entre frères, ce qui, est plus difficile qu'on peut l'imaginer au premier abord : Francis est un maniaque du contrôle qui décide tout pour ses frères (et qui est affublé de nombreux bandages), Jack n'arrive pas à oublier sa dernière petite amie, et enfin, Peter, va devenir papa mais n'en a pas envie.

The Darjeeling Limited : une odyssée. Entre humour très "Wes Andersonien", paysages à couper le souffle, questions philosophiques, on trouve son compte. Sans vouloir trop spoiler, on se doute bien qu'à la fin du voyage, quelque chose va changer, oui, bien sûr. Mais le plus important, ce n'est pas le bout du voyage, mais le voyage en lui-même?!

Wes Anderson aime vraiment le thème de la famille et des relations qui se tissent- ou non -entre les membres de celles-ci. Une citation m'est revenue à la suite du visionnage de ce film ; elle parle de la corrélation entre le fait de s'accepter et d'accepter les autres. En gros, si on s'aime on pourra aimer les autres, ou, si on s'accepte, on pourra accepter les autres comme ils sont. C'est assez vrai pour ce film. La situation de départ est assez catastrophique, dans la mesure où la rencontre entre les trois protagonistes est mouvementée, et plutôt sèche mais toujours tournée avec humour. Au fur et à mesure, chacun commence à tolérer l'autre dans toute sa dimension, c'est-à-dire dans tout son être.

Pourquoi les films de Wes Anderson sont si touchants? Outre l'aspect complètement déjanté, décalé, il y a quelque chose de poétique, et il y a souvent Bill Murray aussi. Dans The Darjeeling Limited, je pense que le point le plus charmant-charmeur était sans doute, le décor, l'Inde, et bien sûr, le train.

Pour résumer la situation, The Darjeeling Limited est un des meilleurs films de 2008, oui, il est sur ma liste des incontournables. Et tout simplement parce que passé son côté très philosophique, il donne une belle leçon sur les relations entre membres d'une famille. D'ailleurs, je crois que son message universel risque de toucher tout le monde, tant il est dit avec humour et poésie. Enfin, plus humour que poésie.