Affichage des articles dont le libellé est historique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est historique. Afficher tous les articles

jeudi 10 février 2011

le vieux fusil


Le cinéma français peut se targuer d’avoir dans ses grands classiques un film comme « Le Vieux Fusil » : une œuvre originale, portée par une interprétation magistrale d’un feu Philippe Noiret au comble de son talent, en 1975.

L’histoire du Vieux Fusil s’inspire d’un fait historique tragique qui a fait plus de six-cent victimes dans le Limousin, en 1944, à Oradour-sur-Glane. Sur base de ce fait, une histoire a été brodée pour permettre au personnage de Noiret de sombrer dans une vengeance aussi glacée que chronométrée : au nom de son amour perdu, Julien, l’homme que Noiret interprète, se prête au même jeu que les nazis : celui de la tuerie cruelle, silencieuse, en apparence arbitraire.

Si cette première approche de l’œuvre cinématographique peut sembler limitée à la modalité du meurtre méthodique, cela ne suffit pas à rendre compte du film, qui, dans son entièreté, respire, pourtant, l’amour, la passion, la tranquillité.
La réalisation mélancolique de Robert Enrico et le montage excellent d’Eva Zora forment un duo formidable qui laisse transparaître cette existence discrète et heureuse d'avant le drame qui renversera tout.
Soulignons aussi le couple touchant formé par Philippe Noiret et Romy Schneider, qui, incarnent à l’écran, avec grâce, et sensibilité les héros tragiques d'une histoire funeste.
Le Vieux Fusil n’est pas qu’une énième histoire sur un drame de la seconde guerre mondiale, et encore moins une représentation de la vengeance chez un homme ordinaire ébranlé par des circonstances extraordinaires : le film est une ode à l’amour, une ode à Clara, la femme que Julien aime de tout son cœur. Attention, le Vieux Fusil n’est nulle tirade niaise sur les pâquerettes : c’est l’histoire d’amour de deux personnes « banales » - dans le sens où il s’agit de deux humains qui aspirent à la paix, le calme, la vie tendre – , malheureusement séparées par des évènements dramatiques et barbares.
Il y a tant d’amour dans le film, que le spectateur se sent lui-même submergé par tant d’émotions, de souvenirs trempés de mélancolie. Il est naturel, sensé, que Julien et Clara seront séparés, leur couple déchiré par un deuil carnassier qui poussera Julien à retrouver le vieux fusil, son vieux fusil, qui lui servira à éliminer chacun des salauds qui l’a privé de sa femme. Dans ces moments de vengeance, de colère, de tristesse infinie, des instants du passé surgissent et rappellent à Julien pourquoi il aimait Clara, pourquoi sa peine est démesurée, et pourquoi il est juste d’annihiler ceux qui – sans s’en rendre compte – ont abattu les murs de son bonheur.

Le film est une succession de dualités : le présent et le passé se mélangent constamment ; on passe de l’un à l’autre, d’une façon logique et structurée qui permet au spectateur de ne pas être perdu dans l’histoire. Le passé se matérialise par l’introspection de Julien, dès le moment où il imagine ce qui a pu arriver à sa bien-aimée. Le massacre qui prend suite dérive donc de l’imagination de Julien : Julien se représente, difficilement, tragiquement, ce qui a pu arriver à Clara.
Et du cadavre de Clara éclot le souhait de retrouver le vieux fusil. Mais à chaque mouvement, à chaque étape franchie, à chaque nazi tué, Clara apparaît. L’observateur externe rencontre, au début du film, en chair et en os, vivante, étincelante, Clara, qui s’anime, et qui se perd sur un arrêt sur image horrifique, avant de se réanimer, sous nos yeux ébahis, en souvenir ensorcelant, rappelant que la vie vaut la peine d’être vécue. Même dans l’absurdité de la situation – le massacre du village, de sa fille, de Clara – les images qui hantent Julien suggère que sa vie valait la peine d’être vécue, d’être consommée, d’être exaltée : à chaque coup de feu, c’est une preuve de plus qu’on a pris à un homme ce qu’il avait de plus cher : l’amour, la tranquillité.
Le tranquillité disparaît le temps d’un instant dans la vie de Julien : le temps de prendre les armes. Et finalement, elle ne se dévoile que dans des séquences souvenirs. La première image et la dernière image du Vieux Fusil sont un clin d'oeil à cette tranquillité, à ce bonheur incommensurable qu'un homme a perdu : sa femme, sa fille, leur vie de douceur, de tendresse, de calme, de bonheur. Adieu le bonheur.

Un mot peut résumer le film : Passion. La passion qui commence le jour de la rencontre entre Clara et Julien, et qui prend toute sa signification quand Julien, après avoir pleuré, et cassé quelques objets se reprend et s'abandonne à la vengeance. Nous ne quittons jamais cette passion, cette flamme éternelle qui anime l'être de Julien. Même si le personnage semble nonchalant, il est véritablement exalté par ce coup de foudre qui l'a transformé en l'époux de Clara.

Le Vieux Fusil est un film qui emporte, qui ne laisse pas de répit, qui se savoure tristement. Certaines images sont très dures, et on ne peut qu'acclamer l'ingéniosité de l'équipe des effets spéciaux, qui, pour un film des années septante, a fait dans le réaliste.
Du point de vue des acteurs, Philippe Noiret fut couronné d'un César pour son interprétation magistrale, détonante de Julien. Romy Schneider est divine, son léger accent allemand lui donnant un petit charme exotique, alors que son visage est d'une beauté resplendissante, naturelle, douce. La voir à l'écran fend le coeur tant le personnage de Clara est une mine d'or, un mystère, une déchirure intérieure qui ne laisse pas indifférent. La cerise sur le gâteau de ce chef d'oeuvre du septième art est la musique inoubliable composée par François de Roubaix, entre mélancolie et bonheur. Une ode à la tranquillité loin de l'horreur de la guerre, à l'amour simple mais passionné, à la vie. Parce que même si le Vieux Fusil est une histoire de morts, c'est également une ode à la vie, au plaisir que procure l'amour, l'être aimé.

