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lundi 22 février 2010

the lovely bones

Le retour du Roi Peter Jackson, cinq ans après King Kong, est des plus attendus, car il s'agit de l'adaptation d'un roman d'Alice Sebold, The Lovely Bones, l'histoire d'une adolescente de quatorze ans, violée puis tuée, qui, de son monde parfait, sorte de paradis, aperçoit ce qu'il advient de sa famille, déchirée, en morceaux, et de son assassin, qui n'est autre qu'un voisin.
Peter Jackson, dans une interview, avait confié avoir été ému par cette histoire un peu fantastique, dont il a lui-même signé le scénario, accompagné de ses habituelles coéquipières, Philippa Boyens et Frances Madame Peter Jackson Walsh.

The Lovely Bones, est raconté, du point de vue de son personnage principal, Susie Salmon, une adolescente de quatorze ans, violée et tuée le 6 décembre 1973 par Mr Harvey, un voisin, dans un champ de maïs, à quelques centaines de mètres de leur quartier.
Susie, en mourant, intègre une sorte de pré-paradis ou de purgatoire, sans elfes à cornes et autres démons, si ce ne sont les siens, ceux qu'elle porte en elle depuis le début, relatifs à son assassinat. Ce monde "entre-deux" comporte ce qu'elle veut voir (elle peut le moduler comme elle désire qu'il soit), et un accès visuel à ce qui se passe à l'extérieur, dans la vie, chez les mortels, entre ses parents qui tentent de reconstruire leur vie, de continuer à la chercher, sa soeur qui doit surmonter le tout, l'inspecteur qui se démène dans les pistes évoquées, et enfin, son meurtrier.


S'il est légitime de s'attendre à voir un film intense, empreint d'une violence certaine, il n'en est rien. A part une scène réellement glauque, mêlant horreur, tragédie, et macabre, les deux heures de film se font avec un peu de douleur, beaucoup de mystère, une dose de suspens nécessaire, et, même de l'humour, assuré par Susan Sarandon en grand-mère inoubliable, vivant cigarette dans une main, même deux, et verre d'alcool dans l'autre.
Par certains choix scénaristiques, le viol de Susie n'est nullement explicité du point de vue visuel ou autre. La scène du meurtre est également adoucie, rien n'est vu, mais elle est sous-entendue dans une scène très abstraite, semblant sortie d'une méditation transcendantale, où quelques éléments (boue, sang, baignoire, rasoir) occupent des places symboliques, perdant le spectateur dans une situation d'élaboration du scénario, le laissant à la recherche des éléments qu'on a préféré taire, de l'insoutenable, de l'atrocité (qui reviendront plus tard dans une scène lugubre, horrifique).

La jeune actrice d'origine irlandaise qui incarne Susie, Saoirse Ronan, avait déjà attesté l'étendue de son talent dans Atonement, de Joe Wright sorti en 2007, où son rôle majeur influençait une histoire malchanceuse pour les deux protagonistes principaux. La jeune actrice confirme dans The Lovely Bones qu'elle est à suivre, même si certains plans sur les émotions – trop souvent identiques – qui la traversent sont de trop.
Comme parents, Mark Wahlberg et Rachel Weisz forment un duo qui marche plutôt bien, beaucoup d'alchimie entre les deux acteurs, qui, ont, chacun, quelque chose de fantastique dans leur façon d'aborder leur personnage : la sensibilité de Weisz, et l'acharnement de Wahlberg. L'amour que porte Jack Salmon à sa fille est tel qu'il donne une magnitude d'autant plus forte à l'histoire, renforçant l'identification du spectateur à la situation, définitivement déstabilisant.
Stanley Tucci, lui, est George Harvey, le violeur et assassin de Susie, personnage méthodique, pervers, qui se cache derrière son apparence de gentil vieux divorcé qui construit des maisons de poupées, dévoué, mais toujours discret. Il est le personnage sur lequel on apprend peut-être le plus, central dans l'histoire, dont la cruauté et la faim de pulsions détruisent une vie, voire plus.
Susan Sarandon a un petit rôle, sympathique, qui permet d'éviter de sombrer dans la morosité.

