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jeudi 28 juillet 2011

Les films de geeks



Paul ou le film de geeks en puissance qui fera dire à ta grand-mère qu’on peut avoir la lose, une coiffure à faire frémir des ovaires Martine Aubry, et gagner à la fin le concours de miss t-shirt mouillé à la foire des boudins.

Paul, c’est le duo comique à l’accent chargé en cheddar et en clotted cream, de Simon Pegg et Nick Frost, qui ont écrit pour la première fois ensemble un long-métrage, puisque, Shaun of the Dead et Hot Fuzz étaient les fruits de collaborations entre Simon Pegg et Edgard Wright (d’ailleurs réalisateur de ces deux films, vous suivez toujours ?). Pas besoin de balancer un résumé de quarante lignes sur Paul, tout le monde connaît le refrain avant même que Madonna n’ait envoyé sa culotte à Jacques Chirac : un « couple » de geeks –nolife-100% addicted aux UFO et à l’heroic fantasy, part aux USA pour un trip entre conférences et endroits célèbres « attrapes-touristes » où E.T. et ses comparses sont supposés avoir pris une bière, une tequila, ou une péripatéticienne en solde. Jusqu’ici rien de tragique, ça pourrait ressembler à tout film comique lourd, mais, en plat de résistance, Paul, un alien délirant et plutôt grossier – normal, sa doublure anglophone est Seth Rogen-, fait son apparition et bouleverse le voyage des deux roastbeefs. Notons la participation démente d’un Jason Bateman au sommet de sa cruauté et de sa froideur méthodique.

Mais le but de cet article n’est pas de parler du film Paul en lui-même, parce qu’au sinon, la forme aurait été de mise. Non, la fin attise les moyens, ou un truc du style. Paul est une comédie vivifiante sur le sens des responsabilités, et une critique de ces personnes dépassées qui refusent de croire que Simone descend bien du singe, et que putain, Darwin avait raison en parlant de l’évolution. Non, Paul n’est pas non plus un film politique, ni un Disney. Paul est l’illustration même de ce phénomène nouveau qui émerge dans le monde du cinéma moderne, post moderne, post mortem, peu importe : la mise en avant des geeks victorieux.

Les geeks constituent une espèce dont l’origine remonte aux années glorieuses où les calculettes, les ordinateurs, l’heroic fantasy, les mangas, les jeux vidéo ont vu le jour. On désigne par « geek » un individu qui passe le plus clair (ou obscur) de son temps dans des univers parallèles, artificiels, impossibles, codés, ou tout simplement remplis de notions abstraites que Jeanne ne pourra jamais comprendre, même en suivant quinze heures par semaine de « C’est pas sorcier ». Ces personnes (les geeks) préfèrent le contact de leur clavier ou des pages de leurs bouquins d’astrophysique à la chaleur humaine. On peut les trouver sur ebay, dans leur chambre ou studio misérable, de préférence devant un ordinateur. La plupart du temps, ils finissent par bosser dans l’informatique ou dans les sciences exactes. La représentation stéréotypée de base du geek est la suivante : habillé comme un plouc, des cheveux sales/gras/moches, des lunettes, et une tendance presque surnaturelle à faire fuir toute potentielle source de décharge d’énergie sexuelle. Parce que le geek veut souvent du sexe, mais n’en obtient jamais (1).

Dans les classiques des films de/pour geeks, on compte Tron (1982, pas 2010), 2001 de Kubrick, Retour vers le Futur, Le Seigneur des Anneaux, Matrix. L’exemple le plus probant est Matrix : Neo, l’informaticien amorphe se voit offrir la pilule rouge, et entre dans le Monde, le Vrai, et devient un héros, l’Elu, la personne qui va botter le cul aux agents et libérer les hommes de la Matrice. Neo est donc un geek qui gagne à la fin, enfin, d’une certaine façon, et prouve qu’on peut aimer coder et s’envoyer en l’air avec une fille habillée en latex, sans payer pour. Sans compter que Neo est aussi l’archétype du mec cool qui fait du kung-fu aussi vite que le Jean-Pierre Coffe s’enfourne quinze éclairs moka.

En 2010, The Social Network s’est imposé comme un des meilleurs films de l’année en racontant d’une façon stylée (merci David Fincher qu’on dit tous en coeur) l’accession de Mark Zuckerberg aux sommets grâce à son réseau social qu’on ne nomme plus. La morale de l’histoire ? Vous pouvez avoir autant de charme qu’un clou chinois, une vie sociale qui frôle le zéro, votre « geekisme » peut vous sauver et par la même occasion vous offrir autant d’argent que vous n’en aurez jamais besoin. Et au-delà du succès et de l’argent qui coule à flots, n’oublions pas que ça vous permet d’avoir un certain (et pas des moindres) pouvoir sur le monde.

Dans Paul, c’est un peu le même principe, en plus drôle : le duo de geeks se voit confronté à une situation exponentiellement dangereuse et doit gérer pour que tout finisse bien, avec des fleurs roses, des faons et une nana avec des gros nichons. The Big Bang Theory fonctionne d’une façon similaire : quatre geeks surdoués d’un point de vue intellectuel et sous-doués d’un point de vue social/émotionnel/sexuel/autre vivent des aventures où ils doivent presque jouer les héros pour avoir une chance sur quinze millions de se farcir une dinde, sans farce de préférence.

Dans cette ère cinématographique/télévisuelle qui rend petit à petit de plus en plus hommage au geeks – nos vrais patrons pour ainsi dire puisqu’ils maîtrisent la technologie qui ne cesse de se complexifier- on peut voir se dessiner une conclusion optimiste pour nos amis fans de Star Trek : ne vous en faites pas les gars, si Justin Bieber peut trouver une copine avec sa tronche et son style, vous pouvez devenir les rois de la saucisse en deux temps trois mouvements. Car c’est ça la fonction première du cinéma : mettre de la poudre aux yeux.



(1) : La vie sexuelle du geek se limite à sa main droite (ou gauche), aux ustensiles de cuisine de sa mère, et aux fantasmes qu’il nourrit à chaque fois qu’il regarde Le Retour du Jedi où Carrie Fisher est presque nue.

jeudi 3 mars 2011

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True Grit des frères (Karamazov) Coen

True Grit est le remake du film de Henry Hathaway (sorti en 1969, avec John Wayne, Robert Duvall, Dennis Hopper), mais aussi une relecture du roman d'où le film est tiré.
Jeff Bridges, aka the Dude pour les fans des Coen, campe le rôle autrefois joué par John Wayne : celui d'un homme solitaire, bourré, et rude en apparence.
Les seconds rôles sont assurés par Matt Damon en bon justicier, Josh Brolin en salopard de première, et Barry Pepper en chef de gang : un putain de casting pour un film immense.
True Grit est un western à l'ancienne (mais avec les moyens d'aujourd'hui), cocasse, cynique, et l'occasion de se faire remarquer pour la petite Hailee Steinfeld, parfaite dans le rôle d'une jeune fille qui cherche à venger son père en sollicitant l'aide d'un marshal « avec du cran ».
Les frères Coen sont les surdoués du cinéma : ils ont le don de s'atteler à n'importe quel genre de film et d'épater le public par leur maîtrise des codes, des règles, de la magie du septième art. On reconnait bien leur patte dans True Grit, avec leur humour omniprésent et leur souci du détail.




Raiponce de Byron Howard et Nathan Greno

La grande question que les studios Disney se posaient avant de faire Raiponce était la suivante : est-ce que les studios Disney pouvaient créer une oeuvre originale, à la cheville de ce que Pixar a l'habitude de faire?
La réponse à cette question est oui, un grand oui : visuellement, ce dernier opus de Disney est très travaillé, et véritablement beau, certaines scènes sont vraiment bluffantes et féeriques. Le personnage de Raiponce n'échappe pas à l'attitude Disney : c'est une princesse, mais elle ne le sait pas, est « mignonne », et pourtant, elle n'est pas (trop) gaga (dans le sens premier, pas dans le sens de la chanteuse ovni).
Disney peut toujours bien nous surprendre, heureusement. Raiponce est un dessin-animé très drôle, humoristique à souhait, et d'une qualité esthétique non-négligeable.

lundi 28 février 2011

Black Swan


Un peu plus de deux ans après The Wrestler, Darren Aronofsky signe son retour avec Black Swan, un thriller psychologique – voire psychanalytique- inspiré du film "Le locataire" de Polanski et de la nouvelle "le Double" de Dostoïevski.