samedi 1 janvier 2011

thématique : Elizabeth



Elizabeth I : quelques repères historiques

Elizabeth I nait en 1533, des amours de son père Henry VIII avec Anne Boleyn. Après trois ans dans l'opulence de la condition de princesse royale, la petite fille est déclarée bâtarde car sa mère vient d'être jugée coupable d'inceste (avec George Boleyn), d'adultère, et bien sûr, en conséquent, de haute-trahison. Elizabeth, grâce à la troisième femme d'Henry VIII – Jane Seymour -, pourra revenir à la cour, et, jouir de son statut de princesse grâce à la dernière épouse du roi, Catherine Parr. Les trois enfants du roi auront la possibilité de monter sur le trône, dans l'ordre suivant : d'abord Edward, ensuite Mary, et enfin Elizabeth.

A la mort d'Henry VIII, en 1547, Edward, âgé de neuf ans, ne peut prendre sa place, et donc, l'oncle de l'enfant, Edward Seymour devient Lord Protecteur. En 1553, Edward décède, en laissant sa couronne à une cousine, Jane Grey (il avait « déshérité » ses deux soeurs). Lady Jane Grey sera reine pendant neuf jours, avant d'être renversée par les partisans de Mary I. De 1553 à 1558, Bloody Mary règne, massacre tout sur son passage : la reine est la seule enfant d'Henry VIII de confession catholique, et elle ne peut accepter que son pays soit constitué de beaucoup protestants et de partisans de la Réforme. Finalement, en 1558, Mary succombe et Elizabeth, à vingt-cinq ans devient reine. Des quarante-quatre ans de règne de la reine rousse, on retient l'établissement des fondations de l'Anglicanisme, et, cerise sur le gâteau : l'accession de l'Angleterre au statut de première puissance mondiale. Ce statut, l'Angleterre le conservera jusqu'au début du vingtième siècle.


Elizabeth (1998)

Bloody Mary est sur le point de trépasser, et Philippe II, son mari, beaucoup plus jeune qu'elle et dégoûté de son épouse, repart en Espagne. Dans un accès de folie, alors que tous ses conseillers lui conseillent de faire exécuter sa demi-soeur Elizabeth – qui soi-disant complote derrière son dos – Mary la fait seulement séjourner à la Tour de Londres, et ne l'efface pas de la succession. A la mort de sa demi-soeur, Elizabeth devient reine de l'Angleterre, un pays dévasté de tout point de vue : économiquement, la couronne est endettée, politiquement, le pays est isolé du reste du monde, et religieusement, c'est bien pire, puisque la nouvelle reine est protestante, et ne bénéficie pas de la bénédiction de Rome (de plus, Elizabeth est une « bâtarde », elle est la fille de la « putain » d'Anne Boleyn, une bonne raison de la détester et de vouloir sa perte pour les catholiques).

Très vite, les conseillers de la Reine la mettent en déroute face à la menace externe Marie de Guise, la régente écossaise, et une pression est exercée sur la monarque pour qu'elle se marie, de préférence avec un français, le Duc d'Anjou (le neveu de Marie de Guise) bien que son ancien beau-frère, Philippe II, lui fait aussi les yeux doux. En plus de ces babillages, le plus grand danger est interne à la Cour : un des cousins d'Elizabeth, le duc de Norfolk – un noble extrêmement puissant- essaye de la faire tuer pour prendre sa place.

Elizabeth est un film historique très noir : à vingt-cinq ans, Elizabeth était certes plus préparée que son père Henri VIII lorsqu'il devint roi, mais pas prête : la situation compliquée de son pays n'a pas facilité ses débuts, désastreux. Une ambiance obscure, tressée par la vengeance, l'envie et le sentiment d'injustice, empoisonne le quotidien de la Reine qui, au début encore innocente et sensible, devient au fur et à mesure coriace et endurcie. La conjoncture des évènements ne joue pas en la faveur d'Elizabeth : Rome veut sa mort puisqu'elle est « la bâtarde », tout le monde veut profiter d'elle puisqu'elle est à la tête d'un royaume appauvri, sans armée, sans sous, sans foi, sans rien.

Le pari du film était de pouvoir évoquer les débuts de la Virgin Queen, qui, sont souvent méconnus, puisqu'on se plait à parler uniquement de l'acmé du règne : la défaite de l'Armada espagnole au profit de l'Angleterre, qui devient la première puissance.

Le film présente des personnages très importants, comme Francis Walsingham, le conseiller (et espion) le plus fidèle de la reine, qui lui sauvera plus d'une fois la peau, ou même Robert Dudley, le grand amour de la reine, qu'elle n'épousera jamais.

La conclusion du film est importante : ne voulant jamais d'un époux qui pourrait la diriger, et craignant pour son image de mener une vie débridée, Elizabeth décide de devenir "la Reine Vierge" en hommage à la Sainte Vierge : maquillage de circonstance, perruques adaptées, attitude pure ; la voici la métamorphose d'Elizabeth Tudor, jeune femme romantique en "The Virgin Queen", la reine bonne envers son peuple mais dure de caractère. Le choix de devenir la Reine Vierge est d'autant plus important qu'il symbolise l'attachement et le dévouement total de la Reine pour son pays.


Elizabeth : The Golden Age (2007)

En 1585, le très catholique Philippe II, souverain d'Espagne, n'a qu'un ennemi dans son sillage : l'Angleterre, représentée par son ancienne belle-soeur, Elizabeth I. Un nouveau complot voit le jour entre Philippe II, qui désire faire monter sa fille sur le trône d'Angleterre, et Mary Stuart, la reine d'Écosse (fille de Marie de Guise et de James V d'Écosse), avec notamment l'aide de Jésuites qui veulent de Mary Stuart comme reine également. La machination se trame, avec l'ombre de Walsingham qui erre non-loin dans l'espoir de déjouer les traîtres. En même temps, Elizabeth fait la rencontre de Walter Raleigh, un aventureux marin anglais, qui promet de servir loyalement sa reine pour toujours, surtout sur les terres qu'il vient de découvrir et qu'il a appelé "Virginia" en hommage à la souveraine.