En définitive, c'est un résultat mitigé que livre ce nouveau film de Peter Jackson : le côté esthétique est visuel vaut peut-être de l'or (la vision du "monde" de Susie (son entre-deux) est époustouflante, vibrante de vie, de poésie, et aussi de chagrin et de tristesse), mais quelques mauvais choix du réalisateur et des scénaristes gâchent le plaisir.
D'abord, le trop plein de plans émotionnels. Soyons bien d'accord, The Lovely Bones est un film débordant d'émotions, d'ébranlements, de frissons, mais le fait d'exposer trop longtemps des images presque stéréotypées (parce que trop exploitées dans le film), nuit gravement à la trame.
Ensuite, le rythme s'épuise, s'attardant parfois sur des choses pas fondamentales, qui n'arrivent pas à induire une quelconque nouvelle dynamique, de nouveaux sentiments.
Cela dit, le film peut s'enorgueillir d'avoir de très bons éléments, outre son apparence : un casting à la hauteur, une histoire touchante et prenante, une touche fantasmagorique indétrônable.

The Lovely Bones est donc le retour de Jackson, mûr, quoi qu'un peu brouillé depuis King Kong : il faut dire que privilégier la création d'un univers visuel ne prévalue pas sur un scénario et une réalisation impeccables. Néanmoins, ce nouvel opus est tout de même à voir.

lundi 11 janvier 2010

Minority Report Spielberg


2002, Minority Report, nouveau Spielberg, adaptation d'une nouvelle de Philip K. Dick datant de 1956, qui brosse le portrait d'une société, en 2054, à Washington, où le crime est maîtrisé grâce à trois précogs qui ont des visions des futurs crimes permettant à une équipe d'intervention spéciale dont l'agent John Anderton fait partie d'intervenir.

2054, Washington. Lamar Burgess est le directeur de la cellule anti-criminelle de Washington, qui, a mené à bien son projet de Précrime, l'assurance d'un monde sans meurtre. L'agent John Anderton, incontournable dans ce service, et haut-placé, est reconnu et fort apprécié par Burgess pour son talent, son assiduité.
Néanmoins, Anderton, bien sous tout rapport, solitaire dans l'âme, se révèle, la nuit tombée, toxicomane incapable de se faire à l'idée du décès de son fils, il y a de ça quelques années auparavant, fait qui l'a propulsé dans la lutte anti-crime prônée par Précrime.
Les ennuis de Précrime commencent avec l'arrivée d'un agent du ministère de la Justice, Danny Witwer, très perspicace et résolu à trouver une faille dans le système de Précrime. Mais le plus gros problème pour John tient dans le fait que la nouvelle prédiction des précogs le concerne : il va tuer un homme qu'il ne connait pas dans trente-six heures.

Minority Report est un film d'action sur quelques aspects : quelques scènes de combats, de course-poursuite, mais, c'est surtout un thriller, mêlant action, images subliminales, et enquête menée par John lui-même pour trouver qui il doit tuer, et pourquoi, tout en tentant de prouver son innocence.
Son innocence tient d'ailleurs dans le rapport minoritaire (minority report en anglais) : les trois précogs ne sont pas toujours d'accord, et parfois, une autre prédiction qualifiée de minoritaire (parce qu'elle montre une vision alternative, moins importante que les autres) sort, après l'émission de la prédiction majoritaire.

Le futur, n'est pas évident; il n'y a, pour ainsi dire, pas d'issues : partout, des scanners scannent vos yeux (la fuite est donc risquée pour John), vous identifient, la 3D n'a rien à voir avec aujourd'hui et semble même la réalité, on peut extirper des pensées des gens (enfin, des prédictions), et les précogs, trois individus issus de parents toxicomanes d'ailleurs, sont seuls au monde, dans leur bassin à la couleur lactée, traités avec du respect, certes, mais pas avec humanité : ils sont comme des machines, juste bonnes à sortir des prédictions, tout est fait pour qu'ils ne connaissent rien d'autre que leur monde intérieur, fait de visions.
Il y a bien sûr la question importante du film : peut-on arrêter quelqu'un avant qu'il commette un crime? N'y-a-t-il pas de libre arbitre, de situation qu'on peut renverser?
Le film tente d'y répondre, à plusieurs moments particuliers, pour illustrer le fait que la vie est un ensemble de possibilités, et que même si parfois ce qui semble mener à l'indéniable peut encore trouver un chemin inverse.