Nina (Natalie Portman), une ballerine de la New York City Ballet Company, commence à perdre la tête lorsqu'une nouvelle danseuse fraîchement arrivée de San Fransisco, Lily (Mila Kunis), débarque dans la troupe. La paranoïa s'installe de façon plus intense et plus effrayante lorsqu'elle décroche – pour une raison un peu nébuleuse – le rôle de la Reine des Cygnes dans la nouvelle version du Lac des Cygnes de Thomas (Vincent Cassel).

On a beaucoup insisté – que ce soit dans les reviews ou dans la bande-annonce du film – sur le fait que Black Swan est avant tout une représentation du "double" de "l'autre", des deux faces d'une même personne. Bien entendu, cette vision tient la route : Nina, le personnage principal, est rongée par l'apparition de Lily dans sa vie, à un point frôlant l'obsession morbide et la jalousie.
En devenant la Reine des Cygnes, Nina intègre parfaitement son rôle mentalement, puisqu'elle s'imagine être réellement un cygne, le Cygne Blanc, effrayé par sa rivale noire.

Le film joue énormément sur les contrastes, d'abord sur les zones d'ombres et de lumières : dans la première scène (qui est en fait un rêve), Nina danse en tant que Cygne Blanc, seule, puis, avec Von Rothbart, le sorcier qui l'a transformée en cygne. La scène est faite uniquement d'ombre (noire) et de lumière (blanche), entre les deux tendances, l'une étant le Cygne Blanc, l'autre le Cygne Noir.
Les autres nuances du film sont surtout entre Nina et Lily ; l'une est virginale, pure, vêtue de rose, de blanc, de couleurs douces et pastels, alors que l'autre est passionnée, libre, et habillée de noir.
Des symboles récurrents de ce thème du double/du contraste sont les miroirs : ils apparaissent à de nombreux moments importants du film, pour avertir le spectateur qu'on passe à une scène fantasmée ou non.
Passé un certain moment du film, la grande question apparaît : est-ce que Lily existe réellement ou est-elle le fruit de l'imagination (ou de l'exagération) de Nina?
Cette conception du double dans le film est certes intéressante, mais ne suffit pas à parler de l'histoire, parce qu'au final, ce n'est pas cet aspect dichotomique – très souvent utilisé dans le cinéma par exemple dans Fight Club – qui domine toute l'oeuvre : ce qui transcende le plus, c'est le caractère psychanalytique de l'histoire.

Quand Freud créa la psychanalyse, pour expliquer de nombreux comportements, il recourut aux mythes, qu'il revisita. Black Swan est une relecture de l'histoire du Lac des Cygnes, transposée à l'histoire de Nina : le Cygne Blanc et le prince s'aiment, mais le Cygne Noir, qui ressemble à s'y méprendre au Cygne Blanc, séduit le prince, pour empêcher le Cygne Blanc d'être sauvé par l'amour du prince. Au final, le Cygne Blanc se suicide.
Mais la psychanalyse (du temps de Freud) n'est pas qu'un ensemble de mythes, c'est également une multitude de symboles à interpréter. Et Andres Heinz, Mark Heyman, John McLaughlin et Darren Aronofsky s'en donnent à coeur joie : il y a deux grilles d'interprétation du film : la première est la psychose grandissante d'une jeune femme surmenée, exaltée et rendue folle par le rôle dont elle rêvait, et la deuxième interprétation est la perte de la virginité d'une jeune femme. Le film est entièrement codé sur base de cet évènement : la seule chose que Nina attend, c'est sa sexualité.
Dès le début du film, Nina apparaît comme asexuée : elle est maniaque du contrôle, vit avec sa mère, dort dans une chambre blanche et rose remplie de peluches. Dans la première scène du film où elle rêve de danser le Lac des Cygnes, il y a un sous-entendu sur le désir de la vierge de rencontrer l'homme, le démon, le sorcier, qui va lui enlever sa part de Cygne Blanc, d'innocence.
La seule passion à laquelle s'adonne Nina (et encore, avec une modération virginale), c'est la danse. Après l'avoir engagée pour jouer la Reine des Cygnes, Thomas lui fait même ce reproche : elle n'est capable que d'interpréter le Cygne Blanc, il n'arrive pas à la voir en Cygne Noir (qui symbolise la sensualité, la sexualité). La jeune femme commence à se consumer de l'intérieur, à tomber dans la folie, dans l'attente de l'acte sexuel, qui devrait la libérer, la transformer en Cygne Noir. Et tout au long du film, les signes apparaissent : elle connaît les préliminaires, fantasme sur l'acte, se prépare entièrement pour ce dernier, et attend, n'attend que ça. Bien sûr, la dernière scène du film symbolise parfaitement le passage à l'acte : Nina perd son innocence, sa virginité, son duvet de petit Cygne Blanc, et se transforme en Cygne Noir. Et bien sûr, comme dans toute perte d'hymen, il y a du sang.

Savez-vous que lorsqu'il composait le Lac des Cygnes, Tchaïkovski réprimait ses tendances homosexuelles et qu'on peut objectivement considérer que cette oeuvre parle des désirs interdits, tabous?
Dès la première scène où Nina aperçoit Lily, on peut comprendre qu'il ne s'agit pas que de jalousie, de haine, d'envie, mais également d'un désir foudroyant, fulgurant. Nina désire être Lily, la posséder, la pénétrer, se faire dévorer par elle. Un insatiable appétit pour le Cygne Noir. Le Cygne Blanc veut devenir le Cygne Noir, ne faire plus qu'un avec lui. C'est par Lily que la libido s'empare de Nina.
Outre le symbole de la virginité qu'on aspire à perdre, il y a l'attirance envers quelqu'un du même sexe qu'on essaye à tout prix de refouler. Ce refoulement s'exprime dans la jalousie, dans la peur que Nina éprouve vis-à-vis de Lily.

Black Swan est (peut-être) un clin d'oeil à Hollywood : au début du film, Beth (jouée par Winona Ryder) est la star, la vedette de la troupe : son visage est sur les affiches qui peuplent les murs de la New York City Ballet Company. Après la nomination de Nina dans le rôle de la Reine des Cygnes, Beth est remerciée par Thomas et doit prendre sa retraite à la fin de l'année, ce qui ne se passe pas sans encombres. L'ombre de Beth ne plane plus très longtemps puisqu'elle a un accident de voiture qui la propulse à l'hôpital. Nina, en véritable admiratrice de Beth, est touchée par la déchéance de la femme à qui elle s'identifiait.
Winona Ryder, il y a vingt ans, était une star : son visage était sur toutes les affiches.
Depuis qu'elle a eu, il y a un peu moins de dix ans, des problèmes de cleptomanie, c'est comme si elle n'existait plus pour Hollywood. Dans Black Swan, ce n'est pas la faute d'un trouble psychologique si Beth est rayée de la liste des étoiles, c'est simplement parce qu'elle est "trop vieille", qu'elle "approche de la ménopause" selon quelques mauvaises langues. A Hollywood, les actrices doivent rester jeunes et belles, parce qu'une fois qu'elles sont vieilles, il n'y a plus rien pour elles. Et même si les exceptions existent – Meryl Streep, Annette Bening, pour ne citer qu'elles – il est rare qu'une actrice puisse persister dans des rôles intéressants, dignes d'elle.

Darren Aronofsky a commencé à envisager Black Swan, en 2000. Et pourtant, la production du film ne s'est pas lancée avant 2008-2009. Si Black Swan a eu besoin d'une telle maturation, c'est dans un souci du détail, si précieux à Aronofsky. En plus, Natalie Portman s'est entraînée pendant cinq mois, à raison de six jours par semaine, pendant cinq heures, pour nous faire croire qu'elle pourrait être une vraie ballerine : le résultat est étincelant sur la pellicule : l'actrice, en plus d'être une Nina effrayée/effrayante est une ballerine gracieuse.
Black Swan est un film dans la lignée de Pi (le thème de la paranoïa, des saignements) et de The Wrestler (l'abandon de tout au profit de son art) : les films d'Aronofsky parlent souvent du fait de se sacrifier pour ce qui nous anime, que ce soit bon ou mauvais : dans Requiem for a Dream, les protagonistes se bousillent pour la drogue, dans the Fountain, Tommy ne vit plus que pour trouver un remède pour sauver sa femme plutôt que d'accepter sa mort et de passer quelques derniers moments avec elle. Dans Black Swan, Nina se laisse porter par la perspective de la représentation finale qui importe plus que tout, même si elle peut y laisser sa santé mentale, physique, son âme.
La presse a souvent évoqué le fait que Black Swan est un versant féminin de The Wrestler, ce qui n'est pas faux, mais qu'il faut nuancer : dans Black Swan, Nina est au début de sa carrière, alors que dans The Wrestler, Randy "The Ram" est un has been qui traîne son passé derrière lui. L'autre grande différence entre les personnages principaux est la suivante : Black Swan est une histoire de déconstruction, de perte de soi tandis que dans The Wrestler, Randy est en reconstruction : il se recherche, veut recoller les pièces du puzzle de sa vie. Le véritable point commun entre les films est dans leur conclusion : pour son "art", on peut aller jusque dans la mort, la souffrance n'est qu'un moyen d'atteindre la perfection.