Le climat obscur et incertain du premier film s'éclaircit, se désature, tout en gardant une place pour le doute : Philippe II a bien l'intention de lancer sa grande Armada (une centaine de bateaux de guerre) contre l'Angleterre, et de décapiter (ou même pire) Elizabeth. Le danger vient aussi bien de l'ancien beau-frère que du côté de la cousine écossaise, qui, derrière sa "grande âme catholique" convoite un nouveau trône.

Les guerres de religion occupent une place prépondérante dans le film : le fait d'être protestant ou catholique définit les aspirations, les risques prêts à être encourus, le danger. La reine protestante n'est jamais en sécurité : les jésuites œuvrent pour sa perte dans son pays, et à l'extérieur, que ce soit à Rome, en Écosse, ou à la Cour de Philippe II, tous veulent sa mort.

L'ensoleillement du film réside dans les relations d'Elizabeth : avec sa favorite, appelée également Elizabeth, et avec Walter Raleigh qui l'exalte véritablement : ses deux amours vont même se rencontrer et s'en aller, pour l'ironie du sort, pour enfermer la souveraine encore plus dans sa solitude forcée. C'est même Elizabeth I qui pousse (inconsciemment) sa favorite dans les bras de l'intrépide navigateur : comme si elle ne pouvait pas refuser à ceux qu'elle aimait ce qu'elle ne peut avoir. La Reine est teintée de mélancolie, de choses qui la rongent parce qu'elle ne peut plus les embraser : en devenant la Virgin Queen, elle a laissé partir en fumée la vie à deux, la possibilité d'enfanter. Elizabeth I n'est pas la mère d'un enfant, mais la mère de son peuple : c'est son choix de vie.


Critique des films

D'emblée, il faut préciser que les films ne sont pas historiquement parfaits : vu le but qu'ils sont censés remplir, c'est-à-dire distraire et présenter d'une façon "simplifiée" les évènements pour ne pas effrayer et faire fuir les spectateurs, il est logique que l'histoire d'Elizabeth soit romancée. Les détails changés ne sont néanmoins pas "gros comme des montagnes" : dans le premier film, par exemple, on présente d'une façon romantique l'histoire entre la Reine et Robert Dudley, pour donner un peu de sucre dans une histoire amère (même si la fin du film présente une situation plus aigre que sucrée...).

Concernant le deuxième film, la triche du point de vue historique est un peu plus présente pour certains détails : on voulait faire un melting pot d'émotions, de situations, pour appréhender plus globalement le personnage d'Elizabeth, alors, Michael Hirst a écrit un scénario qui schématisait les relations Philippe II – Mary Stuart – Elizabeth et le bordel avec l'Armada.L'Armada, en réalité, n'était pas qu'une déclaration de guerre de l'Espagne vers l'Angleterre, mais le symbole de la haine entre catholiques (espagnols) et protestants (les anglais ont été aidés par les hollandais). La tentative d'assassinat orchestrée par Thomas Babington ne put jamais connaître un dénouement réel, puisqu'il fut arrêté avant d'avoir pu faire quoi que ce soit. L'autre détail à avoir été falsifié est le rôle joué par Raleigh dans la victoire anglaise contre l'Armada : l'Histoire retient le nom de Francis Drake, un corsaire anglais, comme celui qui fut le grand héros. Néanmoins, étant donné la place qu'on voulait donner à Raleigh, il fallait le voir un peu plus : il fut un prétendant de la reine Elizabeth pendant un moment, mais finalement, se maria secrètement avec une des dames de compagnie avec qui il eut un enfant, quelques années après la défaite de l'Armada; chose qu'Elizabeth ne lui pardonna pas, puisqu'elle le fit enfermer à la Tour de Londres.

Elizabeth I est interprétée dans les deux films par l'irréprochable Cate Blanchett, grandiose, dont le regard inspire grandeur et sagesse dans le deuxième film, et volonté dans le premier. Sa métamorphose est intéressante, et jamais, on ne peut douter que Blanchett était la personne idéale pour endosser le(s) rôle(s). Walsingham est joué par un inquiétant Geoffrey Rush, au sommet de son étrangeté dans le premier volet, et malade et usé par le temps dans le second, mais toujours volontaire et présent.

Des seconds rôles on retiendra aussi pour le premier film : Joseph Fiennes (Dudley), Daniel Craig (Ballard), Vincent Cassel (le duc d'Anjou), Fanny Ardant (Marie de Guise), Kelly Macdonald (Isabel, la dame de compagnie).

Pour le second film, un casting excellent encore une fois : Rhys Ifans (le jésuite), Clive Owen (Raleigh), Samantha Morton (Mary Stuart, reine d'Écosse), etc.

La réalisation des deux films est assurée par Shekhar Kapur.


En conclusion

Le règne d'Elizabeth I n'est pas appelé l'Age d'Or pour rien : la souveraine a fait tout son possible pour redresser son royaume, le hisser le plus haut qu'elle pouvait. Elle est connue pour avoir été une femme de caractère, brillante et cultivée. Les deux films rendent hommage à sa personne, en montrant souvent sa force de caractère inébranlable, mais aussi, ses faiblesses, ses inquiétudes. Le deuxième film est porté par un sentiment de nostalgie, nostalgie d'amour, de passion, d'aventures : la Reine est enchaînée au destin de l'Angleterre, ne peut partir loin avec Raleigh, vivre d'amour et d'eau fraîche. Cette intrusion d'une touche de regrets rend son histoire encore plus belle, et son personnage encore plus riche, plus complexe.