Côté décors, ambiance, le film est très bleu, très diaphane, et par son esthétique générale, ressemble plus à un songe qu'à une quelconque réalité (car, ce n'est qu'une nouvelle possibilité, finalement).
Les passages où John regarde des films en 3D (de son fils) sont même d'ailleurs bluffants, hypnotiques. A se demander si dans le futur, l'humain sera capable de faire pareil.
Peut-être que nous pourrons reproduire les mêmes véhicules (qui se dirigent seuls), les mêmes routes (qui vont même à la verticale), car, nous les avons vus dans ce film, c'est une inspiration, maintenant, cela entre dans le domaine du connu, il y a une possibilité de le reproduire.

Niveau casting, Tom Cruise n'offre pas une composition spécialement remarquable, il faut quand même souligner que par le scénario et l'aspect film d'action, ce n'est pas un film de jeux d'acteurs, c'est un film de lieux, d'endroits, de plans, dans lequel on entre comme dans un train qu'on prend en marche.
Colin Farrell lui non plus n'a pas un rôle d'envergure, mais sa façon d'alterner l'énervant (parce que forcément, le spectateur est amené à s'identifier ou à se ranger du côté de Anderton) et le sympathique déroute plus d'un averti.
Samantha Morton, en Agatha (un des précogs) a plus l'opportunité de montrer tout son talent, par des expressions faciales intéressantes, et un comportement très "autiste".

Malgré une longueur peut-être excessive, Minority Report reste le genre de films qu'on regarde presque comme un divertissement, dans le but d'acculer les indices. Un moment pour se laisser emporter dans un autre monde, meilleur ou pire peu importe.

samedi 19 décembre 2009

The Departed de Martin Scorsese



Quand on s'appelle Martin Scorsese et que derrière soi on traine une carrière dont la grandeur est connue au-delà des frontières de New York (ville tant aimée par le réalisateur), la probabilité de se planter en faisant un nouveau film est très proche de zéro ; l'expérience et le talent se mêlent pour donner quelque chose qui laisse sans voix.
En 2006, The Departed (Les Infiltrés comme titre français), un film traitant de deux infiltrés, un dans l'Unité Spéciale de la police de Boston (qui est donc de connivence avec la mafia), et l'autre (celui qui est un flic qui sert la police et pas la mafia), dans le gang de Costello (le chef de la mafia irlandaise de Boston). Les deux rôles principaux sont campés avec brio par Matt Damon (Sergent Colin Sullivan, l'infiltré dans la police), et Leonardo Di Caprio (William "Billy" Costigan), l'infiltré dans la mafia.
Parmi les seconds rôles, de très grands noms : Jack Nicholson, Mark Wahlberg, Martin Sheen, Ray Winstone, Alec Baldwin.

Colin Sullivan (Damon) grandit dans le quartier du sud de Boston, et dès son plus jeune âge, est pris sous l'aile du grand mafioso Costello (Nicholson). Trouvant vite sa "vocation", le jeune Sullivan fait l'académie de police, en sort avec des résultats extrêmement bons, ce qui lui vaut de se faire engager, dès sa sortie, dans l'Unité Spéciale dirigée par Ellerby (Baldwin) qui lutte contre le crime organisé, et donc, inévitablement, contre Costello.
De son côté, William Costigan (Di Caprio) est né avec le pedigree "famille dans le crime organisé", et cherchant à affirmer son identité en s'écartant de ses gênes, va, lui, aussi à l'académie de police. Juste avant la remise de son diplôme, Dignam (Wahlberg) et son supérieur, Queenan (Sheen), chargés du service des infiltrés de l'Unité Spéciale, le recrutent pour s'infiltrer dans le gang de Costello, pensant que les origines de Costigan et sa nature bizarre vont l'aider à paraitre crédible dans le rôle de la petite frappe.



D'abord, The Departed est un film rythmé, cadencé, dont le tempo parfait permet à la fois de ne pas s'ennuyer, et à la fois de comprendre ce qui se passe avec un peu de profondeur. La musique "I'm shipping up to Boston" des Dropkick Murphys y est sûrement pour quelque chose (le groupe est d'ailleurs originaire du sud de Boston), ainsi que la réalisation menée en main de maître par Scorsese, qui sait comment doser le suspens, l'énergie, le calme, la nervosité.

