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dimanche 20 février 2011

the social network by fincher


Pourquoi The Social Network a(vait) tout pour être un grand film :

1)L'histoire d'un génie qui fait un film génial

Bon, avec The Social Network, on ne part pas de rien : voici l'ascension d'un surdoué intellectuel et sous-doué émotionnel dans un univers ambitieux.
Aujourd'hui, tout le monde a entendu parler de facebook, même ta grand-mère, et pourtant, on ne connait pas spécialement la genèse du réseau social. Problème résolu en deux heures fascinantes de tous points de vue : même si l'histoire de Mark Zuckerberg a été quelque peu romancée, elle dégage une énergie, une curiosité qui empêche de détourner la tête de l'écran. L'histoire n'est pas linéaire, mais entre-coupée de passages de Zuckerberg en procès, histoire de rendre le spectateur impatient de savoir le fin mot de l'histoire. Des procédés cinématographiques brillants pour un personnage principal très futé qui ne laisse pas indifférent.

2)Les dessous de Harvard

Harvard a la réputation d'être la meilleure université au monde. L'établissement a également la réputation d'être constituée de la crème de la crème, le gratin des futurs diplômés, et le best of des meilleurs professeurs au monde. Mais finalement, Harvard n'est pour nous, communs des mortels, qu'une image lointaine aperçue de temps à autres dans des films, et dans la bouche de nos professeurs (James Day, si tu me lis). The Social Network n'est pas un film sur Harvard, non, sur un de ses étudiants, mais nous avons une vue globale de l'université : les « cercles » (comme nous les appelons en Belgique) sont remplacés par des fraternités, ainsi que des « final clubs » (des communautés très select pour le top du top des étudiants). Notons également que le prestige de l'université est souligné de diverses façons.
De cette petite vue d'Harvard nous retiendrons surtout la faune : entre les athlètes-gosses-de-riches qui se proclament « gentlemen d'Harvard », les geeks/nerds loseux en matière de sexe, les nouveaux riches, et les gens presque normaux qu'on ne voit pas, l'animation n'est pas rare sur le campus.

3)Une scène d'intro qui annonce tout, qui casse la baraque

David Fincher envoie la sauce dans la première scène : réalisation certes classique, mais le tournis est là : l'esthétique est à pleurer, les personnages géniaux, et on se perd vite dans les premiers mots de Zuckerberg. Et pourtant, dans ces petites cinq premières minutes, presque tout le propos du film est dit : pourquoi Zuckerberg fera facebook (mais d'abord facemash), quel est son rapport avec le monde, ceux qui l'entourent, et pourquoi il va tout foirer. « Tout foirer » que vous allez répéter en lisant cette phrase, et en ne comprenant pas pourquoi je l'ai écrite, puisque facebook pèse des milliards de dollars et que le petit Zuckerberg n'a plus aucun problème d'argent, c'est sûr. Le célèbre informaticien va tout réussir d'un point de vue professionnel, mais pour ce qui est de sa vie privée, c'est une autre musique.
La scène d'introduction de The Social Network est carrément énorme parce qu'elle nous dresse un putain de portrait du personnage principal et expose -sous forme de sous-entendus – ses motivations. C'est une mise en bouche parfaitement maîtrisée.


4)David Fincher is the master

Depuis Benjamin Button, on l'entendait de pied ferme le petit Fincher. Il faut dire que ce dernier film avait un goût de trop peu d'un point de vue scénaristique, et de trop pour sa durée; si Fincher avait été capable de créer un univers visuel dément et un romantisme agréable, il nous avait perdus dans de longues séquences parfois ou souvent inutiles.
Si l'on excepte cet opus, Fincher a foutu des claques aux cinéphiles : Fight Club puait le mal barré, le malsain, Zodiac diffusait une angoisse monstrueuse par intraveineuse, Seven pétrifiait par sa conclusion, Alien 3 était une perle rare du cinéma science-fiction/horreur, Panic Room rendait Jodie Foster différente de ses précédents rôles.
Fincher a une réputation bien établie : c'est un réalisateur doué, zélé, et prêt à prendre des risques. Des risques, il en prend dans The Social Network : et même si le film n'est pas vraiment « son » style – puisqu'il ne touche pas au film à suspens- on décèle la patte de l'américain, son talent de conteur d'images, ses plans renversants, sa capacité à dépeindre une histoire intéressante.
The Social Network a beau avoir un bien beau scénario, mais, sans Fincher, la mayonnaise n'aurait pas pris.

5)Des acteurs comme on devrait en voir plus

Jesse Eisenberg est un petit nouveau, sa filmographie n'étant pas bien grande. A part The Social Network, il n'est connu que pour avoir joué dans Adventureland et Zombieland (remarquons la redondance). Sa prestation spectaculaire a été saluée par la critique, et les nominations et récompenses pleuvent sur sa tête. La raison? Il est dément. Il devient geek, nerd, surdoué, à l'ouest, joue comme on ne joue plus : il est Mark Zuckerberg. Impossible en le voyant jouer de repenser à ses autres films tant ce dernier rôle surpasse tous les autres, efface tout pour apparaître comme une révélation : Eisenberg est un putain d'acteur.
Dans les seconds rôles, il y a beaucoup de révélations : d'abord, Andrew Garfield, le futur (nouveau) spiderman, en meilleur ami bafoué, honnête, et bien baisé dans l'histoire. Justin Timberlake, l'ancien idole des adolescentes, joue Sean Parker, et arrive à réellement convaincre dans ce rôle parano, beau parleur.
Voilà ce qui est génial avec The Social Network : un casting grandiose, parfait, aussi bien dans les grands rôles que dans les petits.

samedi 1 janvier 2011

thématique : Elizabeth



Elizabeth I : quelques repères historiques

Elizabeth I nait en 1533, des amours de son père Henry VIII avec Anne Boleyn. Après trois ans dans l'opulence de la condition de princesse royale, la petite fille est déclarée bâtarde car sa mère vient d'être jugée coupable d'inceste (avec George Boleyn), d'adultère, et bien sûr, en conséquent, de haute-trahison. Elizabeth, grâce à la troisième femme d'Henry VIII – Jane Seymour -, pourra revenir à la cour, et, jouir de son statut de princesse grâce à la dernière épouse du roi, Catherine Parr. Les trois enfants du roi auront la possibilité de monter sur le trône, dans l'ordre suivant : d'abord Edward, ensuite Mary, et enfin Elizabeth.

