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lundi 28 février 2011

Black Swan


Un peu plus de deux ans après The Wrestler, Darren Aronofsky signe son retour avec Black Swan, un thriller psychologique – voire psychanalytique- inspiré du film "Le locataire" de Polanski et de la nouvelle "le Double" de Dostoïevski.

Nina (Natalie Portman), une ballerine de la New York City Ballet Company, commence à perdre la tête lorsqu'une nouvelle danseuse fraîchement arrivée de San Fransisco, Lily (Mila Kunis), débarque dans la troupe. La paranoïa s'installe de façon plus intense et plus effrayante lorsqu'elle décroche – pour une raison un peu nébuleuse – le rôle de la Reine des Cygnes dans la nouvelle version du Lac des Cygnes de Thomas (Vincent Cassel).

On a beaucoup insisté – que ce soit dans les reviews ou dans la bande-annonce du film – sur le fait que Black Swan est avant tout une représentation du "double" de "l'autre", des deux faces d'une même personne. Bien entendu, cette vision tient la route : Nina, le personnage principal, est rongée par l'apparition de Lily dans sa vie, à un point frôlant l'obsession morbide et la jalousie.
En devenant la Reine des Cygnes, Nina intègre parfaitement son rôle mentalement, puisqu'elle s'imagine être réellement un cygne, le Cygne Blanc, effrayé par sa rivale noire.

Le film joue énormément sur les contrastes, d'abord sur les zones d'ombres et de lumières : dans la première scène (qui est en fait un rêve), Nina danse en tant que Cygne Blanc, seule, puis, avec Von Rothbart, le sorcier qui l'a transformée en cygne. La scène est faite uniquement d'ombre (noire) et de lumière (blanche), entre les deux tendances, l'une étant le Cygne Blanc, l'autre le Cygne Noir.
Les autres nuances du film sont surtout entre Nina et Lily ; l'une est virginale, pure, vêtue de rose, de blanc, de couleurs douces et pastels, alors que l'autre est passionnée, libre, et habillée de noir.
Des symboles récurrents de ce thème du double/du contraste sont les miroirs : ils apparaissent à de nombreux moments importants du film, pour avertir le spectateur qu'on passe à une scène fantasmée ou non.
Passé un certain moment du film, la grande question apparaît : est-ce que Lily existe réellement ou est-elle le fruit de l'imagination (ou de l'exagération) de Nina?
Cette conception du double dans le film est certes intéressante, mais ne suffit pas à parler de l'histoire, parce qu'au final, ce n'est pas cet aspect dichotomique – très souvent utilisé dans le cinéma par exemple dans Fight Club – qui domine toute l'oeuvre : ce qui transcende le plus, c'est le caractère psychanalytique de l'histoire.

Quand Freud créa la psychanalyse, pour expliquer de nombreux comportements, il recourut aux mythes, qu'il revisita. Black Swan est une relecture de l'histoire du Lac des Cygnes, transposée à l'histoire de Nina : le Cygne Blanc et le prince s'aiment, mais le Cygne Noir, qui ressemble à s'y méprendre au Cygne Blanc, séduit le prince, pour empêcher le Cygne Blanc d'être sauvé par l'amour du prince. Au final, le Cygne Blanc se suicide.
Mais la psychanalyse (du temps de Freud) n'est pas qu'un ensemble de mythes, c'est également une multitude de symboles à interpréter. Et Andres Heinz, Mark Heyman, John McLaughlin et Darren Aronofsky s'en donnent à coeur joie : il y a deux grilles d'interprétation du film : la première est la psychose grandissante d'une jeune femme surmenée, exaltée et rendue folle par le rôle dont elle rêvait, et la deuxième interprétation est la perte de la virginité d'une jeune femme. Le film est entièrement codé sur base de cet évènement : la seule chose que Nina attend, c'est sa sexualité.
Dès le début du film, Nina apparaît comme asexuée : elle est maniaque du contrôle, vit avec sa mère, dort dans une chambre blanche et rose remplie de peluches. Dans la première scène du film où elle rêve de danser le Lac des Cygnes, il y a un sous-entendu sur le désir de la vierge de rencontrer l'homme, le démon, le sorcier, qui va lui enlever sa part de Cygne Blanc, d'innocence.
La seule passion à laquelle s'adonne Nina (et encore, avec une modération virginale), c'est la danse. Après l'avoir engagée pour jouer la Reine des Cygnes, Thomas lui fait même ce reproche : elle n'est capable que d'interpréter le Cygne Blanc, il n'arrive pas à la voir en Cygne Noir (qui symbolise la sensualité, la sexualité). La jeune femme commence à se consumer de l'intérieur, à tomber dans la folie, dans l'attente de l'acte sexuel, qui devrait la libérer, la transformer en Cygne Noir. Et tout au long du film, les signes apparaissent : elle connaît les préliminaires, fantasme sur l'acte, se prépare entièrement pour ce dernier, et attend, n'attend que ça. Bien sûr, la dernière scène du film symbolise parfaitement le passage à l'acte : Nina perd son innocence, sa virginité, son duvet de petit Cygne Blanc, et se transforme en Cygne Noir. Et bien sûr, comme dans toute perte d'hymen, il y a du sang.

Savez-vous que lorsqu'il composait le Lac des Cygnes, Tchaïkovski réprimait ses tendances homosexuelles et qu'on peut objectivement considérer que cette oeuvre parle des désirs interdits, tabous?
Dès la première scène où Nina aperçoit Lily, on peut comprendre qu'il ne s'agit pas que de jalousie, de haine, d'envie, mais également d'un désir foudroyant, fulgurant. Nina désire être Lily, la posséder, la pénétrer, se faire dévorer par elle. Un insatiable appétit pour le Cygne Noir. Le Cygne Blanc veut devenir le Cygne Noir, ne faire plus qu'un avec lui. C'est par Lily que la libido s'empare de Nina.
Outre le symbole de la virginité qu'on aspire à perdre, il y a l'attirance envers quelqu'un du même sexe qu'on essaye à tout prix de refouler. Ce refoulement s'exprime dans la jalousie, dans la peur que Nina éprouve vis-à-vis de Lily.

Black Swan est (peut-être) un clin d'oeil à Hollywood : au début du film, Beth (jouée par Winona Ryder) est la star, la vedette de la troupe : son visage est sur les affiches qui peuplent les murs de la New York City Ballet Company. Après la nomination de Nina dans le rôle de la Reine des Cygnes, Beth est remerciée par Thomas et doit prendre sa retraite à la fin de l'année, ce qui ne se passe pas sans encombres. L'ombre de Beth ne plane plus très longtemps puisqu'elle a un accident de voiture qui la propulse à l'hôpital. Nina, en véritable admiratrice de Beth, est touchée par la déchéance de la femme à qui elle s'identifiait.
Winona Ryder, il y a vingt ans, était une star : son visage était sur toutes les affiches.
Depuis qu'elle a eu, il y a un peu moins de dix ans, des problèmes de cleptomanie, c'est comme si elle n'existait plus pour Hollywood. Dans Black Swan, ce n'est pas la faute d'un trouble psychologique si Beth est rayée de la liste des étoiles, c'est simplement parce qu'elle est "trop vieille", qu'elle "approche de la ménopause" selon quelques mauvaises langues. A Hollywood, les actrices doivent rester jeunes et belles, parce qu'une fois qu'elles sont vieilles, il n'y a plus rien pour elles. Et même si les exceptions existent – Meryl Streep, Annette Bening, pour ne citer qu'elles – il est rare qu'une actrice puisse persister dans des rôles intéressants, dignes d'elle.

Darren Aronofsky a commencé à envisager Black Swan, en 2000. Et pourtant, la production du film ne s'est pas lancée avant 2008-2009. Si Black Swan a eu besoin d'une telle maturation, c'est dans un souci du détail, si précieux à Aronofsky. En plus, Natalie Portman s'est entraînée pendant cinq mois, à raison de six jours par semaine, pendant cinq heures, pour nous faire croire qu'elle pourrait être une vraie ballerine : le résultat est étincelant sur la pellicule : l'actrice, en plus d'être une Nina effrayée/effrayante est une ballerine gracieuse.
Black Swan est un film dans la lignée de Pi (le thème de la paranoïa, des saignements) et de The Wrestler (l'abandon de tout au profit de son art) : les films d'Aronofsky parlent souvent du fait de se sacrifier pour ce qui nous anime, que ce soit bon ou mauvais : dans Requiem for a Dream, les protagonistes se bousillent pour la drogue, dans the Fountain, Tommy ne vit plus que pour trouver un remède pour sauver sa femme plutôt que d'accepter sa mort et de passer quelques derniers moments avec elle. Dans Black Swan, Nina se laisse porter par la perspective de la représentation finale qui importe plus que tout, même si elle peut y laisser sa santé mentale, physique, son âme.
La presse a souvent évoqué le fait que Black Swan est un versant féminin de The Wrestler, ce qui n'est pas faux, mais qu'il faut nuancer : dans Black Swan, Nina est au début de sa carrière, alors que dans The Wrestler, Randy "The Ram" est un has been qui traîne son passé derrière lui. L'autre grande différence entre les personnages principaux est la suivante : Black Swan est une histoire de déconstruction, de perte de soi tandis que dans The Wrestler, Randy est en reconstruction : il se recherche, veut recoller les pièces du puzzle de sa vie. Le véritable point commun entre les films est dans leur conclusion : pour son "art", on peut aller jusque dans la mort, la souffrance n'est qu'un moyen d'atteindre la perfection.