Aronofsky éclipse sa performance de réalisateur fort discutée – à cause de sa caméra qui rend épileptique - au profit de la prestation hallucinée/hallucinante de Natalie Portman : la jeune femme porte sur ses frêles épaules (néanmoins musclées pour le film) le film, transcende parfaitement la schizophrénie, les deux cygnes. Comme il a déjà été explicité dans cet article, Portman ne se contente pas d'offrir une performance d'actrice, mais aussi, une performance de danseuse (qui a été très peu doublée) : un déploiement de grâce, de charme, d'élégance.
Pour revenir à la réalisation d'Aronofsky, elle n'est certes pas agréable, puisque les images bougent à une vitesse ahurissante, ne laissant pas le temps de reprendre son souffle, mais, est néanmoins justifiée : Black Swan est une histoire de fantasme, de désir, de folie, de perte de soi : il est donc légitime que la caméra agisse comme une dératée.
Black Swan est une fable noire bourrée de symboles psychanalytiques, entre réalité et fantasme. Et le meilleur rôle de Natalie Portman.

dimanche 20 février 2011

the social network by fincher


Pourquoi The Social Network a(vait) tout pour être un grand film :

1)L'histoire d'un génie qui fait un film génial

Bon, avec The Social Network, on ne part pas de rien : voici l'ascension d'un surdoué intellectuel et sous-doué émotionnel dans un univers ambitieux.
Aujourd'hui, tout le monde a entendu parler de facebook, même ta grand-mère, et pourtant, on ne connait pas spécialement la genèse du réseau social. Problème résolu en deux heures fascinantes de tous points de vue : même si l'histoire de Mark Zuckerberg a été quelque peu romancée, elle dégage une énergie, une curiosité qui empêche de détourner la tête de l'écran. L'histoire n'est pas linéaire, mais entre-coupée de passages de Zuckerberg en procès, histoire de rendre le spectateur impatient de savoir le fin mot de l'histoire. Des procédés cinématographiques brillants pour un personnage principal très futé qui ne laisse pas indifférent.

2)Les dessous de Harvard

Harvard a la réputation d'être la meilleure université au monde. L'établissement a également la réputation d'être constituée de la crème de la crème, le gratin des futurs diplômés, et le best of des meilleurs professeurs au monde. Mais finalement, Harvard n'est pour nous, communs des mortels, qu'une image lointaine aperçue de temps à autres dans des films, et dans la bouche de nos professeurs (James Day, si tu me lis). The Social Network n'est pas un film sur Harvard, non, sur un de ses étudiants, mais nous avons une vue globale de l'université : les « cercles » (comme nous les appelons en Belgique) sont remplacés par des fraternités, ainsi que des « final clubs » (des communautés très select pour le top du top des étudiants). Notons également que le prestige de l'université est souligné de diverses façons.
De cette petite vue d'Harvard nous retiendrons surtout la faune : entre les athlètes-gosses-de-riches qui se proclament « gentlemen d'Harvard », les geeks/nerds loseux en matière de sexe, les nouveaux riches, et les gens presque normaux qu'on ne voit pas, l'animation n'est pas rare sur le campus.

3)Une scène d'intro qui annonce tout, qui casse la baraque

David Fincher envoie la sauce dans la première scène : réalisation certes classique, mais le tournis est là : l'esthétique est à pleurer, les personnages géniaux, et on se perd vite dans les premiers mots de Zuckerberg. Et pourtant, dans ces petites cinq premières minutes, presque tout le propos du film est dit : pourquoi Zuckerberg fera facebook (mais d'abord facemash), quel est son rapport avec le monde, ceux qui l'entourent, et pourquoi il va tout foirer. « Tout foirer » que vous allez répéter en lisant cette phrase, et en ne comprenant pas pourquoi je l'ai écrite, puisque facebook pèse des milliards de dollars et que le petit Zuckerberg n'a plus aucun problème d'argent, c'est sûr. Le célèbre informaticien va tout réussir d'un point de vue professionnel, mais pour ce qui est de sa vie privée, c'est une autre musique.
La scène d'introduction de The Social Network est carrément énorme parce qu'elle nous dresse un putain de portrait du personnage principal et expose -sous forme de sous-entendus – ses motivations. C'est une mise en bouche parfaitement maîtrisée.


4)David Fincher is the master

Depuis Benjamin Button, on l'entendait de pied ferme le petit Fincher. Il faut dire que ce dernier film avait un goût de trop peu d'un point de vue scénaristique, et de trop pour sa durée; si Fincher avait été capable de créer un univers visuel dément et un romantisme agréable, il nous avait perdus dans de longues séquences parfois ou souvent inutiles.
Si l'on excepte cet opus, Fincher a foutu des claques aux cinéphiles : Fight Club puait le mal barré, le malsain, Zodiac diffusait une angoisse monstrueuse par intraveineuse, Seven pétrifiait par sa conclusion, Alien 3 était une perle rare du cinéma science-fiction/horreur, Panic Room rendait Jodie Foster différente de ses précédents rôles.
Fincher a une réputation bien établie : c'est un réalisateur doué, zélé, et prêt à prendre des risques. Des risques, il en prend dans The Social Network : et même si le film n'est pas vraiment « son » style – puisqu'il ne touche pas au film à suspens- on décèle la patte de l'américain, son talent de conteur d'images, ses plans renversants, sa capacité à dépeindre une histoire intéressante.
The Social Network a beau avoir un bien beau scénario, mais, sans Fincher, la mayonnaise n'aurait pas pris.

5)Des acteurs comme on devrait en voir plus

Jesse Eisenberg est un petit nouveau, sa filmographie n'étant pas bien grande. A part The Social Network, il n'est connu que pour avoir joué dans Adventureland et Zombieland (remarquons la redondance). Sa prestation spectaculaire a été saluée par la critique, et les nominations et récompenses pleuvent sur sa tête. La raison? Il est dément. Il devient geek, nerd, surdoué, à l'ouest, joue comme on ne joue plus : il est Mark Zuckerberg. Impossible en le voyant jouer de repenser à ses autres films tant ce dernier rôle surpasse tous les autres, efface tout pour apparaître comme une révélation : Eisenberg est un putain d'acteur.
Dans les seconds rôles, il y a beaucoup de révélations : d'abord, Andrew Garfield, le futur (nouveau) spiderman, en meilleur ami bafoué, honnête, et bien baisé dans l'histoire. Justin Timberlake, l'ancien idole des adolescentes, joue Sean Parker, et arrive à réellement convaincre dans ce rôle parano, beau parleur.
Voilà ce qui est génial avec The Social Network : un casting grandiose, parfait, aussi bien dans les grands rôles que dans les petits.

mardi 1 février 2011

ces emmerdeurs de newbies

Nous allons aujourd'hui parler d'un phénomène observable aussi bien dans le domaine cinématographique, que dans le musical, et dans le monde geek/nerd : c'est l'apogée des newbies qui nous envahissent à coups de réflexions stupides et d'ignorance. Dans le monde du cinéma, nous avons eu droit, dernièrement, à pas mal de gros cartons, que ce soit Avatar en décembre 2009, et Inception en juillet 2010. Et ces cartons riment avec newbies : des nouvelles générations de newbies, de nouveaux so-called cinéphiles ont vu le jour. Pour le plus grand malheur des autres, nous, les vieux de la vieille.

Avatar, le « superbe » film de Cameron était une pompe à fric qui a visiblement submergé (comme le Titanic?) émotionnellement le monde entier, selon certains. Le film avait une jolie forme, mais pas de fond. Tous ceux qui ont gloussé de plaisir à la sortie de la salle en s'écriant que Cameron était au génie ce que Sarkozy était à la taille small n'ont pas vraiment révisé leurs classiques avant d'aller voir le film : en effet, si avant d'avoir vu Avatar, vous vous souveniez très bien de Pocahontas de Disney, de Terrence Malick et de son The New World, et de Dances with Wolves de Costner, l'émerveillement était moindre. Cameron traîne derrière lui de meilleurs films intemporels que Titanic et Avatar : Abyss, le second Alien, et les deux Terminator.