Les premières minutes du film installent les deux premiers rôles, et montrent les différences claires entre les deux principaux protagonistes, qui, jusqu'à la fin du film, seront toujours comme les deux faces d'une pièce.
Le personnage de Sullivan est clairement opposé à celui de Costigan. D'un côté, celui qui parait bien, gentil, propre, mais qui en réalité est un "rat" qui manipule ses équipiers pour aider celui qu'il appelle "papa" au téléphone, tandis que de l'autre côté, nous avons un jeune homme très nerveux, qui semble en conflit avec lui-même, qui veut sans doute racheter le tas de conneries de sa famille.
La scène qui témoigne le plus de cette antithèse est lorsqu'on voit Sullivan se promener dans un appartement onéreux qu'il décide de louer, comme ça, parce qu'il a un bon salaire, alors que Costigan, lui, aucune indication n'est vraiment donnée sur son domicile bien qu'on suppose qu'il vit dans la maison de sa défunte mère.
Le contraste est d'autant plus déroutant, que tout les deux vont tomber amoureux de la même femme, une psychiatre. Leurs attitudes vis-à-vis de cette jeune femme seront indicatrices de leur vraie nature, qui est finalement moins "tout noir, tout blanc" qu'on pourrait laisser croire facilement.
Ce qui est assez drôle, c'est que Costigan devrait être Sullivan, et inversement ; comme dirait Bourdieu, on ne peut rien faire contre le déterminisme ; ainsi donc, Costigan aurait dû être l'élève de Costello, sa taupe gentiment installée dans l'Unité Spéciale, et Sullivan, n'ayant pas au-dessus de sa tête le "Destin" aurait pu être - pourquoi pas - un infiltré dans la mafia.

Le jeu des acteurs est décapant, impossible d'y rester indifférent, les personnages étant riches du point de vue psychologique.
Sullivan est l'archétype du type au beau sourire qui, est fidèle à son "père", Costello. Damon est très convaincant, et pas caricatural, ce qui est déconcertant. Quant à Di Caprio, il brille réellement dans ce film, son interprétation semble très intuitive, mais magistrale : sans doute un de ses meilleurs rôles.
Nicholson est plutôt amusant, jouant un mafioso pas très "gros dur, je te casse les noix en deux secondes", mais plutôt cynique et sadique. Avec un humour qui me rappelait un peu le Joker de Batman, en beaucoup plus pervers (ce qui colle très bien avec ce bon vieux Jack).
Par contre, le rôle le plus dingue est celui de Wahlberg, presque méconnaissable en Digman, qui jure tout le temps, et doute de tout juste avant de redire un "fuck".

The Departed c'est une leçon de style, un coup de poing. Il est évident que Sullivan et Costigan vont se chercher l'un l'autre, et comme ils sont tous les deux des as de la fuite, des mecs entraînés à raisonner, à jouer avec la psychologie des gens qui bossent avec eux, ça promet d'être incroyable.
Film surprenant, au scénario bien ficelé (Il s'agit d'un "remake" d'Internal Affairs, un film venant de là où le soleil se lève, mais d'après Scorsese, The Departed ne s'en inspire que partiellement), avec des acteurs incroyables, des scènes qui coupent le souffle, et une fin d'un cynisme tordant.


mardi 24 novembre 2009

Mesrine : L'ennemi public numéro un de Jean-François Richet

2 novembre 1979, porte de Clignancourt à Paris, une BMW est arrêtée à un feu rouge, derrière un camion dont la cargaison est bâchée. Soudain, la bâche se soulève, et des policiers armés tirent en direction du conducteur de la BMW dont le corps est rapidement criblé de balles. Tout se passe très vite après : les journalistes arrivent, on filme, on prend des tas de photos de Jacques Mesrine, mort, toujours au volant de sa voiture bien qu'affalé, tandis que sa compagne, Sylvia est emmenée à l'hôpital, grièvement blessée.
On le crie, on le hurle : l'ennemi public numéro un est mort, il n'y a plus de raisons de le craindre, c'est fini.




L'Ennemi Public Numéro Un, est le deuxième film de Jean-François Richet sur la vie très riche en méfaits de Jacques Mesrine, relatant la période du retour en France du malfrat, en 1972, jusqu'à l'inévitable apothéose de novembre 1979.