Aronofsky éclipse sa performance de réalisateur fort discutée – à cause de sa caméra qui rend épileptique - au profit de la prestation hallucinée/hallucinante de Natalie Portman : la jeune femme porte sur ses frêles épaules (néanmoins musclées pour le film) le film, transcende parfaitement la schizophrénie, les deux cygnes. Comme il a déjà été explicité dans cet article, Portman ne se contente pas d'offrir une performance d'actrice, mais aussi, une performance de danseuse (qui a été très peu doublée) : un déploiement de grâce, de charme, d'élégance.
Pour revenir à la réalisation d'Aronofsky, elle n'est certes pas agréable, puisque les images bougent à une vitesse ahurissante, ne laissant pas le temps de reprendre son souffle, mais, est néanmoins justifiée : Black Swan est une histoire de fantasme, de désir, de folie, de perte de soi : il est donc légitime que la caméra agisse comme une dératée.
Black Swan est une fable noire bourrée de symboles psychanalytiques, entre réalité et fantasme. Et le meilleur rôle de Natalie Portman.

mardi 1 février 2011

ces emmerdeurs de newbies

Nous allons aujourd'hui parler d'un phénomène observable aussi bien dans le domaine cinématographique, que dans le musical, et dans le monde geek/nerd : c'est l'apogée des newbies qui nous envahissent à coups de réflexions stupides et d'ignorance. Dans le monde du cinéma, nous avons eu droit, dernièrement, à pas mal de gros cartons, que ce soit Avatar en décembre 2009, et Inception en juillet 2010. Et ces cartons riment avec newbies : des nouvelles générations de newbies, de nouveaux so-called cinéphiles ont vu le jour. Pour le plus grand malheur des autres, nous, les vieux de la vieille.

Avatar, le « superbe » film de Cameron était une pompe à fric qui a visiblement submergé (comme le Titanic?) émotionnellement le monde entier, selon certains. Le film avait une jolie forme, mais pas de fond. Tous ceux qui ont gloussé de plaisir à la sortie de la salle en s'écriant que Cameron était au génie ce que Sarkozy était à la taille small n'ont pas vraiment révisé leurs classiques avant d'aller voir le film : en effet, si avant d'avoir vu Avatar, vous vous souveniez très bien de Pocahontas de Disney, de Terrence Malick et de son The New World, et de Dances with Wolves de Costner, l'émerveillement était moindre. Cameron traîne derrière lui de meilleurs films intemporels que Titanic et Avatar : Abyss, le second Alien, et les deux Terminator.

En définitive, Avatar a fait naître bien des passions, et Inception en 2010 a terminé le travail : même si Batman : The Dark Knight a rapporté autant de billets verts que le nouveau body slim minceur de Sanscervelleetsanscellulite, le succès de ce deuxième opus de Batman n'est pas arrivé à la cheville de la tornade Inception. Dans les faits, Inception a fait le même effet qu'Avatar niveau intensité : les spectateurs sortaient de la salle de cinéma en se demandant où était le sacrum du chat domestique, et pourquoi la toupie ne s'était pas arrêtée, ou, au contraire, avait-elle décrit un arrêt possible à la fin?! La génération de newbies nés du visionnage d'Inception avait vu avant The Dark Knight, et peut-être Batman Begins et, The Prestige, à la télévision, sans faire attention la première fois. Ils n'ont pas ressenti d'attente, début 2007, par rapport à la sortie du Prestige au cinéma. Ils n'ont vu Carrie-Anne Moss que dans Matrix ou dans Chocolat, ils ne savaient même pas (et ne savent peut-être toujours pas) qu'elle a joué dans Memento. Insomnia pourrait sembler, à première vue, pour eux, un film d'horreur. Les newbies parlent d'Inception comme le chef d'oeuvre du cinéma, mais ne savent même pas que le nom de Cobb fait référence à un personnage du film Following, préalablement réalisé par Nolan en 1998. Comment reconnaître un newbie? Il parle sans connaître.

Bref, si on passe ces deux derniers succès au box office, on peut déjà présager une future passion pour Darren Aronofsky et son Black Swan tant attendu sur le continent européen, par les cinéphiles et autres newbies incessants qui ne connaissent que Requiem for a dream (ou même pas?) et The Fountain de sa filmographie. The Wrestler peut-être pas, c'est trop violent pour les minettes minaudantes amatrices de minets. (Nous ne parlons même pas de Pi, ce film est certes trop obscur pour les newbies qui ne pourraient reconnaître les références et savourer ce petit ovni du cinéma, qui rappelle un peu Eraserhead de Lynch par son personnage masculin central en proie à la paranoïa, à la peur, à la folie)

Mais pourquoi les newbies sont-ils si insupportables? Ils parlent très fort, se voient déjà en haut de l'affiche, écrivent des choses tellement creuses par manque de savoir et étalent leur enthousiasme immodéré, parce qu'ils peuvent s'ahurir d'un rien : les vieux cinéphiles ne sont pas indifférents, insensibles, ils avaient juste prédit la potentialité d'un film, et ont appris à relativiser.

La conclusion tombe un peu comme les seins de Ginette sur son nombril : bien sûr, tout le monde passe par le stade néophyte, où on ne sait pas grand-chose d'intéressant sur la filmographie d'un auteur, mais la différence entre le vrai cinéphile et le newbie réside dans l'attitude : le petit nouveau va caqueter d'une impatience immature, ne parler que des points positifs sans prendre un véritable recul (que seul le vrai cinéphile, connaisseur, peut adopter) et pisser sur tous les sites de la toile pour nous dire qu'Hans Zimmer est le plus grand compositeur de tous les temps, même s'il n'a écouté que trois bandes originales de film faits par l'allemand.

mardi 14 septembre 2010

virgin suicides de sofia coppola

No one could understand how Mrs. Lisbon and Mr. Lisbon, our math teacher, could produce such beautiful creatures
(Personne ne comprenait comment madame Lisbon et monsieur Lisbon, notre professeur de mathématiques, avaient pu engendrer des créatures aussi belles)



Dans l'état du Michigan, en 1974, les cinq filles Lisbon, Cécilia, Lux, Bonnie, Mary, et Thérèse, alimentent les fantasmes de leurs voisins, qui ne pourront jamais les oublier, même des années après leurs suicides.
Au cours de l'été, Cécilia, la plus jeune des filles Lisbon, âgée de treize ans, tente de se suicider, en se tailladant les veines dans son bain. L'affaire ébranle le quartier, les jeunes voisins, et également la famille, que ce soit madame Lisbon ou les autres filles.
Suivant les conseils d'un psychiatre, les Lisbon permettent à leurs filles d'organiser la seule et unique fête de leurs courtes vies, au cours de laquelle Cécilia réussit enfin à se suicider. A partir de ce moment, tout prend une direction inexorablement funeste pour les quatre filles restantes, couvées et surprotégées par leur mère, véritable monstre d'autorité et de rigidité.
En même temps que tout commence à foutre le camp, Lux fait la rencontre de Trip Fontaine, le bellâtre de l'école qui tente tout pour la séduire.

Qu'est-ce qu'être adolescent? Éprouver du désir, le besoin de s'évader, d'enlever un certain mal-être qui siège en soi, de jongler entre le sexe, l'amour, l'obsession, la peur, la mort?
Virgin Suicides est un des meilleurs films sur les adolescents, ne présentant pas le côté « cul-cul » de la chose, mais privilégiant une approche remplie de mystères, sans prétention d'expliquer ou de comprendre ce qui se passe réellement dans leur tête, en effleurant des possibilités de réponse, en se contentant de montrer des faits.
Avant d'être un scénario écrit par Sofia – la fille de – Coppola, il s'agissait d'un roman de Jeffrey Eugenides, qui décrivait l'histoire d'un narrateur, visiblement toujours sous le charme de cinq filles dont il n'a jamais pu expliquer les suicides.
Comme il est très tôt suggéré dans le livre, ainsi que dans le film (qui est très fidèle au roman), le narrateur et ses amis, les voisins des soeurs Lisbon, n'ont pas pu faire une croix sur les filles, même vingt ans après leurs décès. Dès qu'ils se croisent, ils essayent encore d'assembler les pièces du puzzle, en se souvenant de ce qu'ils ont vu, des objets qu'ils ont collectés, etc. L'obsession dont ils ont été victimes, alors adolescents, subsiste toujours à l'âge adulte.
Il s'agit d'un amour d'adolescent qui résiste à tout, même au temps.