Voici donc deux films à voir, pour sa culture, pour les décors, pour l'ambiance, et bien évidemment pour Cate Blanchett, une des meilleures actrices de sa génération.



jeudi 23 décembre 2010

Cinéma Royal Part I

(The Tudors, saison trois)

J'inaugure une nouvelle thématique – influencée par mon goût pour l'Histoire – concernant la représentation de la royauté au cinéma depuis ces dernières dix années : pour la première partie, nous explorerons le portrait du célèbre Henry VIII en passant par la série The Tudors et le film The Other Boleyn Girl. La deuxième partie se centrera sur les deux films dépeignant la reine Elizabeth I (la fille du roi Henri VIII pour ceux qui ont du mal à suivre), tandis que la troisième partie sera sur le film The Young Victoria. Enfin, la quatrième partie parlera du film Marie-Antoinette, pour la représentation franco-autrichienne.

Pour ceux qui ont séché les cours d'Histoire :

La situation politique de l'Angleterre, avant le règne d'Henry VII, ressemblait à un casse-tête chinois : la guerre des Deux Roses (une histoire de succession au trône) ne prit fin qu'en 1485, année où le père d'HenryVIII, appelé très sobrement Henry VII, triompha à la bataille de Bosworth Field contre Richard III. Après cette victoire, l'ère des souverains Tudors débuta (elle se termine avec le décès d' Elizabeth I en 1603).
Henry VIII n'était pas promis au destin de roi : son frère aîné, Arthur (sans table ronde) devait porter la couronne ; la vie en décida autrement puisqu'Arthur décéda en 1502, alors que son père Henry VII régnait toujours. Le roi demanda au Pape une exemption pour que Catherine d'Aragon – qui se déclarait toujours vierge -, la veuve d'Arthur, puisse épouser le nouveau promis au trône, Henry VIII.
Henry VIII devint roi à dix-huit ans, en 1509.
Des six mariages qu'Henry contracta, il eut seulement trois héritiers (qui montèrent tous sur le trône) : Mary I, Elizabeth I, et Edward VI.

Que retient-on du règne d'Henry VIII?

Aujourd'hui, le nom du monarque renvoie inéluctablement à ses six épouses dont deux furent, sous ses ordres, décapitées.
En dehors de cette tendance à se marier à tort et à travers, il s'agit d'un des règnes les plus sanguinolents : nombreux furent les sujets accusés de « haute trahison » (et ici, haute trahison est synonyme de décapitation, de bûcher, de pendaison, de torture et même pire). Tout ceci se passait bien sûr à la Tour de Londres (Tower of London), l'antre du massacre politique; parmi les plus célèbres victimes du règne d'Henry Tudor, on peut citer ses deux femmes, Anne Boleyn et Catherine Howard, l'humaniste Thomas More, Thomas Cromwell (qui fut ministre du roi pendant presque dix ans), etc.
Henry VIII est peut-être un des rois les plus notoires, mais pas pour de bonnes raisons : au moment de son décès, ses caprices avaient réussi à faire de l'Angleterre un cavalier solitaire (puisque le roi avait été excommunié par Rome, suite à son divorce avec Catherine d'Aragon pour épouser Anne Boleyn) du point de vue religieux, et sa mégalomanie égoïste avait ruiné le pays.
Pour l'anecdote, la vie sentimentale d'Henry VIII a inspiré le conte sanglant « Barbe Bleue ».

The Tudors – une série haute en couleurs

Michael Hirst est un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous aimez les films sur l'Histoire d'Angleterre : il est le créateur de la série des Tudors, mais avant cela, jouissait d'une réputation dans l'écriture de scénarios de films historiques comme Elizabeth (1998) ou Elizabeth : the Golden Age (2007). Le but de la série est de dresser un portrait d'Henry VIII, en allant de sa rencontre avec Anne Boleyn en 1525, jusqu'à sa mort en 1547. Décrivant les histoires sentimentales d'Henry, la décadence de la cour, la situation politique internationale, et bien sûr, les guerres de religion ; en plus d'avoir un aperçu sur la vie du monarque, c'est un véritable diaporama de l'époque des Tudors qui se déploie sous les yeux du spectateur.
Les costumes, les décors ont été conçus avec un soin particulier du détail, pour sembler plus réalistes, crédibles.
The Tudors se compose de quatre saisons, trente-huit épisodes d'en moyenne cinquante minutes : c'est une série longue, qui a demandé d'importants moyens. Outre son budget conséquent digne de la production d'un film (ou même plusieurs), la série se targue de son casting alléchant notamment composé de Jonathan Rhys-Meyers (Henry VIII), Henry Cavill (Charles Brandon, duc de Suffolk), Callum Blue (Sir Anthony Knivert), Jeremy Northam (Thomas More), Sam Neill (Cardinal Wolsey), Peter O'Toole (le Pape Paul III), Alan Van Sprang (Sir Francis Bryan), etc.

Comment Henry VIII est-il décrit dans la série?

Sa psychologie s'empire, au fur et à mesure des saisons. Dès la première saison, le mot d'ordre est donné : Henry VIII a un foutu caractère, est capricieux, et profite bien de sa position dans la société. Il ne « visite plus la couche » de sa femme Catherine d'Aragon qui lui est entièrement dévouée, et partage son temps entre la chasse et la drague intempestive dirons-nous. Sa politique internationale est gérée par le cardinal Wolsey, et le roi a beaucoup de mal à accepter de faire la paix avec l'Empereur (le neveu de sa femme), et François I.
Henri VIII manigance son premier divorce parce qu'il désire faire des galipettes et avoir des enfants légitimes – un héritier mâle - avec Anne Boleyn et évince donc Catherine d'Aragon en tirant la langue à Rome. La réforme religieuse peut donc commencer, et l'entourage du monarque se fait protestant. L'Angleterre entre dans une phase d'instabilité générale, rythmée par les différentes épouses du roi, ses différents conseillers, et sa peur de vieillir, de mourir sans une descendance masculine.
La série évoque aussi le caractère versatile des relations que les gens de la cour entretiennent : un jour ils s'aident, le lendemain ils se tirent dans les pattes. Le roi est bien évident pareil : il agit souvent par hypocrisie, et par intérêt, il change d'avis comme de chemise en matière de politique internationale, en fonction de ce que les français et les espagnols font.
Pour témoigner d'un point de vue « privé » de cette nature lunatique, il suffit d'observer comment Henry VIII agit vis-à-vis de ses deux filles, Mary (aka Bloody Mary, fille de Catherine d'Aragon), et Elizabeth (aka The Virgin Queen, fille d'Anne Boleyn) : il les traite en princesses royales, les répudie, ne leur verse plus rien, puis les rappelle à la cour.
On pourrait résumer l'esprit du roi en ces quelques mots : il s'aime, il se considère comme digne, et ne tolère pas qu'on le salisse, même d'une éclaboussure microscopique et involontaire.