A la mort d'Henry VIII, en 1547, Edward, âgé de neuf ans, ne peut prendre sa place, et donc, l'oncle de l'enfant, Edward Seymour devient Lord Protecteur. En 1553, Edward décède, en laissant sa couronne à une cousine, Jane Grey (il avait « déshérité » ses deux soeurs). Lady Jane Grey sera reine pendant neuf jours, avant d'être renversée par les partisans de Mary I. De 1553 à 1558, Bloody Mary règne, massacre tout sur son passage : la reine est la seule enfant d'Henry VIII de confession catholique, et elle ne peut accepter que son pays soit constitué de beaucoup protestants et de partisans de la Réforme. Finalement, en 1558, Mary succombe et Elizabeth, à vingt-cinq ans devient reine. Des quarante-quatre ans de règne de la reine rousse, on retient l'établissement des fondations de l'Anglicanisme, et, cerise sur le gâteau : l'accession de l'Angleterre au statut de première puissance mondiale. Ce statut, l'Angleterre le conservera jusqu'au début du vingtième siècle.


Elizabeth (1998)

Bloody Mary est sur le point de trépasser, et Philippe II, son mari, beaucoup plus jeune qu'elle et dégoûté de son épouse, repart en Espagne. Dans un accès de folie, alors que tous ses conseillers lui conseillent de faire exécuter sa demi-soeur Elizabeth – qui soi-disant complote derrière son dos – Mary la fait seulement séjourner à la Tour de Londres, et ne l'efface pas de la succession. A la mort de sa demi-soeur, Elizabeth devient reine de l'Angleterre, un pays dévasté de tout point de vue : économiquement, la couronne est endettée, politiquement, le pays est isolé du reste du monde, et religieusement, c'est bien pire, puisque la nouvelle reine est protestante, et ne bénéficie pas de la bénédiction de Rome (de plus, Elizabeth est une « bâtarde », elle est la fille de la « putain » d'Anne Boleyn, une bonne raison de la détester et de vouloir sa perte pour les catholiques).

Très vite, les conseillers de la Reine la mettent en déroute face à la menace externe Marie de Guise, la régente écossaise, et une pression est exercée sur la monarque pour qu'elle se marie, de préférence avec un français, le Duc d'Anjou (le neveu de Marie de Guise) bien que son ancien beau-frère, Philippe II, lui fait aussi les yeux doux. En plus de ces babillages, le plus grand danger est interne à la Cour : un des cousins d'Elizabeth, le duc de Norfolk – un noble extrêmement puissant- essaye de la faire tuer pour prendre sa place.

Elizabeth est un film historique très noir : à vingt-cinq ans, Elizabeth était certes plus préparée que son père Henri VIII lorsqu'il devint roi, mais pas prête : la situation compliquée de son pays n'a pas facilité ses débuts, désastreux. Une ambiance obscure, tressée par la vengeance, l'envie et le sentiment d'injustice, empoisonne le quotidien de la Reine qui, au début encore innocente et sensible, devient au fur et à mesure coriace et endurcie. La conjoncture des évènements ne joue pas en la faveur d'Elizabeth : Rome veut sa mort puisqu'elle est « la bâtarde », tout le monde veut profiter d'elle puisqu'elle est à la tête d'un royaume appauvri, sans armée, sans sous, sans foi, sans rien.

Le pari du film était de pouvoir évoquer les débuts de la Virgin Queen, qui, sont souvent méconnus, puisqu'on se plait à parler uniquement de l'acmé du règne : la défaite de l'Armada espagnole au profit de l'Angleterre, qui devient la première puissance.

Le film présente des personnages très importants, comme Francis Walsingham, le conseiller (et espion) le plus fidèle de la reine, qui lui sauvera plus d'une fois la peau, ou même Robert Dudley, le grand amour de la reine, qu'elle n'épousera jamais.

La conclusion du film est importante : ne voulant jamais d'un époux qui pourrait la diriger, et craignant pour son image de mener une vie débridée, Elizabeth décide de devenir "la Reine Vierge" en hommage à la Sainte Vierge : maquillage de circonstance, perruques adaptées, attitude pure ; la voici la métamorphose d'Elizabeth Tudor, jeune femme romantique en "The Virgin Queen", la reine bonne envers son peuple mais dure de caractère. Le choix de devenir la Reine Vierge est d'autant plus important qu'il symbolise l'attachement et le dévouement total de la Reine pour son pays.