En définitive, Avatar a fait naître bien des passions, et Inception en 2010 a terminé le travail : même si Batman : The Dark Knight a rapporté autant de billets verts que le nouveau body slim minceur de Sanscervelleetsanscellulite, le succès de ce deuxième opus de Batman n'est pas arrivé à la cheville de la tornade Inception. Dans les faits, Inception a fait le même effet qu'Avatar niveau intensité : les spectateurs sortaient de la salle de cinéma en se demandant où était le sacrum du chat domestique, et pourquoi la toupie ne s'était pas arrêtée, ou, au contraire, avait-elle décrit un arrêt possible à la fin?! La génération de newbies nés du visionnage d'Inception avait vu avant The Dark Knight, et peut-être Batman Begins et, The Prestige, à la télévision, sans faire attention la première fois. Ils n'ont pas ressenti d'attente, début 2007, par rapport à la sortie du Prestige au cinéma. Ils n'ont vu Carrie-Anne Moss que dans Matrix ou dans Chocolat, ils ne savaient même pas (et ne savent peut-être toujours pas) qu'elle a joué dans Memento. Insomnia pourrait sembler, à première vue, pour eux, un film d'horreur. Les newbies parlent d'Inception comme le chef d'oeuvre du cinéma, mais ne savent même pas que le nom de Cobb fait référence à un personnage du film Following, préalablement réalisé par Nolan en 1998. Comment reconnaître un newbie? Il parle sans connaître.

Bref, si on passe ces deux derniers succès au box office, on peut déjà présager une future passion pour Darren Aronofsky et son Black Swan tant attendu sur le continent européen, par les cinéphiles et autres newbies incessants qui ne connaissent que Requiem for a dream (ou même pas?) et The Fountain de sa filmographie. The Wrestler peut-être pas, c'est trop violent pour les minettes minaudantes amatrices de minets. (Nous ne parlons même pas de Pi, ce film est certes trop obscur pour les newbies qui ne pourraient reconnaître les références et savourer ce petit ovni du cinéma, qui rappelle un peu Eraserhead de Lynch par son personnage masculin central en proie à la paranoïa, à la peur, à la folie)

Mais pourquoi les newbies sont-ils si insupportables? Ils parlent très fort, se voient déjà en haut de l'affiche, écrivent des choses tellement creuses par manque de savoir et étalent leur enthousiasme immodéré, parce qu'ils peuvent s'ahurir d'un rien : les vieux cinéphiles ne sont pas indifférents, insensibles, ils avaient juste prédit la potentialité d'un film, et ont appris à relativiser.

La conclusion tombe un peu comme les seins de Ginette sur son nombril : bien sûr, tout le monde passe par le stade néophyte, où on ne sait pas grand-chose d'intéressant sur la filmographie d'un auteur, mais la différence entre le vrai cinéphile et le newbie réside dans l'attitude : le petit nouveau va caqueter d'une impatience immature, ne parler que des points positifs sans prendre un véritable recul (que seul le vrai cinéphile, connaisseur, peut adopter) et pisser sur tous les sites de la toile pour nous dire qu'Hans Zimmer est le plus grand compositeur de tous les temps, même s'il n'a écouté que trois bandes originales de film faits par l'allemand.

jeudi 27 janvier 2011

Nightmare on Elm Street version 2010 à éviter


Pourquoi faut-il passer son chemin –et manger une tarte à la cerise avec un bon café- sans aucune hésitation plutôt que de perdre 95 minutes devant ce film ?

1. Le personnage de Freddy Krueger a perdu complètement sa verve, sa verge, sa berge ?!


Autrefois, ou en 1984, à l’époque où je n’étais qu’un ovule (enfin, une partie de ma personne), Nightmare on Elm Street est sorti au cinéma : Robert Englund interprétait avec brio un tueur fou à mi-chemin entre le look de Wolverine et celui de Kurt Cobain qui terrorisait – dans leurs rêves- les sales mômes de la rue d’Elm Street.
Englund incarna le tueur en série à sept reprises pour le cinéma, et dans de nombreux évènements dérivés comme dans de petites séries pour la télévision.
Bref, tout ça pour dire que Robert Englund est Freddy Krueger, son faciès est devenu synonyme de « un, deux, Freddy te coupera en deux, trois, quatre, rentre chez toi quatre à quatre, cinq, six, Freddy aime les salsifis ». Le personnage est indissociable de l’homme, l’homme renvoie inéluctablement au rire caractéristique de Freddy et à sa démarche de sapiens poivrot sapiens.
Quand pour la dernière version en date des Griffes de la Nuit en 2010, le choix s’est porté sur Jackie Earle Haley, la stupeur s’est emparée des fans des films des eighties : que ce soit Haley ou n’importe qui, personne ne peut remplacer Englund dans le rôle de Krueger?! Mais à nouvelle mouture, nouveaux moyens, nouveaux « personnages » : Robert Englund n’aurait pas pu souiller son nom avec le film reboot. De toute manière, cette nouvelle production avait d’emblée décidé de s’écarter des vieilleries dignes d’une série Z pour faire autre chose, qui resterait dans les annales. C’est ici qu’on pousse un soupir à faire frémir du côlon la mère Michel qui a perdu son chat.
Autre problème de taille si on passe le détail Englund, cette nouvelle version de Freddy nous dévoile un nouveau Freddy Krueger. Au lieu du détraqué né d’une femme qui le haïssait, on tombe sur un présumé pédophile, qui s’occupait (un peu trop visiblement) d’une bande de gosses. Oh merde, je viens de spoiler. Enfin, vu le film, ce n’est pas grave : au lieu d’entourer de mystère le tueur en série (et de le rendre encore plus effrayant), on le démystifie complètement, on rationnalise ses faits et gestes. Freddy n’est plus une icône incomprise terrifiante mais une raison valable de te tuer, Nancy, sale petite pute. La psychologisation extrême de Freddy en est même dérangeante : une grande partie du film décrit l’enquête que les gosses (enfin, vieux ados ou jeunes adultes, c’est au choix, 200 grammes de salami de Milan s’il vous plait) mènent pour comprendre les liens entre eux et ce type atroce qui transforme en cauchemars leurs rêves. Beaucoup de courants en psychologie considèrent que lorsqu’on arrive à comprendre une situation, à avoir tous les éléments-clefs en main, on peut passer à autre chose, se guérir de ses maux : il faut faire éclater la vérité. Est-ce dans les paradigmes du film d’épouvante/horreur de livrer toutes les explications rationnelles ? Est-ce que cela ne gâche pas le plaisir du film de tout avoir à portée de main ? Putain mais qui a bouffé le reste de tarte à l’aubergine qui dormait paisiblement dans mon frigo en attendant son prince –assiette- charmant ?
De plus, je m’excuse pour la poésie, mais, enfin, « qu’est-ce qu’on s’en branle » que Freddy a tripoté Samantha avec une barbie fuckin’ mermaid quand elle avait cinq ans et qu’elle croyait encore que les bébés sortaient des trous de cul des poules, ce qui intéresse vraiment le spectateur, c’est de pisser dans son froc, ou, de se marrer. Le premier opus des aventures nocturnes de Freddy –celui de 1984- fait osciller le spectateur entre angoisse et rire : la scène où Johnny Depp nous fait la fontaine de sang est à pisser de rire, la mère de Nancy qui cuve trop et qui semble toujours entre deux bouteilles assure un quota humoristique non-négligeable. Par contre, la scène du bain horrifie, et les endroits « sales » où Freddy entraîne les petits jeunes lorsqu’ils rêvent fournissent quelques sueurs glacées. Si excepte le film de 1985 – qui est purement ridicule, excellent pour rire à gorge déployée toute une soirée – le troisième film arrive à la cheville du premier opus. Et après, soyons réalistes, c’est de la merde. Mais de la merde drôle.
La nouvelle mouture de Freddy, c’est de la merde, mais de la merde pas drôle, le genre qui pue la gastro carabinée avec une infection du gros intestin. Que du bonheur pour la fosse septique : à part quelques éclats de rire certainement non-voulus, le film n’apporte rien de plus. A force de vouloir faire mieux, ils ont f ait pire.