De quoi parle le film « The Other Boleyn Girl »?

Contrairement à la série the Tudors qui parle d'une grande partie de la vie d'Henry VIII, The Other Boleyn Girl se centre sur un passage de la vie de l'illustre roi, et même plutôt d'un passage des vies d'Anne et de Mary Boleyn, respectivement sa femme et sa maîtresse.
Le film raconte comment Mary et Anne Boleyn se sont disputées les faveurs du roi ; alors qu'au début de l'histoire, Mary devient la maîtresse du roi et agit de façon discrète, Anne est en France. Quand Anne apparaît à la cour anglaise, elle subjugue par son esprit, son physique et son charme Henri VIII qui tombe fou amoureux d'elle, au point de rompre toute relation avec sa soeur, Mary (qui vient de mettre au monde un fils, conçu sur la couche du roi) et de mettre l'Angleterre à feu et à sang en se détachant de Rome.

Est-ce historiquement valable?

En grande partie, non. The Other Boleyn Girl est d'abord un livre de Phillipa Gregory, très romancé : la rencontre entre Anne et Henry VIII ne s'est pas passée du tout comme dans le livre, et le portrait de Mary Boleyn n'est certes pas très ressemblant à celui dont les historiens parlent.
Il semblerait qu'en effet, Henry VIII ait usé sa royale couche avec Mary, mais contrairement à ce que le film laisse croire, la jeune femme était loin d'être innocente : toute la cour française, et même François I himself, étaient déjà montés sur la jeune anglaise.
Henry VIII, dans le film, est interprété par le séduisant Eric Bana, qui arrive tout à fait à convaincre de son poste royal. Néanmoins, en comparaison avec le Henry VIII de la série, celui du film fait pâle figure : il est terne et extrêmement malléable. A l'époque d'Henry VIII, certains ont pu tirer les ficelles du royaume, comme par exemple, la famille Boleyn, qui a influencé le roi, bien que celui-ci a toujours eu le dernier mot.
Un Henry VIII bien faible comparé à celui de la réalité, une Anne Boleyn jouée par une Nathalie Portman très orgueilleuse, une Mary Boleyn souillée d'inutilité et de niaiserie par une Scarlett Johansson pathétique: voilà le résumé de ce film, inégal, certes esthétiquement beau mais scénaristiquement à chier. Le majeur problème de The Other Boleyn Girl n'est finalement pas son casting féminin décevant (sauf Kristin Scott Thomas), ni son manque de véracité historique, mais le rythme avec lequel les évènements se succèdent : on insiste sur les fadaises sentimentales, et on éclipse complètement le bordel socio-politique qui découla de la décision du roi d'envoyer Rome se faire enculer par un baobab. C'est donc pour cela que le spectateur non-averti ne pigera pas pourquoi Henry VIII adopte vers la fin du film une gueule de prisonnier de goulag: les dernières vingt minutes du film abordent une période de quatre ans, riche en tragédies, qui sera résumée sommairement. On pourrait donc faire l'hypothèse que le film dresse un portrait psychologique des deux soeurs, plutôt qu'une description des faits : erreur et damnation, une coquille ne fut jamais aussi vide. La force de la série des Tudors est la richesse de la présentation psychique des personnages : ils évoluent, se transforment sous nos yeux. Même si la véracité historique n'est pas parfaite à cause de ce point de vue, la série se défend brillamment grâce à la profondeur de ses personnages, à leur complexité.

Au final, que faire si on veut en savoir plus sur Henry VIII?

Un nombre considérable d'ouvrages est disponible, que ce soit sur Henry VIII ou les Tudors. Pour les curieux qui ne veulent pas user leurs rétines sur des pages blanches, on peut vous conseiller de vous attarder sur la série des Tudors, un maximum fidèle à la « véracité historique ». Attention, ça décoiffe : scènes de sexe très suggestives, et tortures affreusement réalistes!
Si les Tudors n'est pas entièrement parfaite pour l'histoire d'Henry VIII*, elle donne un aperçu très réaliste de l'époque.


*Par exemple, les scénaristes ont choisi volontairement de changer le nom de Mary Tudor (la soeur d'Henry) en Margaret, afin d'éviter une quelconque confusion avec Mary, la fille d'Henry.














jeudi 17 juin 2010

Robin Hood

Robin Hood, mouture 2010, une vaste blague ?