Résumé rapide de l'Instinct de Mort : Mesrine, revenu de la guerre d'Algérie, peine à trouver un boulot avant d'être abordé par un ami qui lui propose de faire ses premières marques dans la criminalité en commettant de petits vols.
De 1962 à 1963, il passe du temps en prison et décide, à sa sortie, de se ranger. Néanmoins, les choses ne se passeront pas si facilement pour lui financièrement et, il retournera à des occupations plus lucratives et punissables par la loi.
En 1968, avec sa dulcinée, Jeanne, il part pour le Québec où ils tentent quelques mois une vie sans histoires, avant de tomber dans la case "kidnapping-rançon-braquage". Ils seront arrêtés, se feront la malle, retourneront en prison, et Mesrine réussira encore une fois à s'échapper, avec son ami Jean-Paul Mercier.

Dans l'Instinct de Mort, même s'il nage dans les délits, Mesrine aspire, à deux moments, à retourner à une vie normale, une vie avec ses enfants (début des années soixante), et un quotidien tranquille de type "boulot-sexe-dodo" avec sa compagne sur le continent Américain. Par deux fois, il échoue, la faute à pas de chance, la faute au Destin peut-être. Il est toujours plus facile pour lui de retomber dans sa routine de brigand.

Avec l'Ennemi Public Numéro Un, nous n'avons plus le même personnage : Mesrine est fier de s'évader autant de fois qu'il le veut, arrogant dans sa manière de s'exprimer quand il s'agit de son soi-disant honneur de bandit (il ira même, peu avant sa mort, jusqu'au meurtre crapuleux d'un journaliste, qui, selon Mesrine, n'avait pas respecté sa personne en le traitant de personnage sans honneur). Mesrine ne peut plus considérer son existence sans la touche de criminalité ; il a besoin d'argent, de vivre dans le luxe, de sentir qu'il est encore apte à faire chier le système (lors d'un procès, il n'hésite pas à se foutre de la gueule de tout le monde en sortant une clef de sa poche, qui, ouvre ses propres menottes et qu'il a achetée à un flic pour une belle somme), de pouvoir se faire arrêter comme il l'entend (quand il offre le champagne à Broussard, qui vient l'arrêter dans son appartement en 73, après l'avoir fait patienter une bonne vingtaine de minutes histoire que "ça se passe sans violence"). Bref, Mesrine, dans ce volet ci, est définitivement irrécupérable, comme dirait l'adage, car plus rien ne peut l'arrêter, plus personne, il ira jusqu'au bout de son délire, même si c'est dans la mort.

Cassel épouse son meilleur rôle peut-être, en devenant le gangster le plus terrifiant des années soixante et septante, protagoniste complexe, dur à cuire, doté d'un certain culot, et d'un caractère plus que trempé ; "l'homme aux mille visages" ne pouvait trouver de meilleur acteur pour le jouer.
De très bons seconds rôles : Mathieu Almaric en François Besse est minutieux, Gérard Lanvin en Charlie Bauer vaut le détour, notre Olivier Gourmet national écope d'un rôle amené à être sympathique, bon et juste, Broussard.


Détail important : L'Instinct de Mort s'ouvrait sur ce fameux départ de la rue Belliard, du point de vue de Jacques Mesrine et Sylvia, déguisés, essayant d' être discrets, ayant peur d'être repérés, alors, qu'en réalité, ils sont déjà cuits. L'Ennemi Public Numéro Un finit sur le même départ, mais vu par les policiers cachés, guettant l'arrivée du malfrat et de sa compagne, terrifiés à l'idée que Mesrine découvre leur présence et foute en l'air la vaste opération menée ce jour là pour "arrêter" ce dernier à la porte de Clignancourt.

Jean-François Richet n'invente rien avec sa réalisation, mais se débrouille plus que bien, sans tapages, sachant doser les plans induisant du "suspens", rendant la fin de Mesrine presque inoubliable tant la tension peut se mesurer physiologiquement. Mesrine est un biopic, mais ne cède pas aux exigences larmoyantes du genre, après tout, il s'agit quand même de la vie d'un être dont la seule pensée épouvantait les employés des banques, et le reste de la population également.
Au final, au-delà des bonnes prestations des acteurs, on retient du film le portrait qu'il dresse d'un homme mondialement connu, ses hauts, ses bas, son humanité malgré ses crimes, sa vie tumultueuse et parfois même drôle.