Elizabeth : The Golden Age (2007)

En 1585, le très catholique Philippe II, souverain d'Espagne, n'a qu'un ennemi dans son sillage : l'Angleterre, représentée par son ancienne belle-soeur, Elizabeth I. Un nouveau complot voit le jour entre Philippe II, qui désire faire monter sa fille sur le trône d'Angleterre, et Mary Stuart, la reine d'Écosse (fille de Marie de Guise et de James V d'Écosse), avec notamment l'aide de Jésuites qui veulent de Mary Stuart comme reine également. La machination se trame, avec l'ombre de Walsingham qui erre non-loin dans l'espoir de déjouer les traîtres. En même temps, Elizabeth fait la rencontre de Walter Raleigh, un aventureux marin anglais, qui promet de servir loyalement sa reine pour toujours, surtout sur les terres qu'il vient de découvrir et qu'il a appelé "Virginia" en hommage à la souveraine.

Le climat obscur et incertain du premier film s'éclaircit, se désature, tout en gardant une place pour le doute : Philippe II a bien l'intention de lancer sa grande Armada (une centaine de bateaux de guerre) contre l'Angleterre, et de décapiter (ou même pire) Elizabeth. Le danger vient aussi bien de l'ancien beau-frère que du côté de la cousine écossaise, qui, derrière sa "grande âme catholique" convoite un nouveau trône.

Les guerres de religion occupent une place prépondérante dans le film : le fait d'être protestant ou catholique définit les aspirations, les risques prêts à être encourus, le danger. La reine protestante n'est jamais en sécurité : les jésuites œuvrent pour sa perte dans son pays, et à l'extérieur, que ce soit à Rome, en Écosse, ou à la Cour de Philippe II, tous veulent sa mort.

L'ensoleillement du film réside dans les relations d'Elizabeth : avec sa favorite, appelée également Elizabeth, et avec Walter Raleigh qui l'exalte véritablement : ses deux amours vont même se rencontrer et s'en aller, pour l'ironie du sort, pour enfermer la souveraine encore plus dans sa solitude forcée. C'est même Elizabeth I qui pousse (inconsciemment) sa favorite dans les bras de l'intrépide navigateur : comme si elle ne pouvait pas refuser à ceux qu'elle aimait ce qu'elle ne peut avoir. La Reine est teintée de mélancolie, de choses qui la rongent parce qu'elle ne peut plus les embraser : en devenant la Virgin Queen, elle a laissé partir en fumée la vie à deux, la possibilité d'enfanter. Elizabeth I n'est pas la mère d'un enfant, mais la mère de son peuple : c'est son choix de vie.


Critique des films

D'emblée, il faut préciser que les films ne sont pas historiquement parfaits : vu le but qu'ils sont censés remplir, c'est-à-dire distraire et présenter d'une façon "simplifiée" les évènements pour ne pas effrayer et faire fuir les spectateurs, il est logique que l'histoire d'Elizabeth soit romancée. Les détails changés ne sont néanmoins pas "gros comme des montagnes" : dans le premier film, par exemple, on présente d'une façon romantique l'histoire entre la Reine et Robert Dudley, pour donner un peu de sucre dans une histoire amère (même si la fin du film présente une situation plus aigre que sucrée...).

Concernant le deuxième film, la triche du point de vue historique est un peu plus présente pour certains détails : on voulait faire un melting pot d'émotions, de situations, pour appréhender plus globalement le personnage d'Elizabeth, alors, Michael Hirst a écrit un scénario qui schématisait les relations Philippe II – Mary Stuart – Elizabeth et le bordel avec l'Armada.L'Armada, en réalité, n'était pas qu'une déclaration de guerre de l'Espagne vers l'Angleterre, mais le symbole de la haine entre catholiques (espagnols) et protestants (les anglais ont été aidés par les hollandais). La tentative d'assassinat orchestrée par Thomas Babington ne put jamais connaître un dénouement réel, puisqu'il fut arrêté avant d'avoir pu faire quoi que ce soit. L'autre détail à avoir été falsifié est le rôle joué par Raleigh dans la victoire anglaise contre l'Armada : l'Histoire retient le nom de Francis Drake, un corsaire anglais, comme celui qui fut le grand héros. Néanmoins, étant donné la place qu'on voulait donner à Raleigh, il fallait le voir un peu plus : il fut un prétendant de la reine Elizabeth pendant un moment, mais finalement, se maria secrètement avec une des dames de compagnie avec qui il eut un enfant, quelques années après la défaite de l'Armada; chose qu'Elizabeth ne lui pardonna pas, puisqu'elle le fit enfermer à la Tour de Londres.

Elizabeth I est interprétée dans les deux films par l'irréprochable Cate Blanchett, grandiose, dont le regard inspire grandeur et sagesse dans le deuxième film, et volonté dans le premier. Sa métamorphose est intéressante, et jamais, on ne peut douter que Blanchett était la personne idéale pour endosser le(s) rôle(s). Walsingham est joué par un inquiétant Geoffrey Rush, au sommet de son étrangeté dans le premier volet, et malade et usé par le temps dans le second, mais toujours volontaire et présent.

Des seconds rôles on retiendra aussi pour le premier film : Joseph Fiennes (Dudley), Daniel Craig (Ballard), Vincent Cassel (le duc d'Anjou), Fanny Ardant (Marie de Guise), Kelly Macdonald (Isabel, la dame de compagnie).

Pour le second film, un casting excellent encore une fois : Rhys Ifans (le jésuite), Clive Owen (Raleigh), Samantha Morton (Mary Stuart, reine d'Écosse), etc.

La réalisation des deux films est assurée par Shekhar Kapur.