Les soeurs Lisbon n'ont physiquement pas résisté au temps. Le titre du film, le ton même de l'histoire est indicateur du fait qu'il est inévitable que les jeunes filles devront toutes mourir, jeunes et belles, parce qu'aussi non, il n'y aurait pas une telle obsession autour d'elles plus tard, dans l'esprit de leurs voisins. Leurs suicides deviennent un mythe collectif, comme l'histoire de Marilyn Monroe, ou encore de Laura Palmer dans Twin Peaks.
S'il faut évoquer Laura Palmer, autant dire que c'est à cause de Lux. Lux, à quatorze ans, est interprétée par Kirsten Dunst, jouant avec malice, sensualité. L'adolescente est l'âme du livre, du film : on ne parle que d'elle. Tout est prétexte au sourire mi-ange mi-démon de Lux, à sa fossette adorable, à son malaise intérieur qui devient grandissant au fur et à mesure du dénouement de cette tragique histoire de famille. Comme l'icône de Twin Peaks, Lux est une énigme, une équation à deux inconnues, dont on ne comprend pas toujours les faits et gestes. Elle fait croire que non, que oui, que peut-être, elle se joue des uns et des autres. Lux est aussi, comme Laura Palmer, une adolescente à la sexualité débridée. Elle change de partenaire aussi vite que son ombre, est très portée sur « la chose », et, d'ailleurs, contraste particulièrement avec ses soeurs sur ce point, car, ses aînées sont plus sages.



Le suicide de Cécilia, au début de l'histoire, influence particulièrement madame Lisbon, qui, agit avec une poigne de fer sur ses quatre filles, les rendant cafardeuses, alors qu'elle sombre elle-même dans une dépression extrêmement grave. On pourrait pardonner à madame Lisbon la décision qu'elle prend envers ses filles, dans le dernier tiers du film, mais pourtant, quelque chose nous en empêche. Sa réponse démesurée envers une bourde de Lux enferme les quatre adolescentes dans un ennui, une douleur paroxystique qui mène à l'acte suprême de sabotage de leurs propres vies, si on peut dire qu'elles ont encore un semblant de vie. C'est madame Lisbon qui pousse, sans le vouloir, ses filles au suicide.

La légende veut que Sofia Coppola ait adoré le livre de Jeffrey Eugenides au point de demander à son père d'acheter les droits du bouquin. Même en s'appelant Francis Ford Coppola, papa n'a pas pu acheter ce que Sofia convoitait tant. Malgré ce bémol, Sofia Coppola s'est attelée à la rédaction du scénario de Virgin Suicides – même si son père lui répétait qu'elle ne pouvait se faire que du mal, que ça ne servait à rien – et l'a présenté finalement aux gens en possession des droits. Véritablement enthousiasmés par ce scénario fidèle, intelligent, ces derniers lui ont permis de réaliser son premier film, Virgin Suicides, en 1999.
Sofia Coppola, issue d'une des plus puissantes familles d'Hollywood, a pu compter sur son père pendant quelques jours du tournage pour des conseils techniques. Le frère de la réalisatrice, Roman, est venu l'aider pour la réalisation, et enfin, divers membres de sa famille, ses cousins principalement, sont venus donner un coup de main que ce soit pour jouer, ou entraîner les acteurs.
A noter : une amie de Sofia Coppola, Leslie Hayman, joue le rôle d'une des filles Lisbon.



Le casting de Virgin Suicides est alléchant : James Woods devient monsieur Lisbon, un prof de math effacé qui vit dans son monde, pour éviter sans doute l'oppression de sa femme, madame Lisbon est campée par la tyrannique Kathleen Turner, qui, devient la mère étouffante des jeunes filles. Les adolescentes sont interprétées par Hanna R. Hall pour Cécilia (elle jouait Jenny enfant dans Forrest Gump), Kirsten Dunst pour Lux, Chelse Swain pour Bonnie (la soeur de Dominique Swain, qui jouait Lolita dans la version de 1997), A. J. Cook pour Mary (elle joue dans la série Esprits Criminels), et finalement, Leslie Hayman dans le rôle de Thérèse (son seul rôle au cinéma). Josh Hartnett, alors presque inconnu à l'époque du tournage, est Trip Fontaine, le joli coeur de ses dames, fou amoureux de Lux. Les voisins des filles sont joués par notamment Jonathan Tucker, Robert Schwartzman (le cousin de Sofia Coppola). Giovanni Ribisi prête sa voix au narrateur.
Ce casting se révèle extrêmement efficace pour faire croire au spectateur à l'histoire qui se tisse sous ses yeux. Les quatre filles étincellent même dans leur noirceur, au point, qu'au final, on est transporté par leurs sourires, leur bonheur éphémère à un moment du film.

Ce premier film de Sofia Coppola est bourré de poésie, d'émotions. Il se déguste parfaitement, ne tombe jamais dans le cliché, ni d'ailleurs dans le mélodramatique. Il regorge d'instants volés (puisque le film est raconté du point de vue d'un narrateur, d'une personne externe), d'indices, de pièces du puzzle, malheureusement incomplètes. La musique originale du film, signée par le groupe Air, oscille entre le sinistre, l'affectif, la mélancolie, et les passions adolescentes qu'on aimerait revivre un instant. Coppola a elle-même sélectionné les chansons des années septante qui figurent sur le deuxième cd.
Attention, le risque de tomber sous le charme de Virgin Suicides est extrêmement grand.

Doctor: What are you doing here, honey? You're not even old enough to know how bad life gets.
Cécilia: Obviously, Doctor, you've never been a 13-year-old girl

(« Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu n'es pas encore assez âgée pour savoir à quel point la vie peut devenir horrible »
« Manifestement, docteur, vous n'avez jamais été une fille de treize ans »)


vendredi 10 septembre 2010

sunshine cleaning


« There's not a lot that I am good at. But I'm good at getting guys to want me. Not date me, or marry me, but want me »
(Il n'y a pas beaucoup de choses pour lesquelles je suis bonne. Je suis bonne pour me faire désirer par les hommes. Pas pour les faire sortir avec moi, ni m'épouser, juste me désirer)

Rose Lorkowski, début de la trentaine, passe son temps à récurer les maisons pour quelques bouchées de pain. Lorsqu'elle ne travaille pas comme femme de ménage, elle s'occupe de son fils, Oscar, un gamin plutôt malin, mais relativement incompris à son école. Et quand elle veut aller faire des galipettes avec son ex dans un motel pourri, sa jeune soeur, Norah, vient s'occuper d'Oscar et lui raconte des histoires effrayantes.
Le père de Rose, Joe, est dans tous les coups fumeux qui peuvent rapporter un peu d'argent, sans jamais réussir son coup, ce qui a tendance à lasser ses filles.
Un jour, suite à un problème à l'école avec Oscar, Rose décide de l'envoyer dans une école privée, même si pour ça, elle n'a pas l'argent. Elle contacte son ex, Mac, avec qui elle couche, pour qu'il l'aide à trouver un boulot. Il lui suggère de s'occuper du nettoyage des scènes de crime, un boulot avec lequel on peut se faire un fric monstrueux pour pas grand-chose.
Rose et Norah (qui vient de se faire virer de son boulot) deviennent donc nettoyeuses de scènes de crime, adoptant le nom de Sunshine Cleaning pour leur société.

Sunshine Cleaning est un film dans la lignée de Little Miss Sunshine – il a d'ailleurs bénéficié des mêmes producteurs -, Juno, Away We Go, de toutes ces petites comédies indépendantes made in USA qui proposent de remettre un peu de baume au coeur, en montrant que même dans des situations pas terribles, on peut s'en sortir, toujours de façon cocasse.
L'angle de la comédie est même d'ailleurs préférable, pour éviter de sombrer directement dans la morosité que la situation de Rose inspire : elle dit à tout le monde qu'elle pourrait travailler dans une agence immobilière, que son travail de femme de ménage n'est que temporaire, mais pourtant, elle s'enlise dedans. Elle s'embourbe dans les emmerdes avec son ex, Mac, qui, même s'il l'aime toujours autant qu'à l'époque du lycée, ne l'aime pas assez pour l'avoir épousée, ou pour divorcer de sa femme. Situation pécuniaire, sentimentale et professionnelle qui craint un maximum, voilà le lot de Rose, une femme qui se répète devant son miroir qu'elle est forte, pour ne pas perdre ce qui lui reste de dignité.
Norah, la jeune soeur de Rose, est une sorte de rebelle, peu perméable à l'autorité : elle pratique le sarcasme comme certains s'allument une clope, et semble atteinte d'un maux qui ne sera divulgué qu'à un moment du film, au travers du souvenir d'un évènement traumatisant.