2. De l’inutilité des remakes/reboots/autres/ta sœur

Hollywood fait des reboots/remakes, parce que c’est fun, ça fait rentrer un peu d’argent en plus, et les gens sont contents : et des gens contents, ça consomme. Je vais vous épargner ma théorie générale de la mondialisation en mode big brother et autres (TGDLMEMBBET) pour en arriver au fait : les remakes et reboots sont à la mode, il n’y a qu’à se souvenir du scandale Spiderman il y a peu.
A Nightmare on Elm Street n’était pas nécessaire à refaire : l’histoire de Freddy a été vue et revue, en 2003 ils ont tenté de le foutre en cohabitation forcée avec Jason, pour le plus grand (dé ?)plaisir de tous. Bref, on a fait le tour de l’histoire, et maintenant, Johnny Depp est vieux. Et Patricia Arquette a montré ses nichons plus d’une fois depuis son apparition dans le troisième film. Mais malgré tout, on prétexte que le tour de l’histoire n’est pas fait, que ce n’était pas crédible, qu’il faut recommencer, avec les moyens de notre si belle époque qui fait rimer HD avec décolleté (enfin, il me semble). Donc, on ne prend pas les mêmes et on recommence : adieu Englund, adieu le Freddy purement psychopathe qui adorait tuer les enfants, les ados, tout le monde, on le remplace par un pseudo-pédophile qui veut se venger des mômes qui ont dit à leurs parents « il m’a touché le kiki, et ce n’est même pas un curé, maman ». Bien entendu, le personnage central du film –hormis Freddy- est toujours une jeune femme prénommée Nancy mais on change son background pour la transformer en paumée-artiste-à-la-masse. S’il y a bien quelque chose qui se dégage des films d’horreur des eighties - à la façon d’une forte odeur de reblochon dans un frigo-, c’est l’esprit hard rock de la décennie. Cet esprit hard rock, symbole des jeunes rebelles qui sortent avec des bad boy et qui pourraient aussi chanter « Because i’m bad, i’m bad » est hyper important, et relativement charmant en fait. Cet esprit hard rock se traduit dans les choix scénaristiques, mais également dans l’esthétique générale du film (et de la plupart des films de la décennie). Il suffit de regarder les pochettes de cd de hard rock, de métal sortis pendant les eighties pour s’apercevoir que l’esprit trash, horreur règne également. La relation entre film d’horreur (des eighties) et métal est donc une combinaison intéressante, qui donne des résultats probants. Evidemment, cette association n’existe plus de nos jours, la seule liaison avec le genre horrifique réside dans l’utilisation de connasses hystériques qui gueulent autant que l’alarme de mon réveil, tous les matins.
(Bon, un moment parenthèse dans cet article garguantuesquement absurde, pour glisser quelques mots doux : les hystériques ont toujours existé dans les films d’horreur, c’est un fait avéré, vu et revu, mais actuellement, on a tendance à trouver des gourdes de plus en plus pétasses et de plus en plus hautes en décibels, un peu comme dans le porno finalement)
La poésie des années 2000 s’éloigne fortement du milieu hard rock : les jeunes glandent sur leurs ordinateurs, à refaire le monde sur facebook, sur google, et semblent avoir oublié que Master of Puppets est un des meilleurs albums métal de tous les temps. Ce nouveau épisode de Freddy est libéré des contraintes des premiers films, et est un film de son époque : un film high tech, entre surpsychologisation des personnages et des faits, qui ne fera même pas dresser un seul de vos poils pubiens, même par une température polaire.
Les films d’horreur en 2010, ça pue. Surtout quand on s’entoure d’acteurs dont le répertoire en termes d’expressions faciales ne dépasse pas la gueule de bovin ; Rooney Mara a beau ressembler à la talentueuse Emily Blunt, elle transpire l’insipidité, Kyle Gallner, rescapé de la saison deux de Veronica Mars serait presque crédible si son rôle n’était pas si inutile, et Katie Cassidy devrait envisager un rôle permanent dans le musée des horreurs. Jackie Earle Haley aurait dû y réfléchir à deux fois avant de signer pour jouer ce nouveau Freddy pathétique : un excellent acteur comme Haley a mieux à faire que d’interpréter des personnages mornes et absurdes. Bien sûr, si les acteurs sont pathétiques, ce n’est pas de leur faute, c’est celle des (pseudo-) scénaristes qui ont écrit cette bouse sans nom. Bien sûr. Mais dans les faits, les acteurs restent quand même pathétiques.

3. Pour résumer très vite, et conclure, oh oui.

« Un tien vaut mieux que deux tu, Laura ». A film nul, critique saugrenue : un énième reboot/remake stérile, juste bon à finir dans le bac « dvd à cinquante cents ».

jeudi 23 décembre 2010

Cinéma Royal Part I

(The Tudors, saison trois)

J'inaugure une nouvelle thématique – influencée par mon goût pour l'Histoire – concernant la représentation de la royauté au cinéma depuis ces dernières dix années : pour la première partie, nous explorerons le portrait du célèbre Henry VIII en passant par la série The Tudors et le film The Other Boleyn Girl. La deuxième partie se centrera sur les deux films dépeignant la reine Elizabeth I (la fille du roi Henri VIII pour ceux qui ont du mal à suivre), tandis que la troisième partie sera sur le film The Young Victoria. Enfin, la quatrième partie parlera du film Marie-Antoinette, pour la représentation franco-autrichienne.

Pour ceux qui ont séché les cours d'Histoire :

La situation politique de l'Angleterre, avant le règne d'Henry VII, ressemblait à un casse-tête chinois : la guerre des Deux Roses (une histoire de succession au trône) ne prit fin qu'en 1485, année où le père d'HenryVIII, appelé très sobrement Henry VII, triompha à la bataille de Bosworth Field contre Richard III. Après cette victoire, l'ère des souverains Tudors débuta (elle se termine avec le décès d' Elizabeth I en 1603).
Henry VIII n'était pas promis au destin de roi : son frère aîné, Arthur (sans table ronde) devait porter la couronne ; la vie en décida autrement puisqu'Arthur décéda en 1502, alors que son père Henry VII régnait toujours. Le roi demanda au Pape une exemption pour que Catherine d'Aragon – qui se déclarait toujours vierge -, la veuve d'Arthur, puisse épouser le nouveau promis au trône, Henry VIII.
Henry VIII devint roi à dix-huit ans, en 1509.
Des six mariages qu'Henry contracta, il eut seulement trois héritiers (qui montèrent tous sur le trône) : Mary I, Elizabeth I, et Edward VI.

Que retient-on du règne d'Henry VIII?

Aujourd'hui, le nom du monarque renvoie inéluctablement à ses six épouses dont deux furent, sous ses ordres, décapitées.
En dehors de cette tendance à se marier à tort et à travers, il s'agit d'un des règnes les plus sanguinolents : nombreux furent les sujets accusés de « haute trahison » (et ici, haute trahison est synonyme de décapitation, de bûcher, de pendaison, de torture et même pire). Tout ceci se passait bien sûr à la Tour de Londres (Tower of London), l'antre du massacre politique; parmi les plus célèbres victimes du règne d'Henry Tudor, on peut citer ses deux femmes, Anne Boleyn et Catherine Howard, l'humaniste Thomas More, Thomas Cromwell (qui fut ministre du roi pendant presque dix ans), etc.
Henry VIII est peut-être un des rois les plus notoires, mais pas pour de bonnes raisons : au moment de son décès, ses caprices avaient réussi à faire de l'Angleterre un cavalier solitaire (puisque le roi avait été excommunié par Rome, suite à son divorce avec Catherine d'Aragon pour épouser Anne Boleyn) du point de vue religieux, et sa mégalomanie égoïste avait ruiné le pays.
Pour l'anecdote, la vie sentimentale d'Henry VIII a inspiré le conte sanglant « Barbe Bleue ».