Vidéos :

1° Début de l'Instinct de Mort :



2° Bande-annonce de l' Instinct de Mort :



3° Bande-annonce de L'Ennemi Public Numéro Un :

dimanche 15 novembre 2009

Capote de Bennett Miller, 2005





On the night of November 14th, two men broke into a quiet farmhouse in Kansas and murdered an entire family. Why did they do that? Two worlds exist in this country: the quiet conservative life, and and the life of those two men - the underbelly, the criminally violent. Those two worlds converged that bloody night.


Le 16 novembre 1959, Truman Capote, lit un article dans le New-York Times sur le meurtre de la famille Clutter à Holcomb, dans l'état du Kansas, et décide d'écrire son nouveau livre à propos de ce drame. Il se rend sur place avec son amie d'enfance, Harper Lee et mène sa petite enquête, en interrogeant toute personne liée à cette affaire, en se rendant sur les lieux du crime et même en voyant les corps des victimes dans leurs cercueils pour une impression plus exhaustive sur le sujet.
Le 30 décembre, Perry Smith et Richard Hickock, les tueurs de la famille Clutter, sont arrêtés à Las Vegas, et ramenés dans l'état du Kansas pour être jugés ; Capote les rencontrera grâce à ses contacts, en l'occurence, ici, à cause de son amitié avec Dewey, un agent du « Kansas Bureau of Investigation ». Très vite, Capote se lie d'une certaine façon à Perry Smith, personnage particulièrement mystérieux, sensible, dont l'auteur de « In Cold Blood » dira : « It's as if Perry and I grew up in the same house. And one day he stood up and went out the back door, while I went out the front ».

Divergeant des autres biographies par son aspect « intéressons-nous à l'acmé du personnage principal » (qui ne donne pas les débuts dramatiques et la fin scandaleusement triste, épargnons ceux qui vont voir le film), Capote est le genre de film qui remue son spectateur, le déstabilise, par les questions qu'il pose, les réponses qu'il ne donne pas (qu'il esquisse plutôt).
Nous avons Truman Capote, personnage reconnu pour la qualité de ses écrits, mais dont la notoriété n'est due qu' à ses talents d'orateur, d'amuseur de la jet set, qui, tombant sur un article de quelques lignes, décide d'en faire un livre, une non-fiction dont le sujet est un meurtre de « sang froid ».
L'arrivée de ce petit homme haut en couleur dans une petite ville où tout le monde se connait n'est pas des plus aisée, surtout lorsqu'il annonce à Dewey que peu lui importe qu'on trouve le coupable, il fera quand même un article, un livre, et que Dewey lui répond tout de go « moi, ça m'importe qu'on trouve le coupable ». Néanmoins, le charisme de Capote lui ouvrira plus de portes que ce qu'il voulait, même celle du coeur de Perry Smith, déroutant par son comportement, qui, à la fin, lui avouera ce qui s'est réellement passé la nuit du quatorze novembre 1959.

Le visage de Capote est également bizarre : il passe d'un sentiment à un autre, d'abord en étant très proche des deux tueurs, puis, en s'enfuyant : son contact sera toujours ambivalent, et parfois semblant hypocrite, alors qu'il s'agit peut-être simplement d'une manière de se protéger, pour lui, qui se sent proche de Smith par leur histoire passée (suicide de leurs mères, abandon) et ayant l'impression qu'il aurait pu devenir comme son ami promis à un destin funeste au bout d'une corde.
Il est amusant de constater aussi à quel point son attitude est différente selon qu'il est avec les tueurs (sa sensibilité est dès lors à fleur de peau), ou à New-York (où il raconte énormément d'histoires drôles, plaisante avec tous ceux qui ne demandent qu'à l'écouter).
C'est comme s'il y avait deux Truman Capote : celui d'Holcomb, qui écrit sur un fait divers et ses composants humains, et l'écrivain à la coupe de champagne qui n'hésite pas à dire – avec un grand sourire- que sur les quatre tableaux de Matisse que possède Marilyn Monroe, deux étaient placés à l'envers sur son mur.