Quand Ridley Scott a avoué à la Terre entière qu’il aimait se badigeonner le canal déférent avec de la crème fraîche chaque dimanche après-midi, et qu’il allait réaliser une nouvelle version de Robin Hood, une légende britannique qui a connu de nombreuses adaptations, tout le monde a retenu son souffle, comme à la piscine, quand on faisait semblant de couler, histoire d’être écarté.
The Adventures of Robin Hood de Curtiz, Robin Hood de Reitherman (ou la version Disney) et Robin Hood, Prince of Thieves de Reynolds étaient – parmi la multitude de films sur le héros – ceux considérés comme références principales, et un énième opus ne semblait guère légitime.
Pour la plupart des gens, le film de Reynolds mettant en scène Kevin Costner était même vu comme une référence optimale – la conjugaison du comique et du dramatique avec une pincée de romanesque se mariant aussi bien que Charles et Camilla -, ne nécessitant pas une nouvelle version.
Alors, forcément, quand Ridley Scott a présenté son projet, l’emballement du public n’y était pas. Un nouveau Robin Hood, pourquoi faire ? On a déjà des baladeurs mp3 qui peuvent être vibromasseurs, alors quel intérêt ?!
Russell Crowe aurait même décliné le rôle de Robin, dans un premier temps, jugeant que cette nouvelle version n’avait pas lieu d’être, et qu’en plus, le scénario s’était fait sans historiens ou autres rats de bibliothèque fort utiles lorsqu’il s’agit de composer une oeuvre un minimum fidèle à l’histoire. Après des mois de lectures, de recherches, Crowe a finalement accepté le rôle, et le film a pu se faire, après une révision complète du scénario (ce qui rappelle l’histoire de Terminator 4).

Que vaut le film en lui-même? Il raconte l'histoire d'un hors-la-loi (forcément, c'est toujours une histoire de bad boy), enfin, d'une tête brûlée, Robin Longstride, qui, en France, assiste au décès de Richard Lionheart (un gros connard sans humour), et un peu plus tard, à une embuscade orchestrée par des français - aidés par Godefroy, un membre du gratin anglais, un peu traître sur les bords - visant à récupérer la couronne avant son arrivée en Angleterre, histoire que les français puissent niquer le prince Jean en toute beauté. Longstride et ses compagnons donnent des gros coups de pied au cul des français, font fuir Godefroy, et après une petite promesse à un noble mourant du nom de Locksley, ils décident de partir avec le bateau royal qui attendait les autres, comme ça, ils ne devront pas glander un an en France avant de rentrer sur leur île tant aimée. Un gros quiproquo digne d'un vaudeville - avec un peu plus de sang quand même - se déroule, Robin Longstride devenant magiquement Robert de Locksley. La troupe d'usurpateurs fait une entrée royale en Angleterre, en faisant du prince Jean le nouveau roi, bien malgré eux, mais comme ce sont de bons comédiens, ils jouent le jeu.
Robin, pris d'une crise de culpabilité, parce qu'en plus, il doit aller à Nottingham pour voir le père de Robert Locksley, décide d'honorer la promesse qu'il a faite à Robert, alors qu'il était mourant. A partir d'ici, l'intrigue se centre sur l'arrivée de Robin à Nottingham, ainsi que son installation là-bas, tandis que le spectateur assiste également à une représentation géopolitique de l'Angleterre : entre les caprices burlesques de Jean, et les crasses que Godefroy fait en dupant tout le monde, c'est un véritable portrait de la société, des problèmes politiques de cette période que le film Robin Hood dresse, avec beaucoup d'humour (à travers le personnage du prince Jean).

Russell Crowe mène la danse, offrant une composition à mi-chemin entre celle de 3:10 To Yuma et celle de Gladiator. Les mauvaises langues vont également dire que l'association Crowe-Scott est comparable à celle de Tim Burton et de Johnny Deep, et que Russell Crowe, il est sur son bateau et il tabasse les gens (si vous n'avez jamais vu d'épisodes de South Park, vous ne pouvez pas comprendre cette référence, dansons pour ne pas mourir).
Cate Blanchett a déjà eu des rôles du genre "femme forte, prête à tout, dure comme un roc anglais", dans Elizabeth, par exemple. Mark Strong, est habitué aux rôles de gros connard machiavélique de service, son visage reptilien aidant sûrement : dans Stardust, il terrorisait tout le monde, prêt au pire pour poursuivre son but, et, dernièrement, dans Sherlock Homes, il jouait les fauteurs de troubles.
William Hurt a un rôle certes important au niveau symbolique, mais presque pas présent, très sage, qui essaye de raisonner le prince Jean, l'irresponsable de service.
Seul bémol dans ce casting sans faute : Léa Seydoux, une actrice française jouant une française, qui a toujours la même expression blasée et le même jeu, quel que ce soit le film dans lequel elle joue.

Robin Hood n'a pas été bien accepté, du point de vue des critiques. On reproche au film d'aller dans tous les sens, de ne pas se centrer assez sur Robin, de ne présenter que la partie de l'histoire qui a précédé la légende, alors que ce qui intéresse Josiane, c'est la légende, l'homme derrière l'arc. Cette surexploitation du contexte historique pose également question : les gens voulaient du romanesque, de la poudre aux yeux.
Et il semblerait que ce ne soit pas la faute à Ridley Scott en particulier, mais aux adaptations de légendes : on va vers le plus réaliste, le plus contextualisé, le plus explicatif, on renonce au fantastique : comme exemple, King Arthur, en 2004, de Fuqua, qui oubliait les délires pornographiques de la fée Morgane, les tours de passe-passe de Merlin, le scénario peuplé d'orgies entre chevaliers, chevaux et dames. Bref, il semble que les légendes n'ont plus lieu d'être, qu'elles vont être remaniées, dans une version plus réaliste, un peu comme la télé-réalité, mais sans les nichons refaits.
Maintenant, l'autre problème est celui de la légitimité : comme dit précédemment, les films sur Robin Hood sont aussi nombreux que les opérations de chirurgie esthétique de Cher, certains des films faisant l'unanimité plus que d'autres. Alors que les affiches et les bandes-annonces commençaient à fleurir comme les allergies aux pollens, le peuple grondait dans sa barbe que zut, on s'en fout, ce sera pas aussi bien que celui avec Costner. A la sortie des salles, on pouvait même entendre c'est nul, celui avec Alan Rickman était vingt fois mieux, bon, on va se boire une bière putain?. Quelques fois, des avis plus sensés, qui disaient que ce n'était pas comparable, c'est un nouveau genre.