Lorsque les deux soeurs se mettent à travailler ensemble, leurs personnalités les éloignent directement : Rose prend en main l'affaire, accumule les bonnes idées, les investissements, et Norah suit. La différence se marque particulièrement lorsqu'elles nettoient la caravane d'une femme dont le cadavre n'a pas été retrouvé tout de suite : Norah trouve une pochette avec les documents d'identité de la défunte et également les photos de sa famille, dont sa fille. Alors que Rose insiste pour que Norah jette les documents, Norah les garde en lui disant que la fille de la défunte a le droit de savoir. Norah retrouve la trace de la fille, et par peur, lui ment alors que celle-ci lui demande si elle la suivait depuis son immeuble. Une relation se noue entre les deux femmes, amenant son lot de révélations.

Amy Adams joue Rose avec brio. La réputation de l'actrice n'est plus à faire, elle a pu notamment s'illustrer dans des films comme Julie & Julia, Charlie Wilson's War, Doubt. Elle joue avec beaucoup de caractère le rôle d'une femme qui lutte depuis toujours, depuis un évènement traumatisant qui l'a poussée à devoir prendre sa vie complètement en charge, et même celle de sa jeune soeur Norah. Qu'on se rassure, le regard pétillant d'Amy Adams reste toujours là, même s'il est souvent éclipsé par des expressions plus matures.
Emily Blunt, jeune actrice anglaise aux regard diaphane, peut se vanter de magnifiquement interpréter Norah, avec toute sa sensibilité. Sa carrière d'actrice a pris son essor après son rôle dans The Devil Wears Prada, et The Jane Austen Book Club. Le rôle de Norah étant tout en émotivité, tout en mystère, il fallait qu'Emily Blunt soit capable d'émouvoir rien qu'avec un regard, ou de faire comprendre ce qui lui traversait la tête en une expression ; défi relevé et bien mené, on ne peut détacher son attention de cette prestation fort intéressante (sans doute grâce à la sophistication du personnage en lui-même).
Alan Arkin, inoubliable grand-père pervers dans Little Miss Sunshine est ici une sorte de "Huggy les bons tuyaux", relativement solitaire et fermé.
A noter : Steve Zahn apparaît dans le rôle de Mac.

La réalisation de Christine Jeffs (son précédent film était Sylvia, sur Sylvia Plath, avec Gwyneth Paltrow, Daniel Craig et Michael Gambon) est empreinte d'une certaine sensibilité, qui va parfaitement avec les états d'âme des personnages principaux. Chapeau au directeur de la photographie, et aux décorateurs, pour cette impression de "coin paumé des USA où le soleil brille avec tellement de beauté qu'on voudrait bien y vivre et y boire une margarita".
Même si le ton du film pourrait paraître triste, grâce au scénario drôle, aux actrices bluffantes, au côté très humain de cette histoire, on ne peut sortir de cette expérience qu'avec un grand sourire. Cleaning Sunshine est une comédie dramatique émouvante, qui nous emmène aussi bien sur les scènes de crime que dans tout le reste, finalement.



jeudi 17 juin 2010

Robin Hood

Robin Hood, mouture 2010, une vaste blague ?





Quand Ridley Scott a avoué à la Terre entière qu’il aimait se badigeonner le canal déférent avec de la crème fraîche chaque dimanche après-midi, et qu’il allait réaliser une nouvelle version de Robin Hood, une légende britannique qui a connu de nombreuses adaptations, tout le monde a retenu son souffle, comme à la piscine, quand on faisait semblant de couler, histoire d’être écarté.
The Adventures of Robin Hood de Curtiz, Robin Hood de Reitherman (ou la version Disney) et Robin Hood, Prince of Thieves de Reynolds étaient – parmi la multitude de films sur le héros – ceux considérés comme références principales, et un énième opus ne semblait guère légitime.
Pour la plupart des gens, le film de Reynolds mettant en scène Kevin Costner était même vu comme une référence optimale – la conjugaison du comique et du dramatique avec une pincée de romanesque se mariant aussi bien que Charles et Camilla -, ne nécessitant pas une nouvelle version.
Alors, forcément, quand Ridley Scott a présenté son projet, l’emballement du public n’y était pas. Un nouveau Robin Hood, pourquoi faire ? On a déjà des baladeurs mp3 qui peuvent être vibromasseurs, alors quel intérêt ?!
Russell Crowe aurait même décliné le rôle de Robin, dans un premier temps, jugeant que cette nouvelle version n’avait pas lieu d’être, et qu’en plus, le scénario s’était fait sans historiens ou autres rats de bibliothèque fort utiles lorsqu’il s’agit de composer une oeuvre un minimum fidèle à l’histoire. Après des mois de lectures, de recherches, Crowe a finalement accepté le rôle, et le film a pu se faire, après une révision complète du scénario (ce qui rappelle l’histoire de Terminator 4).

Que vaut le film en lui-même? Il raconte l'histoire d'un hors-la-loi (forcément, c'est toujours une histoire de bad boy), enfin, d'une tête brûlée, Robin Longstride, qui, en France, assiste au décès de Richard Lionheart (un gros connard sans humour), et un peu plus tard, à une embuscade orchestrée par des français - aidés par Godefroy, un membre du gratin anglais, un peu traître sur les bords - visant à récupérer la couronne avant son arrivée en Angleterre, histoire que les français puissent niquer le prince Jean en toute beauté. Longstride et ses compagnons donnent des gros coups de pied au cul des français, font fuir Godefroy, et après une petite promesse à un noble mourant du nom de Locksley, ils décident de partir avec le bateau royal qui attendait les autres, comme ça, ils ne devront pas glander un an en France avant de rentrer sur leur île tant aimée. Un gros quiproquo digne d'un vaudeville - avec un peu plus de sang quand même - se déroule, Robin Longstride devenant magiquement Robert de Locksley. La troupe d'usurpateurs fait une entrée royale en Angleterre, en faisant du prince Jean le nouveau roi, bien malgré eux, mais comme ce sont de bons comédiens, ils jouent le jeu.
Robin, pris d'une crise de culpabilité, parce qu'en plus, il doit aller à Nottingham pour voir le père de Robert Locksley, décide d'honorer la promesse qu'il a faite à Robert, alors qu'il était mourant. A partir d'ici, l'intrigue se centre sur l'arrivée de Robin à Nottingham, ainsi que son installation là-bas, tandis que le spectateur assiste également à une représentation géopolitique de l'Angleterre : entre les caprices burlesques de Jean, et les crasses que Godefroy fait en dupant tout le monde, c'est un véritable portrait de la société, des problèmes politiques de cette période que le film Robin Hood dresse, avec beaucoup d'humour (à travers le personnage du prince Jean).

Russell Crowe mène la danse, offrant une composition à mi-chemin entre celle de 3:10 To Yuma et celle de Gladiator. Les mauvaises langues vont également dire que l'association Crowe-Scott est comparable à celle de Tim Burton et de Johnny Deep, et que Russell Crowe, il est sur son bateau et il tabasse les gens (si vous n'avez jamais vu d'épisodes de South Park, vous ne pouvez pas comprendre cette référence, dansons pour ne pas mourir).
Cate Blanchett a déjà eu des rôles du genre "femme forte, prête à tout, dure comme un roc anglais", dans Elizabeth, par exemple. Mark Strong, est habitué aux rôles de gros connard machiavélique de service, son visage reptilien aidant sûrement : dans Stardust, il terrorisait tout le monde, prêt au pire pour poursuivre son but, et, dernièrement, dans Sherlock Homes, il jouait les fauteurs de troubles.
William Hurt a un rôle certes important au niveau symbolique, mais presque pas présent, très sage, qui essaye de raisonner le prince Jean, l'irresponsable de service.
Seul bémol dans ce casting sans faute : Léa Seydoux, une actrice française jouant une française, qui a toujours la même expression blasée et le même jeu, quel que ce soit le film dans lequel elle joue.