En conclusion

Le règne d'Elizabeth I n'est pas appelé l'Age d'Or pour rien : la souveraine a fait tout son possible pour redresser son royaume, le hisser le plus haut qu'elle pouvait. Elle est connue pour avoir été une femme de caractère, brillante et cultivée. Les deux films rendent hommage à sa personne, en montrant souvent sa force de caractère inébranlable, mais aussi, ses faiblesses, ses inquiétudes. Le deuxième film est porté par un sentiment de nostalgie, nostalgie d'amour, de passion, d'aventures : la Reine est enchaînée au destin de l'Angleterre, ne peut partir loin avec Raleigh, vivre d'amour et d'eau fraîche. Cette intrusion d'une touche de regrets rend son histoire encore plus belle, et son personnage encore plus riche, plus complexe.

Voici donc deux films à voir, pour sa culture, pour les décors, pour l'ambiance, et bien évidemment pour Cate Blanchett, une des meilleures actrices de sa génération.



jeudi 23 décembre 2010

Cinéma Royal Part I

(The Tudors, saison trois)

J'inaugure une nouvelle thématique – influencée par mon goût pour l'Histoire – concernant la représentation de la royauté au cinéma depuis ces dernières dix années : pour la première partie, nous explorerons le portrait du célèbre Henry VIII en passant par la série The Tudors et le film The Other Boleyn Girl. La deuxième partie se centrera sur les deux films dépeignant la reine Elizabeth I (la fille du roi Henri VIII pour ceux qui ont du mal à suivre), tandis que la troisième partie sera sur le film The Young Victoria. Enfin, la quatrième partie parlera du film Marie-Antoinette, pour la représentation franco-autrichienne.

Pour ceux qui ont séché les cours d'Histoire :

La situation politique de l'Angleterre, avant le règne d'Henry VII, ressemblait à un casse-tête chinois : la guerre des Deux Roses (une histoire de succession au trône) ne prit fin qu'en 1485, année où le père d'HenryVIII, appelé très sobrement Henry VII, triompha à la bataille de Bosworth Field contre Richard III. Après cette victoire, l'ère des souverains Tudors débuta (elle se termine avec le décès d' Elizabeth I en 1603).
Henry VIII n'était pas promis au destin de roi : son frère aîné, Arthur (sans table ronde) devait porter la couronne ; la vie en décida autrement puisqu'Arthur décéda en 1502, alors que son père Henry VII régnait toujours. Le roi demanda au Pape une exemption pour que Catherine d'Aragon – qui se déclarait toujours vierge -, la veuve d'Arthur, puisse épouser le nouveau promis au trône, Henry VIII.
Henry VIII devint roi à dix-huit ans, en 1509.
Des six mariages qu'Henry contracta, il eut seulement trois héritiers (qui montèrent tous sur le trône) : Mary I, Elizabeth I, et Edward VI.

Que retient-on du règne d'Henry VIII?

Aujourd'hui, le nom du monarque renvoie inéluctablement à ses six épouses dont deux furent, sous ses ordres, décapitées.
En dehors de cette tendance à se marier à tort et à travers, il s'agit d'un des règnes les plus sanguinolents : nombreux furent les sujets accusés de « haute trahison » (et ici, haute trahison est synonyme de décapitation, de bûcher, de pendaison, de torture et même pire). Tout ceci se passait bien sûr à la Tour de Londres (Tower of London), l'antre du massacre politique; parmi les plus célèbres victimes du règne d'Henry Tudor, on peut citer ses deux femmes, Anne Boleyn et Catherine Howard, l'humaniste Thomas More, Thomas Cromwell (qui fut ministre du roi pendant presque dix ans), etc.
Henry VIII est peut-être un des rois les plus notoires, mais pas pour de bonnes raisons : au moment de son décès, ses caprices avaient réussi à faire de l'Angleterre un cavalier solitaire (puisque le roi avait été excommunié par Rome, suite à son divorce avec Catherine d'Aragon pour épouser Anne Boleyn) du point de vue religieux, et sa mégalomanie égoïste avait ruiné le pays.
Pour l'anecdote, la vie sentimentale d'Henry VIII a inspiré le conte sanglant « Barbe Bleue ».

The Tudors – une série haute en couleurs

Michael Hirst est un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous aimez les films sur l'Histoire d'Angleterre : il est le créateur de la série des Tudors, mais avant cela, jouissait d'une réputation dans l'écriture de scénarios de films historiques comme Elizabeth (1998) ou Elizabeth : the Golden Age (2007). Le but de la série est de dresser un portrait d'Henry VIII, en allant de sa rencontre avec Anne Boleyn en 1525, jusqu'à sa mort en 1547. Décrivant les histoires sentimentales d'Henry, la décadence de la cour, la situation politique internationale, et bien sûr, les guerres de religion ; en plus d'avoir un aperçu sur la vie du monarque, c'est un véritable diaporama de l'époque des Tudors qui se déploie sous les yeux du spectateur.
Les costumes, les décors ont été conçus avec un soin particulier du détail, pour sembler plus réalistes, crédibles.
The Tudors se compose de quatre saisons, trente-huit épisodes d'en moyenne cinquante minutes : c'est une série longue, qui a demandé d'importants moyens. Outre son budget conséquent digne de la production d'un film (ou même plusieurs), la série se targue de son casting alléchant notamment composé de Jonathan Rhys-Meyers (Henry VIII), Henry Cavill (Charles Brandon, duc de Suffolk), Callum Blue (Sir Anthony Knivert), Jeremy Northam (Thomas More), Sam Neill (Cardinal Wolsey), Peter O'Toole (le Pape Paul III), Alan Van Sprang (Sir Francis Bryan), etc.

Comment Henry VIII est-il décrit dans la série?