Il n'y a pas de véritable raison de décrire le film comme un navet, et pourtant, les critiques étaient aussi clémentes qu'Obama lorsqu'il s'adressait à BP à la Maison Blanche.
Bien sûr, le prince Jean mérite deux claques, est un peu ridicule par moments, le film est sans doute trop long, mais c'est une vision unique et originale de ce qui a mené à une légende archiconnue. Maintenant, à savoir si Ridley Scott aurait dû faire le film sur la légende en tant que telle et pas les prémisses, le débat reste ouvert. Voilà, on ne peut pas comparer ce film aux anciens, pour la simple raison qu'il ne traite pas du même sujet, du même moment. De plus, on peut déceler une sorte de morale cachée, très vingt-et-unième siècle, sur la liberté des hommes, leur besoin d'évoluer dans une société égalitaire pour être heureux.
Chaque film est un produit de son temps, de sa génération, de son époque. Le film de Reynolds résultait de l'effet héros presque surhumain, avec Costner, et celui de Scott, lui, reflète plus la société actuelle, qui semble se faire baiser par le gouvernement qui est constitué de traîtres et de gens ridicules (comme en Belgique), ce qui ne plait pas aux gens, parce qu'ils préfèrent les beaux gosses fougueux, pour leur faire oublier que putain, ils ne doivent pas rendre en retard leur déclaration d'impôts.

vendredi 18 décembre 2009

Cold Mountain d'Anthony Minghella


Retour à Cold Mountain, Cold Mountain en anglais, est le cinquième film réalisé par Anthony Minghella, sorti en 2003, avec comme acteurs principaux Nicole Kidman, Jude Law, Renée Zellweger, racontant l'histoire d'un confédéré déserteur cherchant à revenir à sa bien-aimée.

Ada Monroe (Kidman), jeune femme de la bonne société, rejoint son père à Cold Mountain, petite ville de Caroline du Nord peu avant la Guerre de Sécession. Dès son arrivée, elle fait la connaissance du timide W.P Inman (Law) visiblement épris d'elle, et ne tarde d'ailleurs pas à tomber également sous le charme du jeune homme. Maintenant une relation très courtoise, leur histoire platonique est éreintée lorsqu'ils échangent enfin un baiser fougueux le jour où Inman part à la guerre, sous le drapeau des sudistes.

Les amoureux promettent de s'attendre.

Trois ans plus tard, Inman est toujours vivant, mais l'horreur de la guerre le ronge intérieurement. Le jeune homme finit par se faire blesser à la gorge, et est éloigné du champ de bataille. Un jour, une jeune femme lui lit une lettre d'Ada, qui lui annonce qu'elle est désespérée et qu'elle attend son retour. Inman décide de devenir un déserteur, et malgré les dangers que cela implique, de retourner à Cold Mountain, loin de cette folie humaine, près de celle qui fait battre son coeur.

Cold Mountain suit deux histoires : celle d'Inman, de son odyssée , et celle d'Ada, devant se débrouiller seule dans la ferme, son père étant mort. Heureusement pour la jeune femme, Ruby Thewes (Zellweger), vient la rejoindre et l'aider.

Cold Mountain raconte donc l'histoire d'amour à distance entre deux protagonistes, qui évoluent dans des milieux hostiles : les milices des villes où Inman passe, les rencontres malheureuses, la milice de Cold Mountain et leur folie meurtrière, l'hiver rude.

Tout au long du film, on se demande réellement si les personnages vont survivre aux désastres qui tombent sur eux, écrasant parfois tout espoir.

Parmi les rencontres marquantes d'Inman, il y a Veasey (joué par Philip Seymour Hoffman) le révérend obsédé par le sexe, et Sara (Nathalie Portman), la femme seule avec un jeune nourrisson malade qui prouve qu'elle a beau avoir un visage angélique d'une fragilité conséquente, elle sait se défendre. Toutes ces bribes de vies, ces personnages souffrant également de la guerre, dans des situations spéciales, rajoutent une dimension au film, lui donnant une humanité sans précédent.

Pourtant, la milice de Cold Mountain, par ses actes crapuleux, fait penser à tout sauf au terme « humanité ». Ils restent néanmoins des humains, avides de pouvoir, pensant avoir tous les droits (ce genre de personnage existe depuis toujours dans la vie de tous les jours).

Anthony Minghella aimait raconter de belles histoires d'amour, il l'avait prouvé avec Cold Moutain, et six ans plus tôt avec le magnifique « Le Patient Anglais ». Ses histoires racontaient comment des individus « normaux » se retrouvaient dans des situations « extraordinaires » et devaient s'extraire de problèmes relativement « mortels » (au sens propre).

C'est avec beaucoup de talent, une certaine poésie, que Minghella réalisa Cold Mountain, d'une façon certainement sobre, mais efficace. Félicitations à l'équipe technique (photographie, costumes, musique, décors), qui a rendu un travail digne d'un grand film.

Cold Moutain est un film long (mais pas lent), qui prend à la gorge, propulse le spectateur dans un état tantôt proche de l'effroi (les différents protagonistes nagent parfois dans la tragédie), tantôt semblable à un éclat de rire, la touche humour étant assurée par Zellweger.




lundi 4 mai 2009

Last Movies on HUGE SCREEN

X-Men Origins : Wolverine de Gavin Hood, avec Hugh Jackman

Quand le super-héros revient, les souris chantent, dansent et repartent au plus vite.


Il est rare que je reste de marbre face à un film. Soit j'aime, soit j'apprécie tout en étant déçue, soit je n'aime pas du tout. Wolverine m'a rappelé que je pouvais ne pas ressentir un quelconque sentiment ; en effet, le film est aussi plat que les assiettes à fromage de ma grand-mère.
Et pourquoi donc? Parce que le but sous-jacent de la sortie de nanar était de faire jaser les billets des adolescentes en chaleur qui crient avec toute leur libido "Oh, Hugh, prends-moi".