Robin Hood n'a pas été bien accepté, du point de vue des critiques. On reproche au film d'aller dans tous les sens, de ne pas se centrer assez sur Robin, de ne présenter que la partie de l'histoire qui a précédé la légende, alors que ce qui intéresse Josiane, c'est la légende, l'homme derrière l'arc. Cette surexploitation du contexte historique pose également question : les gens voulaient du romanesque, de la poudre aux yeux.
Et il semblerait que ce ne soit pas la faute à Ridley Scott en particulier, mais aux adaptations de légendes : on va vers le plus réaliste, le plus contextualisé, le plus explicatif, on renonce au fantastique : comme exemple, King Arthur, en 2004, de Fuqua, qui oubliait les délires pornographiques de la fée Morgane, les tours de passe-passe de Merlin, le scénario peuplé d'orgies entre chevaliers, chevaux et dames. Bref, il semble que les légendes n'ont plus lieu d'être, qu'elles vont être remaniées, dans une version plus réaliste, un peu comme la télé-réalité, mais sans les nichons refaits.
Maintenant, l'autre problème est celui de la légitimité : comme dit précédemment, les films sur Robin Hood sont aussi nombreux que les opérations de chirurgie esthétique de Cher, certains des films faisant l'unanimité plus que d'autres. Alors que les affiches et les bandes-annonces commençaient à fleurir comme les allergies aux pollens, le peuple grondait dans sa barbe que zut, on s'en fout, ce sera pas aussi bien que celui avec Costner. A la sortie des salles, on pouvait même entendre c'est nul, celui avec Alan Rickman était vingt fois mieux, bon, on va se boire une bière putain?. Quelques fois, des avis plus sensés, qui disaient que ce n'était pas comparable, c'est un nouveau genre.

Il n'y a pas de véritable raison de décrire le film comme un navet, et pourtant, les critiques étaient aussi clémentes qu'Obama lorsqu'il s'adressait à BP à la Maison Blanche.
Bien sûr, le prince Jean mérite deux claques, est un peu ridicule par moments, le film est sans doute trop long, mais c'est une vision unique et originale de ce qui a mené à une légende archiconnue. Maintenant, à savoir si Ridley Scott aurait dû faire le film sur la légende en tant que telle et pas les prémisses, le débat reste ouvert. Voilà, on ne peut pas comparer ce film aux anciens, pour la simple raison qu'il ne traite pas du même sujet, du même moment. De plus, on peut déceler une sorte de morale cachée, très vingt-et-unième siècle, sur la liberté des hommes, leur besoin d'évoluer dans une société égalitaire pour être heureux.
Chaque film est un produit de son temps, de sa génération, de son époque. Le film de Reynolds résultait de l'effet héros presque surhumain, avec Costner, et celui de Scott, lui, reflète plus la société actuelle, qui semble se faire baiser par le gouvernement qui est constitué de traîtres et de gens ridicules (comme en Belgique), ce qui ne plait pas aux gens, parce qu'ils préfèrent les beaux gosses fougueux, pour leur faire oublier que putain, ils ne doivent pas rendre en retard leur déclaration d'impôts.

mardi 25 mai 2010

13 going on 30 - Films honteux

(Quelque chose écrit pour une semaine à thème "films honteux" sur un site dont je ne vais pas citer le nom, tiens)






S'il faut parler des films dont on a honte, mais qu'on aime bien quand même, alors autant user l'encre du clavier sur 13 going on 30, traduit horriblement en Trente ans sinon rien pour les francophones. Le film est sorti en 2004, avec comme duo d'acteurs principaux Jennifer Gardner et Mark Ruffalo.
Il s'agit de l'histoire d'une adolescente qui se retrouve dix-sept ans plus tard, dans son corps d'adulte, avec comme cerise sur le gâteau la découverte des choix foireux qu'elle a fait tout au long des années.

En 1987, Jenna Rink, treize ans, une fille relativement ordinaire, aimerait faire partie des Six Chicks, la super bande à Lucy « Tam Tam », qu'elle pense être son amie, alors qu'elle n'est qu'une petite vipère vicieuse aimant profiter des autres. Jenna invite à l'occasion de son anniversaire les Six Chicks, une bande de mecs avec des vestons de sport, et son meilleur ami, Matt, qui est aussi son voisin. Les autres gamins se moquant de Matt et de Jenna, ils organisent une sorte de jeu qui tourne mal dans la mesure où Jenna est humiliée, tout comme Matt (qui a révélé par la même occasion ses sentiments à la jeune fille). Dans un accès de rage, de honte, et de tristesse, Jenna fait le souhait d'avoir trente ans, sans s'en rendre compte que la poudre de voeu vient de lui tomber dessus...
Jenna se réveille en 2004, dans le corps d'une femme de trente ans, dans un appartement géant, sans se souvenir des dix-sept ans passés, tout en ignorant totalement ce qui lui est arrivé, ce qu'elle fait actuellement, etc. Très rapidement, tout s'enchaîne et la vérité lui apparait clairement : elle travaille pour le magazine Poise (son rêve de gamine), sa meilleure amie, et collègue, n'est autre que Lucy « Tam Tam », Matt et elle ne se parlent plus depuis x années, et elle filtre même les appels de ses parents. Autre détail important : elle sort avec un joueur de baseball un peu pervers.

Pourquoi avoir honte d'apprécier 13 going on 30? Il n'y a pas de quoi avoir honte, on pourrait trouver pire, c'est sûr. Néanmoins, l'esthétique bubble gum, le sourire niais de Jennifer Gardner, l'histoire d'amour prévisible (bien qu'il y a encore une petite subtilité), ça n'aide pas vraiment, on vous l'accorde, c'est sûr.
C'est un film dont on connait déjà le refrain d'avance : elle va se rendre compte qu'elle est une grosse connasse, va tenter de changer, va tomber amoureuse de celui qui l'a aimée pendant de longues années (et lui, bien sûr, va rencontrer quelqu'un d'autre mais bien sûr retomber amoureux), sa vie sera un beau gros fake qu'il faudra remettre en état.

Par contre, il y a des tas de raisons de passer un bon moment et d'oublier ce qui nous a tracassé toute la journée : une BO sympathique très eighties (surtout Love is a Battlefield, pour une scène mémorable), des acteurs attachants (le sourire de Mark Ruffalo vaut toutes les promesses de vacances à l'autre bout du monde, même Andy Gollum Serkis a un rôle drôle), une intrigue pleine de rebondissements, de l'humour présent à tout moment. Le film est un vent de fraîcheur, une petite sucrerie un peu mièvre, mais qui, au moins, a le don de remettre un peu de baume rose et onctueuse au coeur.
Autre plus : Jennifer Gardner joue très bien l'ingénue, Judy Greer casse la baraque en vraie pouffe imbue de sa personne.

En gros, 13 going on 30, même si c'est une sorte de female remake de Big (avec Tom Hanks), est un film à sortir quand on déprime, quand rien ne va, et qu'on a besoin d'une bonne petite guimauve pour finir par se dire qu'il faut toujours faire attention à ce qu'on fait, comment on se comporte, parce qu'un jour, ça va se payer d'une façon ou d'une autre.



Réplique culte du film :
Jenna: Wait, listen to me. I'm 13! (Attends, écoute, j'ai treize ans!)
Lucy: Jenna, if you're gonna start lying about your age, I'd go with 27 (Jenna, si tu veux commencer à mentir sur ton âge, dis plutôt 27)

mardi 11 mai 2010

La princesse et la grenouille



En 2004, Disney annonce que « Home on the Range » (aka « La ferme se rebelle » pour les français) sera leur dernière production 2D, l'ère des dessinateurs via pc étant devenue plus importante que le coup de crayon/pinceau des artistes « classiques ».
Deux ans plus tard, le studio renait de ses cendres, et décide de s'atteler au projet de « La Princesse et la Grenouille » (ou « The Princess and the Frog »), dont la sortie est programmée pour fin 2009 début 2010.
Ron Clements et John Musker, qui, autrefois, ont écrit et réalisé notamment La Petite Sirène, Aladdin, et Hercule, sont chargés d'écrire et de réaliser ce nouvel opus, qui traite d'une jeune femme afro-américaine, à la Nouvelle Orléans, au début du vingtième siècle.
L'histoire est décrite dans les grandes lignes, grâce à quelques premières images rendues rapidement publiques : une jeune femme, habillée comme une princesse, embrasse une grenouille et... se transforme à son tour en grenouille.

Tiana, une jeune fille optimiste, poursuit le rêve de son père : celui d'ouvrir son propre restaurant. Amassant les pourboires, les salaires, depuis qu'elle travaille comme serveuse, elle se rapproche de son but, lorsque, suite à une échéance trop serrée, elle se retrouve embarquée dans une grosse fête costumée, donnée par « Big Daddy » La Bouff, l'homme le plus riche de la ville, père de Charlotte, une amie d'enfance de Tiana.
Simultanément, l'extravagant et insupportable prince Naveen arrive en ville, pour s'amuser, et trouver un mariage qui pourrait l'entretenir, car, ses royaux parents lui ont coupé les vivres. Chantant dans la ville, attirant tout le monde par sa bonne humeur, lui et son valet croisent le Docteur Facilier, un sorcier vaudou aux aspirations maléfiques, qui a « des amis de l'au-delà ».
Le prince Naveen est transformé en grenouille, et son valet se retrouve dans le corps de l'agaçant narcissique héritier de Maldonia.
Bien sûr, le prince Naveen et Tiana finissent par se retrouver au même endroit au même moment (à savoir à la grosse fête costumée de La Bouff), le fastidieux batracien la confondant avec une véritable princesse, il lui propose un gros roulage de pelle, et un pactole à la clef pour qu'elle puisse ouvrir son restaurant. Comme tant de nombreuses femmes, Tiana fait l'erreur fatale de le croire, et se retrouve avec de longues pattes vertes, et en état de danger, puisque tout le monde veut les tuer (et peut-être les manger avec un peu d'ail).
Les deux compagnons, malgré eux, sont embringués dans une aventure piquante, avec Louis, un alligator mordu de jazz, et Ray, une luciole parlant avec un accent à couper des saucissons gaumais. La destination de leur voyage? La repère de Mama Odie, une sorcière vivant dans les marais. Mais bien sûr, s'ils peuvent arriver là avant que Facilier et ses ombres démoniaques y soient avant...