The Tudors – une série haute en couleurs

Michael Hirst est un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous aimez les films sur l'Histoire d'Angleterre : il est le créateur de la série des Tudors, mais avant cela, jouissait d'une réputation dans l'écriture de scénarios de films historiques comme Elizabeth (1998) ou Elizabeth : the Golden Age (2007). Le but de la série est de dresser un portrait d'Henry VIII, en allant de sa rencontre avec Anne Boleyn en 1525, jusqu'à sa mort en 1547. Décrivant les histoires sentimentales d'Henry, la décadence de la cour, la situation politique internationale, et bien sûr, les guerres de religion ; en plus d'avoir un aperçu sur la vie du monarque, c'est un véritable diaporama de l'époque des Tudors qui se déploie sous les yeux du spectateur.
Les costumes, les décors ont été conçus avec un soin particulier du détail, pour sembler plus réalistes, crédibles.
The Tudors se compose de quatre saisons, trente-huit épisodes d'en moyenne cinquante minutes : c'est une série longue, qui a demandé d'importants moyens. Outre son budget conséquent digne de la production d'un film (ou même plusieurs), la série se targue de son casting alléchant notamment composé de Jonathan Rhys-Meyers (Henry VIII), Henry Cavill (Charles Brandon, duc de Suffolk), Callum Blue (Sir Anthony Knivert), Jeremy Northam (Thomas More), Sam Neill (Cardinal Wolsey), Peter O'Toole (le Pape Paul III), Alan Van Sprang (Sir Francis Bryan), etc.

Comment Henry VIII est-il décrit dans la série?

Sa psychologie s'empire, au fur et à mesure des saisons. Dès la première saison, le mot d'ordre est donné : Henry VIII a un foutu caractère, est capricieux, et profite bien de sa position dans la société. Il ne « visite plus la couche » de sa femme Catherine d'Aragon qui lui est entièrement dévouée, et partage son temps entre la chasse et la drague intempestive dirons-nous. Sa politique internationale est gérée par le cardinal Wolsey, et le roi a beaucoup de mal à accepter de faire la paix avec l'Empereur (le neveu de sa femme), et François I.
Henri VIII manigance son premier divorce parce qu'il désire faire des galipettes et avoir des enfants légitimes – un héritier mâle - avec Anne Boleyn et évince donc Catherine d'Aragon en tirant la langue à Rome. La réforme religieuse peut donc commencer, et l'entourage du monarque se fait protestant. L'Angleterre entre dans une phase d'instabilité générale, rythmée par les différentes épouses du roi, ses différents conseillers, et sa peur de vieillir, de mourir sans une descendance masculine.
La série évoque aussi le caractère versatile des relations que les gens de la cour entretiennent : un jour ils s'aident, le lendemain ils se tirent dans les pattes. Le roi est bien évident pareil : il agit souvent par hypocrisie, et par intérêt, il change d'avis comme de chemise en matière de politique internationale, en fonction de ce que les français et les espagnols font.
Pour témoigner d'un point de vue « privé » de cette nature lunatique, il suffit d'observer comment Henry VIII agit vis-à-vis de ses deux filles, Mary (aka Bloody Mary, fille de Catherine d'Aragon), et Elizabeth (aka The Virgin Queen, fille d'Anne Boleyn) : il les traite en princesses royales, les répudie, ne leur verse plus rien, puis les rappelle à la cour.
On pourrait résumer l'esprit du roi en ces quelques mots : il s'aime, il se considère comme digne, et ne tolère pas qu'on le salisse, même d'une éclaboussure microscopique et involontaire.

De quoi parle le film « The Other Boleyn Girl »?

Contrairement à la série the Tudors qui parle d'une grande partie de la vie d'Henry VIII, The Other Boleyn Girl se centre sur un passage de la vie de l'illustre roi, et même plutôt d'un passage des vies d'Anne et de Mary Boleyn, respectivement sa femme et sa maîtresse.
Le film raconte comment Mary et Anne Boleyn se sont disputées les faveurs du roi ; alors qu'au début de l'histoire, Mary devient la maîtresse du roi et agit de façon discrète, Anne est en France. Quand Anne apparaît à la cour anglaise, elle subjugue par son esprit, son physique et son charme Henri VIII qui tombe fou amoureux d'elle, au point de rompre toute relation avec sa soeur, Mary (qui vient de mettre au monde un fils, conçu sur la couche du roi) et de mettre l'Angleterre à feu et à sang en se détachant de Rome.

Est-ce historiquement valable?

En grande partie, non. The Other Boleyn Girl est d'abord un livre de Phillipa Gregory, très romancé : la rencontre entre Anne et Henry VIII ne s'est pas passée du tout comme dans le livre, et le portrait de Mary Boleyn n'est certes pas très ressemblant à celui dont les historiens parlent.
Il semblerait qu'en effet, Henry VIII ait usé sa royale couche avec Mary, mais contrairement à ce que le film laisse croire, la jeune femme était loin d'être innocente : toute la cour française, et même François I himself, étaient déjà montés sur la jeune anglaise.
Henry VIII, dans le film, est interprété par le séduisant Eric Bana, qui arrive tout à fait à convaincre de son poste royal. Néanmoins, en comparaison avec le Henry VIII de la série, celui du film fait pâle figure : il est terne et extrêmement malléable. A l'époque d'Henry VIII, certains ont pu tirer les ficelles du royaume, comme par exemple, la famille Boleyn, qui a influencé le roi, bien que celui-ci a toujours eu le dernier mot.
Un Henry VIII bien faible comparé à celui de la réalité, une Anne Boleyn jouée par une Nathalie Portman très orgueilleuse, une Mary Boleyn souillée d'inutilité et de niaiserie par une Scarlett Johansson pathétique: voilà le résumé de ce film, inégal, certes esthétiquement beau mais scénaristiquement à chier. Le majeur problème de The Other Boleyn Girl n'est finalement pas son casting féminin décevant (sauf Kristin Scott Thomas), ni son manque de véracité historique, mais le rythme avec lequel les évènements se succèdent : on insiste sur les fadaises sentimentales, et on éclipse complètement le bordel socio-politique qui découla de la décision du roi d'envoyer Rome se faire enculer par un baobab. C'est donc pour cela que le spectateur non-averti ne pigera pas pourquoi Henry VIII adopte vers la fin du film une gueule de prisonnier de goulag: les dernières vingt minutes du film abordent une période de quatre ans, riche en tragédies, qui sera résumée sommairement. On pourrait donc faire l'hypothèse que le film dresse un portrait psychologique des deux soeurs, plutôt qu'une description des faits : erreur et damnation, une coquille ne fut jamais aussi vide. La force de la série des Tudors est la richesse de la présentation psychique des personnages : ils évoluent, se transforment sous nos yeux. Même si la véracité historique n'est pas parfaite à cause de ce point de vue, la série se défend brillamment grâce à la profondeur de ses personnages, à leur complexité.

Au final, que faire si on veut en savoir plus sur Henry VIII?

Un nombre considérable d'ouvrages est disponible, que ce soit sur Henry VIII ou les Tudors. Pour les curieux qui ne veulent pas user leurs rétines sur des pages blanches, on peut vous conseiller de vous attarder sur la série des Tudors, un maximum fidèle à la « véracité historique ». Attention, ça décoiffe : scènes de sexe très suggestives, et tortures affreusement réalistes!
Si les Tudors n'est pas entièrement parfaite pour l'histoire d'Henry VIII*, elle donne un aperçu très réaliste de l'époque.


*Par exemple, les scénaristes ont choisi volontairement de changer le nom de Mary Tudor (la soeur d'Henry) en Margaret, afin d'éviter une quelconque confusion avec Mary, la fille d'Henry.














samedi 10 juillet 2010

Toy Story trois



Il est rare que les suites surpassent les premiers opus, dans le monde du cinéma. Bien sûr, on dira que Le Parrain s’est bonifié pour le deuxième film, et que le troisième volet d’Indiana Jones est sans doute le meilleur de la série. Néanmoins, en règle générale, les scénaristes ont une bonne idée pour un premier film, l’appât du gain pour la suite transforme leurs cerveaux en masse informe et sans connexions synaptiques, juste bons à créer un plat réchauffé sans véritable dynamique.
Toy Story 3 pourrait bien être un de ces films qui se bonifie avec le temps. N’ayant vu que partiellement le premier – et n’ayant pas du tout accroché- et donc logiquement nié le deuxième, il s’agissait d’une découverte à proprement parler. A force de glaner des informations dans les bouches de plusieurs individus (constituant un échantillon aléatoire simple), j’en suis donc arrivée à la conclusion que Toy Story 3 devait être meilleur que le premier et le deuxième additionnés à un scone tapissé de clotted cream et de confiture de fraises.