Sa psychologie s'empire, au fur et à mesure des saisons. Dès la première saison, le mot d'ordre est donné : Henry VIII a un foutu caractère, est capricieux, et profite bien de sa position dans la société. Il ne « visite plus la couche » de sa femme Catherine d'Aragon qui lui est entièrement dévouée, et partage son temps entre la chasse et la drague intempestive dirons-nous. Sa politique internationale est gérée par le cardinal Wolsey, et le roi a beaucoup de mal à accepter de faire la paix avec l'Empereur (le neveu de sa femme), et François I.
Henri VIII manigance son premier divorce parce qu'il désire faire des galipettes et avoir des enfants légitimes – un héritier mâle - avec Anne Boleyn et évince donc Catherine d'Aragon en tirant la langue à Rome. La réforme religieuse peut donc commencer, et l'entourage du monarque se fait protestant. L'Angleterre entre dans une phase d'instabilité générale, rythmée par les différentes épouses du roi, ses différents conseillers, et sa peur de vieillir, de mourir sans une descendance masculine.
La série évoque aussi le caractère versatile des relations que les gens de la cour entretiennent : un jour ils s'aident, le lendemain ils se tirent dans les pattes. Le roi est bien évident pareil : il agit souvent par hypocrisie, et par intérêt, il change d'avis comme de chemise en matière de politique internationale, en fonction de ce que les français et les espagnols font.
Pour témoigner d'un point de vue « privé » de cette nature lunatique, il suffit d'observer comment Henry VIII agit vis-à-vis de ses deux filles, Mary (aka Bloody Mary, fille de Catherine d'Aragon), et Elizabeth (aka The Virgin Queen, fille d'Anne Boleyn) : il les traite en princesses royales, les répudie, ne leur verse plus rien, puis les rappelle à la cour.
On pourrait résumer l'esprit du roi en ces quelques mots : il s'aime, il se considère comme digne, et ne tolère pas qu'on le salisse, même d'une éclaboussure microscopique et involontaire.

De quoi parle le film « The Other Boleyn Girl »?

Contrairement à la série the Tudors qui parle d'une grande partie de la vie d'Henry VIII, The Other Boleyn Girl se centre sur un passage de la vie de l'illustre roi, et même plutôt d'un passage des vies d'Anne et de Mary Boleyn, respectivement sa femme et sa maîtresse.
Le film raconte comment Mary et Anne Boleyn se sont disputées les faveurs du roi ; alors qu'au début de l'histoire, Mary devient la maîtresse du roi et agit de façon discrète, Anne est en France. Quand Anne apparaît à la cour anglaise, elle subjugue par son esprit, son physique et son charme Henri VIII qui tombe fou amoureux d'elle, au point de rompre toute relation avec sa soeur, Mary (qui vient de mettre au monde un fils, conçu sur la couche du roi) et de mettre l'Angleterre à feu et à sang en se détachant de Rome.

Est-ce historiquement valable?

En grande partie, non. The Other Boleyn Girl est d'abord un livre de Phillipa Gregory, très romancé : la rencontre entre Anne et Henry VIII ne s'est pas passée du tout comme dans le livre, et le portrait de Mary Boleyn n'est certes pas très ressemblant à celui dont les historiens parlent.
Il semblerait qu'en effet, Henry VIII ait usé sa royale couche avec Mary, mais contrairement à ce que le film laisse croire, la jeune femme était loin d'être innocente : toute la cour française, et même François I himself, étaient déjà montés sur la jeune anglaise.
Henry VIII, dans le film, est interprété par le séduisant Eric Bana, qui arrive tout à fait à convaincre de son poste royal. Néanmoins, en comparaison avec le Henry VIII de la série, celui du film fait pâle figure : il est terne et extrêmement malléable. A l'époque d'Henry VIII, certains ont pu tirer les ficelles du royaume, comme par exemple, la famille Boleyn, qui a influencé le roi, bien que celui-ci a toujours eu le dernier mot.
Un Henry VIII bien faible comparé à celui de la réalité, une Anne Boleyn jouée par une Nathalie Portman très orgueilleuse, une Mary Boleyn souillée d'inutilité et de niaiserie par une Scarlett Johansson pathétique: voilà le résumé de ce film, inégal, certes esthétiquement beau mais scénaristiquement à chier. Le majeur problème de The Other Boleyn Girl n'est finalement pas son casting féminin décevant (sauf Kristin Scott Thomas), ni son manque de véracité historique, mais le rythme avec lequel les évènements se succèdent : on insiste sur les fadaises sentimentales, et on éclipse complètement le bordel socio-politique qui découla de la décision du roi d'envoyer Rome se faire enculer par un baobab. C'est donc pour cela que le spectateur non-averti ne pigera pas pourquoi Henry VIII adopte vers la fin du film une gueule de prisonnier de goulag: les dernières vingt minutes du film abordent une période de quatre ans, riche en tragédies, qui sera résumée sommairement. On pourrait donc faire l'hypothèse que le film dresse un portrait psychologique des deux soeurs, plutôt qu'une description des faits : erreur et damnation, une coquille ne fut jamais aussi vide. La force de la série des Tudors est la richesse de la présentation psychique des personnages : ils évoluent, se transforment sous nos yeux. Même si la véracité historique n'est pas parfaite à cause de ce point de vue, la série se défend brillamment grâce à la profondeur de ses personnages, à leur complexité.

Au final, que faire si on veut en savoir plus sur Henry VIII?

Un nombre considérable d'ouvrages est disponible, que ce soit sur Henry VIII ou les Tudors. Pour les curieux qui ne veulent pas user leurs rétines sur des pages blanches, on peut vous conseiller de vous attarder sur la série des Tudors, un maximum fidèle à la « véracité historique ». Attention, ça décoiffe : scènes de sexe très suggestives, et tortures affreusement réalistes!
Si les Tudors n'est pas entièrement parfaite pour l'histoire d'Henry VIII*, elle donne un aperçu très réaliste de l'époque.