Très drôle, hilarant, ce nouveau Disney introduit des personnages bien construits, intéressants : Tiana, une jeune fille émouvante, mais dure comme un roc, qui poursuit son rêve d'enfance tandis que Naveen, en grossier merle imbu de sa personne, peut surprendre tout au long de l'histoire, par ses capacités de maturation. Louis, l'alligator qui joue de la trompette, est un bon vivant attachant, dont le seul souhait est d'un jour pouvoir jouer en public, avec de vrais musiciens, sans que ceux-ci s'enfuient à sa vue. Ray, la luciole édentée avec sa façon de parler tellement particulière, assure la partie humour, tout en rendant les choses presque sentimentales. Même si on ne la voit pas énormément, Charlotte La Bouff est aussi très drôle, en gamine capricieuse mais avec un fond sympathique non négligeable.
Mais la partie d'un Disney qu'on ne peut jamais oublier, c'est le méchant. Loin d'être aussi charismatique que Maléfique dans la Belle au Bois Dormant, le Docteur Facilier est à mi-chemin entre Jafar d'Aladdin (physiquement) et le Seigneur des Ténèbres de Taram et le Chaudron Magique (pour le côté « total evil ») : il est effrayant, manipulateur, comploteur, et aidé par des forces obscures particulièrement monstrueuses (qui glissent sur le sol à une vitesse ahurissante).



Alors que les derniers Disney en 3D ont fait des flops (The Wild, Bienvenue chez les Robinson, Volt, star malgré lui), les Pixar continuent de progresser et de remporter un succès fou auprès du public ; on pouvait aisément se questionner sur la probable qualité d'un nouveau long-métrage. Le résultat est encourageant : La Princesse et la Grenouille présente une histoire combinant des thèmes amusants et presque philosophiques, dans un décor fabuleux (les bayous sont magnifiques, les dessins sont soignés) avec une bande-son à faire danser votre feu grand-père.


mercredi 7 avril 2010

mr nobody de jaco van dormael


As long as you don’t choose, everything remains possible


Mr Nobody est un film dont il est extrêmement difficile de parler.

Il est malaisé de le décrire, car, c’est un film diffus, qui expose diverses possibilités, suite à un dilemme cornélien. Contrairement à ce que la bande-annonce prétend, il n’y a pas trois vies possibles, il y en a plus. C’est l’effet papillon : si on dit une phrase de plus, qu’on fait un geste en moins, ou en plus, peu importe, si on change un détail, alors toute la ligne de vie change complètement.

Nemo est un petit garçon, qui, jusqu’ici était heureux avec ses parents. Nemo est persuadé de se souvenir de ce qu’il y avait avant qu’il ne soit avec ses parents, mais aussi, de voir le futur. Un jour, de façon anodine, il prédit l’accident de voiture de son père.

Quelque part, un vieillard de 118 ans est le dernier homme mortel sur Terre, en 2092, dans un univers high tech. On ne sait rien sur lui, si ce n’est qu’il s’appelle Nemo Nobody et qu’il va mourir sous peu. Des gens tentent de l’interviewer pour retracer son parcours.

Il y a le Nemo qui vit avec son père, celui qui vit avec sa mère.

Nemo vit avec Elise, sa femme dépressive. Nemo est malheureux avec Jeanne. Nemo meurt alors qu’il connaît le bonheur avec Anna. Nemo aime Anna, est sûr qu’ils sont faits pour être ensemble, mais elle n’est pas avec lui. Nemo attend Anna.

Comment toutes ces possibilités de vie de Nemo sont-elles arrivées ? Au spectateur de le découvrir, en s’agrippant à son siège en essayant de suivre les tergiversations du scénario et de la caméra de Jaco Van Dormael, qui passe d’un moment à l’autre, ne respectant pas de chronologie véritablement, jonglant avec les émotions, les causes, les faits, les amis, les amours, les emmerdes.

Mr. Nobody est une évolution de Toto le Héros, du point de vue narratif, des décors.

Des tons très colorés, qui rappellent l’enfance de Thomas dans Toto le Héros, des voix-off qui résonnent comme des déjà-vus. Le petit Thomas est extrêmement solitaire, promis à une vie sans éclats, et le petit Nemo, est aussi un personnage singulier, souvent délaissé, isolé du reste du monde à qui il ne donne presque pas d’attentions.

Des symboles récurrents comme l’eau, le feu, les avions, se partagent le gros de l’intrigue des deux films.

Mais le plus gros point commun, c’est le sujet du film : le sens de la vie. Si dans Toto le Héros, le vieux Thomas se dit qu’il est passé à côté de sa vie, qu’il aurait dû agir autrement, Nemo (à tout âge) pense pareil, veut éviter cela ou fait tout pour ne rien regretter à travers ses vies parallèles. Thomas avait l’impression qu’on lui avait volé sa vie, Nemo ne veut pas qu’on lui vole, la chose qui l’effraie le plus, c’est de ne pas avoir vécu assez. Du point de vue des personnages féminins des deux films, autre gros nœud : le cas Alice/Anna.

Dans Toto le Héros, le petit Thomas est amoureux de sa sœur ainée, Alice, une jeune fille espiègle qui meurt tragiquement dans un incendie. Adulte, il fait la connaissance d’une femme, Evelyne, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa défunte sœur, et s’éprend d’elle, la confond, comme si son destin était d’aimer cette seule et unique personne, Alice. On peut dire qu’Anna est le grand amour de Nemo, la jeune femme se retrouvant toujours dans une des possibilités de vie.

Cette ressemblance avec Toto le Héros est d’autant plus flagrante qu’elle s’éloigne, à d’autres moments à cause de l’époque, les lieux, le côté "vague" de l’intrigue qui déstabilise trop souvent.

Voilà le gros défaut de Mr Nobody : le film est trop long, et jusqu’à la fin, tout est confus, obscur, vaporeux. Même si dès le début, il est commode de comprendre le fin mot de l’histoire, par des atermoiements troublants, les détails restent nébuleux.

Mister Nobody, c’est un délire aux allures psychédéliques, qui conjugue la possibilité d’une autre vie, le désir d’accomplir le sens de la vie qu’on espère, et l’importance de la tournure que prennent certaines relations.


mercredi 17 mars 2010

Julie & Julia de Nora Ephron

Is there anything better than butter? Think it over, any time you taste something that's delicious beyond imagining and you say 'what's in this?' the answer is always going to be butter. The day there is a meteorite rushing toward Earth and we have thirty days to live, I am going to spend it eating butter. Here is my final word on the subject, you can never have too much butter.
(Existe-t-il quelque chose de meilleur que le beurre? Réfléchissez-y, à chaque fois que vous goûtez quelque chose qui est excellent, bien au-delà de vos espérances et vos rêves, et que vous vous dites « mais qu'est-ce qu'il y a dedans? », la réponse sera toujours le beurre. Le jour où une météorite se précipite vers la Terre, et que nous n'avons plus que trente jours à vivre, je vais les passer à manger du beurre. Voilà mon dernier mot sur le sujet : vous ne pouvez jamais avoir assez de beurre)




Julie Powell, début de la trentaine, s'ennuie dans sa vie, en 2002. Elle est fonctionnaire, et répond au téléphone toute la journée, dans un bureau de réclamations mis en place après le 11 septembre.
Alors que ses amies flirtent avec le succès, elle décide, au lieu de s'irriter, de faire quelque chose, pour son épanouissement personnel. C'est un peu par hasard, au cours d'une discussion entre elle et son époux, Eric, que l'idée de tenir un blog, pendant 365 jours, sur les 524 recettes du livre de Julia Child, lui vient à l'esprit. L'aventure commence, faite de rebondissements, de rires, de pleurs, mais surtout d'endurcissement.
En parallèle, nous suivons l'histoire de Julia Child, cinquante ans plus tôt, une américaine venue suivre son époux à Paris, qui, s'embête à cent à l'heure, se languissant de trouver une activité qui lui redonnerait un peu d'énergie, de passion. C'est alors qu'elle entreprend de prendre des cours de cuisine française, dans un institut réputé.