Le premier Toy Story débutait sur une question importante : est-ce qu’un jouet peut être remplaçable ? Le jour où Buzz l’éclair est arrivé chez Andy, un petit garçon, ce dernier l’a préféré à Woody, son « meilleur ami », le jouet qu’il adorait. La grande question du film tenait dans la place qu’on pouvait donner à une nouvelle personne, à la jalousie.
Ici, dans Toy Story 3, le film débute sur la question du départ à l’université d’Andy : celui-ci, presque adulte, délaisse depuis des années ses anciens jouets, qui sont d’ailleurs déprimés à l’idée d’être probablement mis au grenier – ou pire à la poubelle.
Quel est le sentiment d’attachement d’un enfant à ses jouets ? Est-ce qu’en devenant adulte, l’enfant jette-t-il tout simplement ses jouets, reniant une part de lui-même ? Que deviennent les jouets après une vie bien remplie ? Peuvent-ils appartenir à d’autres ou doivent-ils rester fidèles à leur propriétaire ? Toutes les réponses à ces questions se trouvent dans le film, présentant d’emblée deux points de vue : celui de Woody, le fidèle cowboy, qui ne peut concevoir de passer sa vie loin d’Andy, et le point de vue des autres jouets, qui, eux, se sentent délaissés, oubliés, aspirant à devenir à nouveau des jouets à proprement parler.

Andy va partir à l’université dans quelques jours. Cédant à sa mère, il doit ranger sa chambre, et trier en trois sortes de caisses ses affaires : la caisse du grenier, celle de l’université, et enfin, la poubelle. Les anciens jouets d’Andy, entassés dans un coffre, craignent pour leur « survie » et essayent une nouvelle tentative désespérée pour capter l’attention du jeune homme. Alors que Woody, le cowboy, maintient fermement qu’Andy ne les jettera pas, Buzz, Rex, Jessie, Mr. Patate, Bayonne, Zig-Zag, sont convaincus du contraire et du fait qu’ils approchent de la retraite, malgré eux. Andy range ses affaires, et prend dans la caisse d’université Woody, tandis que les autres jouets atterrissent dans un sac poubelle, prévu pour aller au grenier. Bien sûr, tout ne se passe comme prévu, et la mère d’Andy apporte le sac poubelle dehors. In extremis, les jouets se sauvent, suivis par Woody, et se retrouvent embarqués dans une nouvelle aventure à la garderie, un soi-disant paradis pour les jouets, qui se trouve être plutôt un cauchemar à l’état pur -lorsqu'on est dans la classe des petits enfants- , orchestré par un ours diabolique et un singe effrayant.

Tout le monde connait Woody, Buzz, Jessie, Rex, Bayonne, Mr. Patate, qu'on retrouve avec un sourire ému, tant les personnages sont drôles, attachants, au point qu'on arrive à se dire qu'il faut qu'on récupère nos anciens jouets oubliés au grenier, alors qu'ils nous ont donné tant d'heures magnifiques. Le film suggère que justement, les jouets finissent toujours par retrouver une seconde vie : on les donne à nos petits frères et soeurs, à nos cousins, à nos voisins, à des enfants pauvres qui ne peuvent s'en acheter. Il y a un cycle de vie pour les jouets, qui, dépasse les limites d'une personne. Bien sûr, Woody, est convaincu du contraire : il ne vit que pour Andy, celui qui était son propriétaire aimant il n'y a pas encore si longtemps de ça. Cet attachement éloigne Woody de ses amis, pour qui, une autre vie est possible avec d'autres personnes. C'est une sorte de métaphore sur le deuil en général : dire aurevoir à ceux qu'on a aimé, à ceux pour qui nous n'avons plus la même importance.

Les nouveaux jouets introduits, et notamment l'ours en peluche Lotso, personnage riche et complexe du point de vue de sa psychologie, nous promettent des tranches de rigolade, et des séquences émotions. On note l'apparition très remarquée de Barbie – la poupée de la petite soeur d'Andy qui est donnée au début du film à la garderie – et Ken – ou le fils spirituel de Vincent Mc Doom et de Karl Lagerfeld – une sorte de dandy insupportablement fashion, qui donnera à tout le monde une crise d'asthme à force de rire.

En résumé, Toy Story 3 est un film à voir – la question de la 3D ne sera pas débattue ici, même si, foncièrement, elle n'était pas nécessaire. Une invitation à retourner en enfance, à éclater de rire devant Buzz en mode espagnol, devant Ken en séance de défilé de mode (si, si, avec une musique appropriée) : tous les ingrédients sont réunis pour faire de Toy Story 3 un grand film d'animation, drôle, émouvant, sincère, et qui laissera rêveur le public.

jeudi 17 juin 2010

Robin Hood

Robin Hood, mouture 2010, une vaste blague ?





Quand Ridley Scott a avoué à la Terre entière qu’il aimait se badigeonner le canal déférent avec de la crème fraîche chaque dimanche après-midi, et qu’il allait réaliser une nouvelle version de Robin Hood, une légende britannique qui a connu de nombreuses adaptations, tout le monde a retenu son souffle, comme à la piscine, quand on faisait semblant de couler, histoire d’être écarté.
The Adventures of Robin Hood de Curtiz, Robin Hood de Reitherman (ou la version Disney) et Robin Hood, Prince of Thieves de Reynolds étaient – parmi la multitude de films sur le héros – ceux considérés comme références principales, et un énième opus ne semblait guère légitime.
Pour la plupart des gens, le film de Reynolds mettant en scène Kevin Costner était même vu comme une référence optimale – la conjugaison du comique et du dramatique avec une pincée de romanesque se mariant aussi bien que Charles et Camilla -, ne nécessitant pas une nouvelle version.
Alors, forcément, quand Ridley Scott a présenté son projet, l’emballement du public n’y était pas. Un nouveau Robin Hood, pourquoi faire ? On a déjà des baladeurs mp3 qui peuvent être vibromasseurs, alors quel intérêt ?!
Russell Crowe aurait même décliné le rôle de Robin, dans un premier temps, jugeant que cette nouvelle version n’avait pas lieu d’être, et qu’en plus, le scénario s’était fait sans historiens ou autres rats de bibliothèque fort utiles lorsqu’il s’agit de composer une oeuvre un minimum fidèle à l’histoire. Après des mois de lectures, de recherches, Crowe a finalement accepté le rôle, et le film a pu se faire, après une révision complète du scénario (ce qui rappelle l’histoire de Terminator 4).

Que vaut le film en lui-même? Il raconte l'histoire d'un hors-la-loi (forcément, c'est toujours une histoire de bad boy), enfin, d'une tête brûlée, Robin Longstride, qui, en France, assiste au décès de Richard Lionheart (un gros connard sans humour), et un peu plus tard, à une embuscade orchestrée par des français - aidés par Godefroy, un membre du gratin anglais, un peu traître sur les bords - visant à récupérer la couronne avant son arrivée en Angleterre, histoire que les français puissent niquer le prince Jean en toute beauté. Longstride et ses compagnons donnent des gros coups de pied au cul des français, font fuir Godefroy, et après une petite promesse à un noble mourant du nom de Locksley, ils décident de partir avec le bateau royal qui attendait les autres, comme ça, ils ne devront pas glander un an en France avant de rentrer sur leur île tant aimée. Un gros quiproquo digne d'un vaudeville - avec un peu plus de sang quand même - se déroule, Robin Longstride devenant magiquement Robert de Locksley. La troupe d'usurpateurs fait une entrée royale en Angleterre, en faisant du prince Jean le nouveau roi, bien malgré eux, mais comme ce sont de bons comédiens, ils jouent le jeu.
Robin, pris d'une crise de culpabilité, parce qu'en plus, il doit aller à Nottingham pour voir le père de Robert Locksley, décide d'honorer la promesse qu'il a faite à Robert, alors qu'il était mourant. A partir d'ici, l'intrigue se centre sur l'arrivée de Robin à Nottingham, ainsi que son installation là-bas, tandis que le spectateur assiste également à une représentation géopolitique de l'Angleterre : entre les caprices burlesques de Jean, et les crasses que Godefroy fait en dupant tout le monde, c'est un véritable portrait de la société, des problèmes politiques de cette période que le film Robin Hood dresse, avec beaucoup d'humour (à travers le personnage du prince Jean).

Russell Crowe mène la danse, offrant une composition à mi-chemin entre celle de 3:10 To Yuma et celle de Gladiator. Les mauvaises langues vont également dire que l'association Crowe-Scott est comparable à celle de Tim Burton et de Johnny Deep, et que Russell Crowe, il est sur son bateau et il tabasse les gens (si vous n'avez jamais vu d'épisodes de South Park, vous ne pouvez pas comprendre cette référence, dansons pour ne pas mourir).
Cate Blanchett a déjà eu des rôles du genre "femme forte, prête à tout, dure comme un roc anglais", dans Elizabeth, par exemple. Mark Strong, est habitué aux rôles de gros connard machiavélique de service, son visage reptilien aidant sûrement : dans Stardust, il terrorisait tout le monde, prêt au pire pour poursuivre son but, et, dernièrement, dans Sherlock Homes, il jouait les fauteurs de troubles.
William Hurt a un rôle certes important au niveau symbolique, mais presque pas présent, très sage, qui essaye de raisonner le prince Jean, l'irresponsable de service.
Seul bémol dans ce casting sans faute : Léa Seydoux, une actrice française jouant une française, qui a toujours la même expression blasée et le même jeu, quel que ce soit le film dans lequel elle joue.