*Par exemple, les scénaristes ont choisi volontairement de changer le nom de Mary Tudor (la soeur d'Henry) en Margaret, afin d'éviter une quelconque confusion avec Mary, la fille d'Henry.














mercredi 17 mars 2010

Julie & Julia de Nora Ephron

Is there anything better than butter? Think it over, any time you taste something that's delicious beyond imagining and you say 'what's in this?' the answer is always going to be butter. The day there is a meteorite rushing toward Earth and we have thirty days to live, I am going to spend it eating butter. Here is my final word on the subject, you can never have too much butter.
(Existe-t-il quelque chose de meilleur que le beurre? Réfléchissez-y, à chaque fois que vous goûtez quelque chose qui est excellent, bien au-delà de vos espérances et vos rêves, et que vous vous dites « mais qu'est-ce qu'il y a dedans? », la réponse sera toujours le beurre. Le jour où une météorite se précipite vers la Terre, et que nous n'avons plus que trente jours à vivre, je vais les passer à manger du beurre. Voilà mon dernier mot sur le sujet : vous ne pouvez jamais avoir assez de beurre)




Julie Powell, début de la trentaine, s'ennuie dans sa vie, en 2002. Elle est fonctionnaire, et répond au téléphone toute la journée, dans un bureau de réclamations mis en place après le 11 septembre.
Alors que ses amies flirtent avec le succès, elle décide, au lieu de s'irriter, de faire quelque chose, pour son épanouissement personnel. C'est un peu par hasard, au cours d'une discussion entre elle et son époux, Eric, que l'idée de tenir un blog, pendant 365 jours, sur les 524 recettes du livre de Julia Child, lui vient à l'esprit. L'aventure commence, faite de rebondissements, de rires, de pleurs, mais surtout d'endurcissement.
En parallèle, nous suivons l'histoire de Julia Child, cinquante ans plus tôt, une américaine venue suivre son époux à Paris, qui, s'embête à cent à l'heure, se languissant de trouver une activité qui lui redonnerait un peu d'énergie, de passion. C'est alors qu'elle entreprend de prendre des cours de cuisine française, dans un institut réputé.

Julie & Julia s'inspire du livre éponyme, publié en en 2005, écrit par Julie Powell, qui raconte son expérience d'un an de cuisine française à la Julia Child, entre désossement de canard, gâteaux au chocolat, homards à ébouillanter et prise de poids légère.

Julie et Julia sont deux femmes plutôt ordinaires, qui aimeraient aller plus loin que ce à quoi leur vie du moment les enchaine, c'est une histoire d'émancipation de la femme, du désir de se surpasser, de même devancer son époux (pas pour l'humilier, mais pour prouver qu'on peut avoir plus de succès qu'un homme), par un acharnement passionnel à son objectif.
Julie, femme moderne, s'entête à penser qu'elle doit finir ce projet, pour elle-même, pour tout simplement finir une bonne fois pour toutes quelque chose. Heureusement pour elle, comme elle le dit au début du film, cuisiner est la chose qui arrive à la détendre le plus aisément.
Julia s'oriente vers la cuisine, avant tout, parce qu'elle aime manger, d'abord. C'est donc avec beaucoup de plaisir que cette activité l'occupe, la pousse à rencontrer d'autres femmes qui partagent sa passion pour l'art culinaire, et, qui vont l'initier à la rédaction d'un livre de recettes.



Meryl Streep est Julia Child, figure connue pour avoir initié les américains à la finesse de la cuisine française. Le rôle de cette icône a apporté son lot de nominations, de victoires, pour Streep, qui n'a plus besoin de prouver au monde son talent. Cette composition est d'autant plus drôle que le personnage est burlesque, toujours rieur, reflétant une bonne humeur évidente, ce qui contraste avec un des derniers rôles de la célèbre américaine, dans Doubt, où elle jouait une bonne-soeur cruelle, imbue d'elle-même et prête à tout pour couler un prêtre. En parlant de Doubt, Julie Powell est interprétée par Amy Adams, qui, ici, nous présente une jeune femme désabusée, qui manque de confiance en elle, et qui, par son défi culinaire, réussi à revivre, à redonner un sens à ce qui semblait perdu. A noter : de très bons seconds rôles, Stanley Tucci en Paul Child, et Chris Messina (Ted, dans la dernière saison de Six Feet Under pour évoquer un rôle marquant de cet acteur encore un peu méconnu) en Eric Powell.
Pour une anecdote de tournage : Meryl Streep faisant un peu moins d'un mètre septante, et Julia Child ayant mesuré presque un mètre nonante, l'équipe a dû trouver des petits trucs pour mettre en évidence la grande taille de la célèbre cuisinière.

Julie & Julia n'est pas un film destiné aux gastronomes, ou autres fans de cuisine ; avant de parler véritablement de boustifaille, le film parle de passion (pas dans le sens sexuel ou amoureux), de jusqu'où vont des personnes pour réaliser ces dernières.
Il est très intéressant de pousser une rapide comparaison entre les deux principales protagonistes : elles portent le même prénom (à un a près), sont mariées, n'ont pas de situation professionnelle plaisante (une ne fait rien, l'autre répond au téléphone toute la journée tandis que ses amies se pavanent avec leurs gros deals en millions de dollars, leurs blogs connus et lus par presque tout New-York), et ont l'amour de la cuisine. Si l'une galère pour obtenir une publication, un certain succès, l'autre peut remercier internet d'avoir fait d'elle quelqu'un de connu.