Julie & Julia s'inspire du livre éponyme, publié en en 2005, écrit par Julie Powell, qui raconte son expérience d'un an de cuisine française à la Julia Child, entre désossement de canard, gâteaux au chocolat, homards à ébouillanter et prise de poids légère.

Julie et Julia sont deux femmes plutôt ordinaires, qui aimeraient aller plus loin que ce à quoi leur vie du moment les enchaine, c'est une histoire d'émancipation de la femme, du désir de se surpasser, de même devancer son époux (pas pour l'humilier, mais pour prouver qu'on peut avoir plus de succès qu'un homme), par un acharnement passionnel à son objectif.
Julie, femme moderne, s'entête à penser qu'elle doit finir ce projet, pour elle-même, pour tout simplement finir une bonne fois pour toutes quelque chose. Heureusement pour elle, comme elle le dit au début du film, cuisiner est la chose qui arrive à la détendre le plus aisément.
Julia s'oriente vers la cuisine, avant tout, parce qu'elle aime manger, d'abord. C'est donc avec beaucoup de plaisir que cette activité l'occupe, la pousse à rencontrer d'autres femmes qui partagent sa passion pour l'art culinaire, et, qui vont l'initier à la rédaction d'un livre de recettes.



Meryl Streep est Julia Child, figure connue pour avoir initié les américains à la finesse de la cuisine française. Le rôle de cette icône a apporté son lot de nominations, de victoires, pour Streep, qui n'a plus besoin de prouver au monde son talent. Cette composition est d'autant plus drôle que le personnage est burlesque, toujours rieur, reflétant une bonne humeur évidente, ce qui contraste avec un des derniers rôles de la célèbre américaine, dans Doubt, où elle jouait une bonne-soeur cruelle, imbue d'elle-même et prête à tout pour couler un prêtre. En parlant de Doubt, Julie Powell est interprétée par Amy Adams, qui, ici, nous présente une jeune femme désabusée, qui manque de confiance en elle, et qui, par son défi culinaire, réussi à revivre, à redonner un sens à ce qui semblait perdu. A noter : de très bons seconds rôles, Stanley Tucci en Paul Child, et Chris Messina (Ted, dans la dernière saison de Six Feet Under pour évoquer un rôle marquant de cet acteur encore un peu méconnu) en Eric Powell.
Pour une anecdote de tournage : Meryl Streep faisant un peu moins d'un mètre septante, et Julia Child ayant mesuré presque un mètre nonante, l'équipe a dû trouver des petits trucs pour mettre en évidence la grande taille de la célèbre cuisinière.

Julie & Julia n'est pas un film destiné aux gastronomes, ou autres fans de cuisine ; avant de parler véritablement de boustifaille, le film parle de passion (pas dans le sens sexuel ou amoureux), de jusqu'où vont des personnes pour réaliser ces dernières.
Il est très intéressant de pousser une rapide comparaison entre les deux principales protagonistes : elles portent le même prénom (à un a près), sont mariées, n'ont pas de situation professionnelle plaisante (une ne fait rien, l'autre répond au téléphone toute la journée tandis que ses amies se pavanent avec leurs gros deals en millions de dollars, leurs blogs connus et lus par presque tout New-York), et ont l'amour de la cuisine. Si l'une galère pour obtenir une publication, un certain succès, l'autre peut remercier internet d'avoir fait d'elle quelqu'un de connu.

C'est par son identification à Julia que Julie trouve la motivation de continuer, au péril de ses casseroles, de son chat, de sa taille, et de sa relation avec son mari.
Julia, continue d'écrire, de corriger les recettes, de les adapter, même si toutes les maisons d'éditions l'envoient se mettre son canard désossé dans le rectum.
Il y a bien une petite morale cachée, discrètement dans le film : n'oubliez pas de vous battre pour ce que vous voulez, la persévérance est la seule monnaie du succès.



Et bien sûr, Julie Powell idolâtre Julia Child, peut-être trop à l'extrême pour sembler crédible, voilà l'unique point noir de ce film réjouissant, drôle, qui vous donnera envie de faire un boeuf bourguignon à tous vos amis.

dimanche 31 janvier 2010

500 days of Summer



This is a story of boy meets girl, but you should know upfront, this is not a love story


L'avertissement est lancé : pas de blagues lourdes, pas d'histoire d'amour facile et gaga, on ne va pour faire le numéro du « et ils vécurent heureux pour toujours, avec trois marmots, un prêt hypothécaire et une furieuse envie de partir se dorer le chicon à Tahiti, quand les enfants seront à l'université ». 500 days of Summer est un film d'une nouveau genre, un film sur l'amour mais qui ne tombe pas dans les clichés actuels, ce qui, soyons réalistes, est aussi rarissime que de l'essence à 5 francs le litre.

Dès l'instant où Tom (Joseph Gordon-Levitt) a posé les yeux sur Summer (Zooey Deschanel), la nouvelle assistante de son patron, son petit coeur a arrêté de battre, a fait trois bonds dans sa poitrine, et sa respiration, a enfin repris, après une absence de quelques secondes : Tom a fondu devant les yeux bleus de Summer, sa taille parfaite, son petit look sixties rangé. Et Summer? Le spectateur n'en saura rien jusqu'à un échange langoureux de salive devant des photocopieuses, quelques temps plus tard, car, voyez-vous, la jeune fille est l'illustration de la femme parfaite pour Tom, qui est d'ailleurs sûr et certain qu'elle est « the one ».

Les bonnes choses ont une fin, et Tom se fait assez violemment larguer, devant une assiette de pancakes, en étant comparé au couple de Sid et Nancy, le genre de poisse culturelle qui arrive douloureusement. Malgré un état de délabrement psychologique certain, Tom veut récupérer Summer, et... Il est temps de s'arrêter ici, le résumé en dit déjà trop.

500 days of Summer a été traduit en 500 jours ensemble, choix peut-être logique, mais légèrement falsificateur du film : le couple ne reste pas 500 jours ensemble, les 500 jours, c'est la durée de l'envoûtement dont Tom est victime, passant de l'amour fou à la haine, et puis, tournez manège, retour en arrière niveau émotionnel.


I love her smile. I love her hair. I love her knees. I love how she licks her lips before she talks. I love her heart-shaped birthmark on her neck. I love it when she sleeps


Summer est à peu près la fille idéale : belle, avec un sens du look évident, une voix adorable, des goûts musicaux géniaux, un humour décapant. Néanmoins, toute médaille a son revers, et plus le film passe, plus des défauts font leur apparition : la peur de s'attacher, un caractère de cochon, des phases où elle devient étrange par son comportement, frôlant l'inexplicable et le bizarre.


I hate her crooked teeth. I hate her 1960s haircut. I hate her knobby knees. I hate her cockroach-shaped splotch on her neck. I hate the way she smacks her lips before she talks. I hate the way she sounds when she laughs


S'il faut retenir quelques éléments du film, autant déjà évoquer la musique (The Smiths, Feist, The Black Lips, The Temper Trap, Wolfmother et She & Him, le groupe de la mademoiselle Zooey Deschanel), et le choix de mélanger les jours, de ne pas présenter une linéarité, de revenir aux premiers jours, et de repasser aux derniers. Bien que le film, malgré ce désordre historique, suit une certaine chronologie (à partir de la rupture jusqu'au fameux 500ième jour) à laquelle on ne cesse d'insérer des flashback qui expliquent ce qui se passe en définitive, amenant souvent un regard neuf sur une scène passée.

500 days of Summer n'est pas spécialement un « feel good movie », car, après tout, Tom s'en prend quand même dans la tronche, on ne rigole pas toujours (ça rappelle sans doute les premières ruptures, les égratignures passées), sans tomber dans le drame larmoyant quand même. Cela dit, certaines scènes ont un quota d'humour fort élevé.

Les acteurs principaux sont mignons, le sourire de Joseph Gordon-Levitt vaut toutes les promesses d'une vie meilleure, le regard ambivalent de Zooey Deschanel tombe un peu comme un ensorcellement soudain, et il est compréhensible que Tom tombe amoureux de Summer.

Cependant, la réalisation de Marc Webb est un peu inégale : parfois, des plans à frémir (la main de Joseph qui essaye d'attraper celle de Summer, qui, par un geste presque violent, l'évite), et à d'autres moments, un manque de manières alors que le ton de la scène s'y prête.

Le film prend une tournure différente vers la fin, amenant une réflexion sur le Destin ou le Hasard dans les relations, les choix. Est-ce la chance qui fait que nous sommes ensemble parce que nous nous sommes rencontrés dans un bar, au même moment, ou le Destin, car, si j'avais été au cinéma à la place, nous ne nous serions jamais vus?