Philip Seymour Hoffman a gagné l'oscar du meilleur acteur en 2006 pour sa prestation excellente de Truman Capote ; rôle pas évident à endosser à cause de la façon dont Capote agit en permanence, se tient, parle même (La voix, la façon caractéristique dont parlait le célèbre auteur). Le risque de tomber dans la caricature était très gros, mais par les choix de réalisation et de jeu de Seyour Hoffman, l'interprétation est d'une qualité grandiose, donnant une grande profondeur au personnage.
Soulignons aussi les très bons seconds rôles, en particulier celui de Perry Smith, joué par Clifton Collins Jr, dont le regard risque de hanter encore le spectateur, tant les émotions passent et repassent avec beaucoup de grâce à travers ses yeux.

« In Cold Blood » fut un succès immédiat dès sa sortie, mais sonna le glas pour Capote : son meilleur ouvrage le propulsa dans une dépression très grave, le plongeant dans l'alcoolisme jusqu'à la fin de sa vie, dix-neuf ans plus tard.


jeudi 22 octobre 2009

We own the night - James Gray 2007


Pour que j'écrive à propos d'un film, il faut soit que celui-ci soit le pire des navets ne méritant pas d'être vu, ou, qu'il soit un bouleversement terrible dans mon esprit, saccageant toutes mes certitudes, mes espoirs, mes attentes.

Ce film de James Gray appartient à la deuxième catégorie, bien sûr. Il y a quelque chose dans la caméra du réalisateur, dans les lignes de son scénario, dans la direction et le jeu des acteurs qui vous rend mal à l'aise, qui vous donne envie de continuer, d'arracher chaque minute du long-métrage, tel un alcoolique envers ses bouteilles remplies d'éthanol.

Tout commence dans un décor imparfait mais semblant idéal dans les yeux de Bobby (Phoenix), visiblement fou de Amada (Mendez), dans une boîte de nuit remplie de drogues. Le patron, russe, est très lié à Bobby, et leur relation ressemble à celle d'un neveu et de son oncle, ou à celle d'un fils et de son père. Dans la soirée, après s'être excusé auprès de ses amis, le jeune homme va à une petite sauterie entre flics : son frère Joseph (Wahlberg) vient d'être muté, et s'occupant de la lutte anti-drogues, il demande à Bobby de l'aider. Mais Bobby refuse.
Quelques temps plus tard, une descente dans la boîte de Bobby est menée par Joseph, dans le but d'arrêter le neveu du patron russe, un baron de la drogue, bien qu'en bout de compte les policiers repartent avec un de ses acolytes qui dès son arrivée en prison, se tranche la gorge...

James Gray ressemble à Wes Anderson par le simple fait que les deux hommes semblent attachés au thème de la vie de famille, surtout lorsque celle-ci relève d'une équation à plusieurs inconnues.
Mais la différence siège dans la manière plutôt comique de présenter les choses d'Anderson, et la façon shakespearienne de Gray de tirer les ficelles.
Ce côté dramatique ne quitte jamais le jeu des acteurs, le fil de l'histoire. On ne choisit pas sa famille, et même s'ils nous déçoivent, qu'on les méprise, il vient toujours le moment où on se tourne vers eux, car, après tout, on partage un peu plus que quelques gènes. Bobby va être transformé par un évènement touchant à sa famille, et ce à tout jamais (quand je parle de dilemmes cornéliens, de thèmes shakespeariens, il faut me croire) ; Phoenix est un virtuose, capable d'endosser le costume d'un personnage d'une complexité intéressante, tiraillé dans des décisions, des valeurs, des buts antagonistes, et, ce pour le plus grand plaisir du spectateur aimant voir de grandes histoires, de grands jeux.

On ne sort pas indemne d'un James Gray, on ne peut pas comme ça changer de sujet, passer du coq à l'âne. D'abord, parce que le sujet est un peu lourd (ici, la drogue, le sens de la famille, les relations familiales, la mort, la culpabilité), mais qu'en plus, on se trouve coincés dans un ras de marée émotionnel sans précédent, la faute à un scénario béton et une réalisation permettant de se faufiler aisément dans l'intrigue, de même en être particulièrement captivé.

James Gray a le don d'emmener hors de son siège celui qui se frotte à son cinéma : même si vous n'êtes pas spécialement attirés par les milieux russes/ukrainiens, juifs, mafieux, ou même New-York (car tous ses films parlent de ça, quand même, de peut-être pas tous les éléments mais d'au moins deux), le fond de l'histoire, la trame du héros, dans le cas de We Own The Night, le combat d'un homme pour sa famille, pour sauver ceux qu'il aime, et ce qui en découle, ne laissent guère indifférent.