Robin Hood n'a pas été bien accepté, du point de vue des critiques. On reproche au film d'aller dans tous les sens, de ne pas se centrer assez sur Robin, de ne présenter que la partie de l'histoire qui a précédé la légende, alors que ce qui intéresse Josiane, c'est la légende, l'homme derrière l'arc. Cette surexploitation du contexte historique pose également question : les gens voulaient du romanesque, de la poudre aux yeux.
Et il semblerait que ce ne soit pas la faute à Ridley Scott en particulier, mais aux adaptations de légendes : on va vers le plus réaliste, le plus contextualisé, le plus explicatif, on renonce au fantastique : comme exemple, King Arthur, en 2004, de Fuqua, qui oubliait les délires pornographiques de la fée Morgane, les tours de passe-passe de Merlin, le scénario peuplé d'orgies entre chevaliers, chevaux et dames. Bref, il semble que les légendes n'ont plus lieu d'être, qu'elles vont être remaniées, dans une version plus réaliste, un peu comme la télé-réalité, mais sans les nichons refaits.
Maintenant, l'autre problème est celui de la légitimité : comme dit précédemment, les films sur Robin Hood sont aussi nombreux que les opérations de chirurgie esthétique de Cher, certains des films faisant l'unanimité plus que d'autres. Alors que les affiches et les bandes-annonces commençaient à fleurir comme les allergies aux pollens, le peuple grondait dans sa barbe que zut, on s'en fout, ce sera pas aussi bien que celui avec Costner. A la sortie des salles, on pouvait même entendre c'est nul, celui avec Alan Rickman était vingt fois mieux, bon, on va se boire une bière putain?. Quelques fois, des avis plus sensés, qui disaient que ce n'était pas comparable, c'est un nouveau genre.

Il n'y a pas de véritable raison de décrire le film comme un navet, et pourtant, les critiques étaient aussi clémentes qu'Obama lorsqu'il s'adressait à BP à la Maison Blanche.
Bien sûr, le prince Jean mérite deux claques, est un peu ridicule par moments, le film est sans doute trop long, mais c'est une vision unique et originale de ce qui a mené à une légende archiconnue. Maintenant, à savoir si Ridley Scott aurait dû faire le film sur la légende en tant que telle et pas les prémisses, le débat reste ouvert. Voilà, on ne peut pas comparer ce film aux anciens, pour la simple raison qu'il ne traite pas du même sujet, du même moment. De plus, on peut déceler une sorte de morale cachée, très vingt-et-unième siècle, sur la liberté des hommes, leur besoin d'évoluer dans une société égalitaire pour être heureux.
Chaque film est un produit de son temps, de sa génération, de son époque. Le film de Reynolds résultait de l'effet héros presque surhumain, avec Costner, et celui de Scott, lui, reflète plus la société actuelle, qui semble se faire baiser par le gouvernement qui est constitué de traîtres et de gens ridicules (comme en Belgique), ce qui ne plait pas aux gens, parce qu'ils préfèrent les beaux gosses fougueux, pour leur faire oublier que putain, ils ne doivent pas rendre en retard leur déclaration d'impôts.

mardi 11 mai 2010

La princesse et la grenouille



En 2004, Disney annonce que « Home on the Range » (aka « La ferme se rebelle » pour les français) sera leur dernière production 2D, l'ère des dessinateurs via pc étant devenue plus importante que le coup de crayon/pinceau des artistes « classiques ».
Deux ans plus tard, le studio renait de ses cendres, et décide de s'atteler au projet de « La Princesse et la Grenouille » (ou « The Princess and the Frog »), dont la sortie est programmée pour fin 2009 début 2010.
Ron Clements et John Musker, qui, autrefois, ont écrit et réalisé notamment La Petite Sirène, Aladdin, et Hercule, sont chargés d'écrire et de réaliser ce nouvel opus, qui traite d'une jeune femme afro-américaine, à la Nouvelle Orléans, au début du vingtième siècle.
L'histoire est décrite dans les grandes lignes, grâce à quelques premières images rendues rapidement publiques : une jeune femme, habillée comme une princesse, embrasse une grenouille et... se transforme à son tour en grenouille.

Tiana, une jeune fille optimiste, poursuit le rêve de son père : celui d'ouvrir son propre restaurant. Amassant les pourboires, les salaires, depuis qu'elle travaille comme serveuse, elle se rapproche de son but, lorsque, suite à une échéance trop serrée, elle se retrouve embarquée dans une grosse fête costumée, donnée par « Big Daddy » La Bouff, l'homme le plus riche de la ville, père de Charlotte, une amie d'enfance de Tiana.
Simultanément, l'extravagant et insupportable prince Naveen arrive en ville, pour s'amuser, et trouver un mariage qui pourrait l'entretenir, car, ses royaux parents lui ont coupé les vivres. Chantant dans la ville, attirant tout le monde par sa bonne humeur, lui et son valet croisent le Docteur Facilier, un sorcier vaudou aux aspirations maléfiques, qui a « des amis de l'au-delà ».
Le prince Naveen est transformé en grenouille, et son valet se retrouve dans le corps de l'agaçant narcissique héritier de Maldonia.
Bien sûr, le prince Naveen et Tiana finissent par se retrouver au même endroit au même moment (à savoir à la grosse fête costumée de La Bouff), le fastidieux batracien la confondant avec une véritable princesse, il lui propose un gros roulage de pelle, et un pactole à la clef pour qu'elle puisse ouvrir son restaurant. Comme tant de nombreuses femmes, Tiana fait l'erreur fatale de le croire, et se retrouve avec de longues pattes vertes, et en état de danger, puisque tout le monde veut les tuer (et peut-être les manger avec un peu d'ail).
Les deux compagnons, malgré eux, sont embringués dans une aventure piquante, avec Louis, un alligator mordu de jazz, et Ray, une luciole parlant avec un accent à couper des saucissons gaumais. La destination de leur voyage? La repère de Mama Odie, une sorcière vivant dans les marais. Mais bien sûr, s'ils peuvent arriver là avant que Facilier et ses ombres démoniaques y soient avant...


Très drôle, hilarant, ce nouveau Disney introduit des personnages bien construits, intéressants : Tiana, une jeune fille émouvante, mais dure comme un roc, qui poursuit son rêve d'enfance tandis que Naveen, en grossier merle imbu de sa personne, peut surprendre tout au long de l'histoire, par ses capacités de maturation. Louis, l'alligator qui joue de la trompette, est un bon vivant attachant, dont le seul souhait est d'un jour pouvoir jouer en public, avec de vrais musiciens, sans que ceux-ci s'enfuient à sa vue. Ray, la luciole édentée avec sa façon de parler tellement particulière, assure la partie humour, tout en rendant les choses presque sentimentales. Même si on ne la voit pas énormément, Charlotte La Bouff est aussi très drôle, en gamine capricieuse mais avec un fond sympathique non négligeable.
Mais la partie d'un Disney qu'on ne peut jamais oublier, c'est le méchant. Loin d'être aussi charismatique que Maléfique dans la Belle au Bois Dormant, le Docteur Facilier est à mi-chemin entre Jafar d'Aladdin (physiquement) et le Seigneur des Ténèbres de Taram et le Chaudron Magique (pour le côté « total evil ») : il est effrayant, manipulateur, comploteur, et aidé par des forces obscures particulièrement monstrueuses (qui glissent sur le sol à une vitesse ahurissante).



Alors que les derniers Disney en 3D ont fait des flops (The Wild, Bienvenue chez les Robinson, Volt, star malgré lui), les Pixar continuent de progresser et de remporter un succès fou auprès du public ; on pouvait aisément se questionner sur la probable qualité d'un nouveau long-métrage. Le résultat est encourageant : La Princesse et la Grenouille présente une histoire combinant des thèmes amusants et presque philosophiques, dans un décor fabuleux (les bayous sont magnifiques, les dessins sont soignés) avec une bande-son à faire danser votre feu grand-père.