Le film s'engage dans une direction de réponse, certes blasante, mais ne nuisant aucunement à l'histoire en elle-même qui reste un petit bijou agréable, mettant un peu de baume au coeur.



vendredi 15 janvier 2010

whatever works



Boris Yelnikoff, sexagénaire vivant à New-York, l'illustration même de la misanthropie, ne manque jamais de réflexions désopilantes sur la vie de tous les jours, la sociologie, la philosophie, les religions : tout inspire ses monologues seul ou avec ses amis, lui qui se considère comme quelqu'un de supérieurement intelligent, qui a raté le Nobel de Physique il y a quelques années.
Sa vie palpitante mérite néanmoins l'attention du spectateur (car Boris nous interpelle) : il a divorcé il y a quelques années, a essayé de se suicider en se jetant par la fenêtre, sans succès. De cet essai peu concluant, un séjour à l'hôpital a découlé, ainsi qu'une démarche fort peu séduisante : Boris boite comme Quasimodo. Il faut toucher le fond pour remonter : Boris fait un jour, par hasard, la rencontre (décisive) de Melodie, une jeune sdf de vingt-et-un ans qui respire la fraîcheur, l'innocence et la simplicité même, l'inverse total du vieil homme, qui, finit par la laisser s'installer chez lui, pour quelques temps.
Ce qui devait arriver, arrive : Boris se prend d'affection pour Melodie, bien malgré lui, et l'épouse. Un an après leur mariage, les rencontres surprenantes ne s'arrêtent décidément pas, puisque la mère de Melodie, Marietta, véritable grenouille de bénitier, fait son entrée dans leur vie.




Complètement à l'ouest, ce nouveau Woody Allen. On en vient presque à se demander si cet opus n'est pas une compilation très extrême des personnages les plus inattendus, saugrenus que ce bon vieux Woody nous sert en une heure trente.
Déjà, Boris, est un véritable phénomène à lui tout seul, pire hypocondriaque que la Terre ait porté, vieil emmerdeur blasé ne pensant qu'à travers un filtre noir, très négatif. Il donne des cours aux enfants pour leur apprendre à jouer aux échecs, et n'hésite jamais à les insulter, eux ou leurs parents, lorsqu'il juge qu'il perd son temps avec des abrutis, incapables de comprendre et d'assimiler des stratégies. Succulent Larry David, très drôle, dans un rôle pas si facile, qui manque souvent de tomber dans le n'importe quoi - ou même la caricature - et qui ne faiblit pas, en dernière analyse. Boris arrive même à être parfois émouvant, par ses mécanismes de défense psychique lorsque, dans des situations "normales" il devrait se sentir attaqué, ou en proie à des reproches.
Melodie est jouée par Rachel Evan Wood avec ce qu'il faut de délicatesse, de pureté. Une ingénue qui perçoit le monde avec enthousiasme, optimisme... Ce qui contraste parfaitement avec son époux, Boris, qu'elle n'arrête pas de copier, dans le sens où, à son contact, elle se met à déblatérer les diverses théories du vieil homme.
Marietta vient mettre un peu de piment dans le couple, en essayant de caser sa fille avec un jeune acteur, jugeant que le vieux cynique qui culbute sa fille ne peut être pour elle, non, elle vaut mieux. La mère de Melodie, en se confrontant à Boris et Melodie, et en essayant de changer ce qu'ils sont, va se changer elle-même.

Ce nouveau film ne parle pas du cynisme, mais bien du changement d'identité, de l'évolution mentale, même lorsqu'elle semble improbable. S'il parait inconcevable qu'une vieille coincée du cul puisse devenir une artiste libérée baisant avec deux hommes, il est encore plus malaisé de considérer qu'une jeune fille sans cervelle puisse parler de la théorie des cordes. Tout ceci est peut-être improbable, mais se passe : en changeant les autres, on se change soi-même. Le milieu influence autant la personne que la personne influence le milieu.
Mais qu'on se rassure, Boris garde son mordant jusqu'à la fin, sa verve délicieusement acide, sa représentation du Monde unique. Il est intéressant de constater ce que deviennent les autres personnages, dès qu'ils entrent en relation - bonne ou mauvaise - avec lui. Celui qui ne voulait pas aider, aide.



Des critiques disaient qu'avec Whatever Works, on sent clairement qu'Allen a vieilli, qu'il ne voit plus les choses du même oeil, qu'il y a un recul différent. Sans doute, ce qui transcende cependant, c'est le fait que Boris est une version d'Allen : vieil homme avec une plus jeune (!), vision très cynique du monde, a l'impression d'être dépassé, hypocondriaque (il parait qu'Allen, à une époque de sa vie, l'était assez gravement, se rendait souvent dans les hôpitaux, comme Boris). L'histoire de Boris, c'est celle de Woody, dirons-nous.
Cette transposition du réel à la fiction est d'autant plus drôle par la façon dont les choses sont orchestrées (Par certains aspects, Boris rappelle quelques compositions d'Allen, dans certains de ses films).

Une comédie appétissante, où les répliques fusent avec virtuosité, l'ambiance reste bon enfant, la musique jazz engendre une certaine bonne humeur.



mardi 22 décembre 2009

une minute trente pour présenter un film





( en fait je m'amuse à faire des vidéos d'une minute trente)

lundi 26 octobre 2009

Doubt de John Patrick Shanley



Doubt de John Patrick Shanley

Il y a une chose qu'il faut comprendre, au préalable, pour pouvoir apprécier Doubt dans toute sa dimension : à la base, le film était une pièce de théâtre écrite par John Patrick Shanley, qui a lui-même écrit le scénario pour le cinéma et l'a réalisé, donc. Cette impression de pièce de théâtre est dès lors omniprésente dans la mesure où les dialogues ont une place extrêmement importante, ainsi que le jeu des acteurs, puisqu'il n'y a pas vraiment autre chose à vendre, comme dirait un spécialiste en marketing.

Le film n'est néanmoins pas assommant, soporifique comme les quelques récalcitrants au mot « théâtre » peuvent le redouter, à cause de trop de dialogues : Shanley assure une réalisation fluide, sinueuse, ne faisant pas bâiller, et étant capable de maintenir à un grand niveau d'attention le spectateur par des petits procédés de mise en scène, de scénario, qui induisent un certain suspens.


1964, New-York, école St-Nicolas.

La terrifiante directrice de l'établissement scolaire St-Nicolas, soeur Aloysius (Meryl Streep), plutôt de « l'ancienne école » comme on dit vulgairement, suspecte le père Flynn (Philip Seymour Hoffman) d'actes pédophiles à l'encontre d'un enfant noir, Donald Miller.

Pour l'aider à prouver que ces doutes ne sont pas infondés, elle demande de l'aide à la vertueuse soeur James (Amy Adams), qui, elle, croit, après un entretien privé avec le père Flynn que celui-ci est innocent...


Un résumé pouvant sembler barbant. Oui, je dois le reconnaître, le refrain est presque usé : le coup de la bonne-soeur acariâtre pas baisée qui veut enfoncer tout le monde, le mec trop sympa – on se demande pourquoi il est devenu prêtre- , la fille trop naïve qui n'ose pas ouvrir sa gueule, le thème du curé pédophile, les écoles catholiques, ça n'a rien d'extraordinaire me direz-vous.

Faux.

D'abord, ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air : Le spectateur est amené, par choix de l'auteur de la pièce (puisque c'était d'abord une pièce de théâtre), a préférer croire en l'innocence du père Flynn, véritable progressiste, personnage attachant par son dévouement, par sa gentillesse envers les autres, et à détester soeur Aloysius, monstre de rigidité émotionnelle, n'hésitant d'ailleurs pas à user des stratégies les plus basses, et les moins catholiques si je peux me permettre, pour trouver une once de preuve contre Flynn.

C'est ici que les romains s'empoignèrent : ce qui reste le grand plaisir de ce film, c'est qu'on ne sait pas, nous, petites personnes derrière l'écran ce qui s'est passé. Nous sommes aussi paumés qu'il est possible de l'être, voguant, comme des balles de tennis, entre les protagonistes.

Si la plus grande force de Doubt réside dans la pression que le film pose sur les épaules de celui qui s'attelle à se délecter de la prestation amère et luciférienne de Streep, sa faiblesse demeure dans son démarrage, un peu lent, mais une fois que la machine est lancée, elle ne s'arrête pas, tourne de plus en plus vite.(Et les fleurs ne vont pas qu'à Meryl Streep: Philip Seymour Hoffman est parfait, incroyable, on a envie de le croire, de lui donner le bon Dieu, de le soutenir, et parfois de lui demander s'il ment. Quant à Amy Adams, même si son rôle n'est pas d'une grande envergure, d'une grande profondeur, son incarnation douce, un peu fuyante par moment, contraste très bien avec celle des deux acteurs principaux)


Doubt est donc une quête de la vérité, mais, à travers le doute.