C'est par son identification à Julia que Julie trouve la motivation de continuer, au péril de ses casseroles, de son chat, de sa taille, et de sa relation avec son mari.
Julia, continue d'écrire, de corriger les recettes, de les adapter, même si toutes les maisons d'éditions l'envoient se mettre son canard désossé dans le rectum.
Il y a bien une petite morale cachée, discrètement dans le film : n'oubliez pas de vous battre pour ce que vous voulez, la persévérance est la seule monnaie du succès.



Et bien sûr, Julie Powell idolâtre Julia Child, peut-être trop à l'extrême pour sembler crédible, voilà l'unique point noir de ce film réjouissant, drôle, qui vous donnera envie de faire un boeuf bourguignon à tous vos amis.

mardi 24 novembre 2009

Mesrine : L'ennemi public numéro un de Jean-François Richet

2 novembre 1979, porte de Clignancourt à Paris, une BMW est arrêtée à un feu rouge, derrière un camion dont la cargaison est bâchée. Soudain, la bâche se soulève, et des policiers armés tirent en direction du conducteur de la BMW dont le corps est rapidement criblé de balles. Tout se passe très vite après : les journalistes arrivent, on filme, on prend des tas de photos de Jacques Mesrine, mort, toujours au volant de sa voiture bien qu'affalé, tandis que sa compagne, Sylvia est emmenée à l'hôpital, grièvement blessée.
On le crie, on le hurle : l'ennemi public numéro un est mort, il n'y a plus de raisons de le craindre, c'est fini.




L'Ennemi Public Numéro Un, est le deuxième film de Jean-François Richet sur la vie très riche en méfaits de Jacques Mesrine, relatant la période du retour en France du malfrat, en 1972, jusqu'à l'inévitable apothéose de novembre 1979.

Résumé rapide de l'Instinct de Mort : Mesrine, revenu de la guerre d'Algérie, peine à trouver un boulot avant d'être abordé par un ami qui lui propose de faire ses premières marques dans la criminalité en commettant de petits vols.
De 1962 à 1963, il passe du temps en prison et décide, à sa sortie, de se ranger. Néanmoins, les choses ne se passeront pas si facilement pour lui financièrement et, il retournera à des occupations plus lucratives et punissables par la loi.
En 1968, avec sa dulcinée, Jeanne, il part pour le Québec où ils tentent quelques mois une vie sans histoires, avant de tomber dans la case "kidnapping-rançon-braquage". Ils seront arrêtés, se feront la malle, retourneront en prison, et Mesrine réussira encore une fois à s'échapper, avec son ami Jean-Paul Mercier.

Dans l'Instinct de Mort, même s'il nage dans les délits, Mesrine aspire, à deux moments, à retourner à une vie normale, une vie avec ses enfants (début des années soixante), et un quotidien tranquille de type "boulot-sexe-dodo" avec sa compagne sur le continent Américain. Par deux fois, il échoue, la faute à pas de chance, la faute au Destin peut-être. Il est toujours plus facile pour lui de retomber dans sa routine de brigand.

Avec l'Ennemi Public Numéro Un, nous n'avons plus le même personnage : Mesrine est fier de s'évader autant de fois qu'il le veut, arrogant dans sa manière de s'exprimer quand il s'agit de son soi-disant honneur de bandit (il ira même, peu avant sa mort, jusqu'au meurtre crapuleux d'un journaliste, qui, selon Mesrine, n'avait pas respecté sa personne en le traitant de personnage sans honneur). Mesrine ne peut plus considérer son existence sans la touche de criminalité ; il a besoin d'argent, de vivre dans le luxe, de sentir qu'il est encore apte à faire chier le système (lors d'un procès, il n'hésite pas à se foutre de la gueule de tout le monde en sortant une clef de sa poche, qui, ouvre ses propres menottes et qu'il a achetée à un flic pour une belle somme), de pouvoir se faire arrêter comme il l'entend (quand il offre le champagne à Broussard, qui vient l'arrêter dans son appartement en 73, après l'avoir fait patienter une bonne vingtaine de minutes histoire que "ça se passe sans violence"). Bref, Mesrine, dans ce volet ci, est définitivement irrécupérable, comme dirait l'adage, car plus rien ne peut l'arrêter, plus personne, il ira jusqu'au bout de son délire, même si c'est dans la mort.

Cassel épouse son meilleur rôle peut-être, en devenant le gangster le plus terrifiant des années soixante et septante, protagoniste complexe, dur à cuire, doté d'un certain culot, et d'un caractère plus que trempé ; "l'homme aux mille visages" ne pouvait trouver de meilleur acteur pour le jouer.
De très bons seconds rôles : Mathieu Almaric en François Besse est minutieux, Gérard Lanvin en Charlie Bauer vaut le détour, notre Olivier Gourmet national écope d'un rôle amené à être sympathique, bon et juste, Broussard.


Détail important : L'Instinct de Mort s'ouvrait sur ce fameux départ de la rue Belliard, du point de vue de Jacques Mesrine et Sylvia, déguisés, essayant d' être discrets, ayant peur d'être repérés, alors, qu'en réalité, ils sont déjà cuits. L'Ennemi Public Numéro Un finit sur le même départ, mais vu par les policiers cachés, guettant l'arrivée du malfrat et de sa compagne, terrifiés à l'idée que Mesrine découvre leur présence et foute en l'air la vaste opération menée ce jour là pour "arrêter" ce dernier à la porte de Clignancourt.

Jean-François Richet n'invente rien avec sa réalisation, mais se débrouille plus que bien, sans tapages, sachant doser les plans induisant du "suspens", rendant la fin de Mesrine presque inoubliable tant la tension peut se mesurer physiologiquement. Mesrine est un biopic, mais ne cède pas aux exigences larmoyantes du genre, après tout, il s'agit quand même de la vie d'un être dont la seule pensée épouvantait les employés des banques, et le reste de la population également.
Au final, au-delà des bonnes prestations des acteurs, on retient du film le portrait qu'il dresse d'un homme mondialement connu, ses hauts, ses bas, son humanité malgré ses crimes, sa vie tumultueuse et parfois même drôle.


Vidéos :

1° Début de l'Instinct de Mort :



2° Bande-annonce de l' Instinct de Mort :



3° Bande-annonce de L'Ennemi Public Numéro Un :

dimanche 15 novembre 2009

Capote de Bennett Miller, 2005





On the night of November 14th, two men broke into a quiet farmhouse in Kansas and murdered an entire family. Why did they do that? Two worlds exist in this country: the quiet conservative life, and and the life of those two men - the underbelly, the criminally violent. Those two worlds converged that bloody night.


Le 16 novembre 1959, Truman Capote, lit un article dans le New-York Times sur le meurtre de la famille Clutter à Holcomb, dans l'état du Kansas, et décide d'écrire son nouveau livre à propos de ce drame. Il se rend sur place avec son amie d'enfance, Harper Lee et mène sa petite enquête, en interrogeant toute personne liée à cette affaire, en se rendant sur les lieux du crime et même en voyant les corps des victimes dans leurs cercueils pour une impression plus exhaustive sur le sujet.
Le 30 décembre, Perry Smith et Richard Hickock, les tueurs de la famille Clutter, sont arrêtés à Las Vegas, et ramenés dans l'état du Kansas pour être jugés ; Capote les rencontrera grâce à ses contacts, en l'occurence, ici, à cause de son amitié avec Dewey, un agent du « Kansas Bureau of Investigation ». Très vite, Capote se lie d'une certaine façon à Perry Smith, personnage particulièrement mystérieux, sensible, dont l'auteur de « In Cold Blood » dira : « It's as if Perry and I grew up in the same house. And one day he stood up and went out the back door, while I went out the front ».

Divergeant des autres biographies par son aspect « intéressons-nous à l'acmé du personnage principal » (qui ne donne pas les débuts dramatiques et la fin scandaleusement triste, épargnons ceux qui vont voir le film), Capote est le genre de film qui remue son spectateur, le déstabilise, par les questions qu'il pose, les réponses qu'il ne donne pas (qu'il esquisse plutôt).
Nous avons Truman Capote, personnage reconnu pour la qualité de ses écrits, mais dont la notoriété n'est due qu' à ses talents d'orateur, d'amuseur de la jet set, qui, tombant sur un article de quelques lignes, décide d'en faire un livre, une non-fiction dont le sujet est un meurtre de « sang froid ».
L'arrivée de ce petit homme haut en couleur dans une petite ville où tout le monde se connait n'est pas des plus aisée, surtout lorsqu'il annonce à Dewey que peu lui importe qu'on trouve le coupable, il fera quand même un article, un livre, et que Dewey lui répond tout de go « moi, ça m'importe qu'on trouve le coupable ». Néanmoins, le charisme de Capote lui ouvrira plus de portes que ce qu'il voulait, même celle du coeur de Perry Smith, déroutant par son comportement, qui, à la fin, lui avouera ce qui s'est réellement passé la nuit du quatorze novembre 1959.

Le visage de Capote est également bizarre : il passe d'un sentiment à un autre, d'abord en étant très proche des deux tueurs, puis, en s'enfuyant : son contact sera toujours ambivalent, et parfois semblant hypocrite, alors qu'il s'agit peut-être simplement d'une manière de se protéger, pour lui, qui se sent proche de Smith par leur histoire passée (suicide de leurs mères, abandon) et ayant l'impression qu'il aurait pu devenir comme son ami promis à un destin funeste au bout d'une corde.
Il est amusant de constater aussi à quel point son attitude est différente selon qu'il est avec les tueurs (sa sensibilité est dès lors à fleur de peau), ou à New-York (où il raconte énormément d'histoires drôles, plaisante avec tous ceux qui ne demandent qu'à l'écouter).
C'est comme s'il y avait deux Truman Capote : celui d'Holcomb, qui écrit sur un fait divers et ses composants humains, et l'écrivain à la coupe de champagne qui n'hésite pas à dire – avec un grand sourire- que sur les quatre tableaux de Matisse que possède Marilyn Monroe, deux étaient placés à l'envers sur son mur.



Philip Seymour Hoffman a gagné l'oscar du meilleur acteur en 2006 pour sa prestation excellente de Truman Capote ; rôle pas évident à endosser à cause de la façon dont Capote agit en permanence, se tient, parle même (La voix, la façon caractéristique dont parlait le célèbre auteur). Le risque de tomber dans la caricature était très gros, mais par les choix de réalisation et de jeu de Seyour Hoffman, l'interprétation est d'une qualité grandiose, donnant une grande profondeur au personnage.
Soulignons aussi les très bons seconds rôles, en particulier celui de Perry Smith, joué par Clifton Collins Jr, dont le regard risque de hanter encore le spectateur, tant les émotions passent et repassent avec beaucoup de grâce à travers ses yeux.

« In Cold Blood » fut un succès immédiat dès sa sortie, mais sonna le glas pour Capote : son meilleur ouvrage le propulsa dans une dépression très grave, le plongeant dans l'alcoolisme jusqu'à la fin de sa vie, dix-neuf ans plus tard.