Bon, ok, mon explication peut sembler des plus triviales, mais je ne sais même pas quoi dire comme semblant de synopsis.
Essayons quand même.
Wolverine, c'est James, un petit gosse qui a découvert qu'il avait de très grosses griffes le jour où il a compris que son papa n'était pas son papa et que ce connard de vilain de Victor était son frère. Victor et James vont ensemble aller participer à toutes les guerres et se faire enrôler dans un super commando, une centaine d'années plus tard, genre en 1975, et puis, pouf, James aka Wolverine va se séparer de ses potes les mutants formant l'élite militaire parce que le goût du sang ce n'est pas son délire. Il revient à une vie calme jusqu'à ce que.
(Et puis, c'est le bordel. Quoi que le début est déjà un beau bordel).

Que mémoriser? Pas grand-chose, en vérité. Effets spéciaux bâclés trop souvent, histoire plus "nimportequoichaotique" qu'intriguante, personnages peu soignés dont la psychologie n'est guère existante. En gros : une grosse démonstration d'explosions, pour XX hystériques désirant le corps d'Hugh Jackman.


Plus d'infos sur ce film



The Boy in the Striped Pyjamas de Mark Herman avec Asa Butterfield


Bruno est un petit allemand de huit ans qui vit avec ses parents et sa soeur à Berlin, pendant la seconde guerre mondiale. Un jour, en revenant de l'école, il apprend que son père vient de recevoir une promotion et que toute la famille va déménager.
S'embêtant à deux cents à l'heure dans leur nouvelle demeure loin de tout, Bruno fait, en allant se promener là où ses parents lui ont interdit, la connaissance de Shmuel, un enfant juif, vivant de l'autre côté d'une immense barrière électrique.

Déclenchant les foudres des historiens qui n'en ont fait qu'une bouchée (les enfants juifs étaient gazés dès leur arrivée à Auschwitz), la fable de John Boyne était vouée à un échec tant elle était dépréciée par les grands experts. Pour l'adaptation cinématographique, on a volontairement supprimé le nom du camp, voulant rendre moins historiquement faux, et plus symboliquement universel.
Ici, il n'est pas question d'un enième film sur la seconde guerre mondiale avec du sang, des boyaux, de la rate et du cerveau, mais plutôt du regard d'un enfant innocent sur les choses étranges que les adultes font.
The Boy in the Striped Pyjamas se veut un film pour enfants, mais aussi pour adultes. Les enfants y verront l'ennui mortel de Bruno (ainsi que son amitié avec Shmuel) tandis que les adultes se focaliseront sur la candeur avec laquelle les enfants décident consciemment ou non d'altérer leur perception, et la difficulté d'évoluer dans une relation se déroulant dans un climat hostile.

Un film tragique sur la fin, clouant sur place le spectateur, non pas pour faire l'apologie de l'aboutissement funeste, mais plutôt pour évoquer avec plus d'insistance le fait que tout le monde y est passé, bon ou mauvais, attendrissant comme Bruno ou non.


mardi 27 janvier 2009

[panthéon] Der Untergang de Oliver Hirschbiegel







En 2005, un scandale éclate ; un film sur les derniers jours d'Hitler dans son bunker berlinois va sortir. Le problème? Hitler n'est pas décrit comme le pire des salauds, il l'est, certes comme un gars colérique, hystérique et à demi fou, mais comme un humain dans la mesure où on le voit être gentil avec ses secrétaires, son chien, avec des enfants, avoir des sentiments dits humains, ne pas être constamment dévoré par la haine et l'aliénation. Un choc pour certains, une révélation pour d'autres.

Nous sommes en avril 1945, le 20, jour de l'anniversaire du Führer. Berlin est en proie aux bombardements, à l'armée rouge qui commence à l'étouffer et à la détruire de toute part. Pendant ce temps, terré sous terre, complètement désaxé, Hitler s'enfonce dans les dernières illusions devenant de plus en plus virulentes au fur et à mesure que les jours passent tandis que ses armées sont en déroute et que ses généraux boivent tant qu'ils peuvent, tout ceci dans une ambiance morbide.

Le bunker est la scène principale, le premier rôle est bien évidemment tenu par un dictateur moustachu, et le tout, est raconté du point de vue de Traudl Junge, la secrétaire d'Hitler, qu'il avait choisie pour son origine munichoise en 1942.
Couleurs ternes, claustrophobie chez le spectateur, tout est fait pour suggérer cet aspect "fin du monde" auquel on ajoute une dose de malsain : les généraux attendent, s'emmerdent, boivent, se font engueuler parce qu'ils ont un semblant de lucidité et qu'ils savent que leurs armées vivent une débandade catastrophique qui les empêche de protéger Berlin.
Hitler, lui, tremble, hurle, est lunatique et espère. C'est lui le dernier bastion de la conviction que le Reich triomphera des ennemis anglais, russes, et américains, il croit dur comme (la croix de) fer qu'une victoire est possible alors que l'Allemagne agonise. Pour lui, tout est possible, il se perd dans des chimères improbables et désire que ses souhaits les plus siphonnés soient exaucés sur le champ, coûte que coûte.

Outre le point de vue de Traudl Junge, il y a aussi le point de vue d'un enfant faisant partie de la célèbre armée de Berlin réputée pour ses soldats en culottes courtes, ainsi que le point de vue d'un médecin SS voulant sauver la population en priorité, et de quelques généraux.
En gros, la représentation de personnes désirant survivre dans Berlin devenue ville de guerre.

Comme je disais en introduction, la présentation d'Hitler est déroutante ; il est un homme attentionné, discret, plutôt sympathique quand il veut, et assurément agité et irascible en présence de ses généraux. Bien sûr, Traudl Junge, dans des extraits d'interview (au début et à la fin du film) dit qu'elle s'est sentie coupable, après avoir découvert ce qu'avait réellement fait Hitler (camps d'extermination etc), car, elle l'avait toujours apprécié, étant donné qu'il avait toujours été patient et agréable avec elle. Ceci dit, on sent qu'elle comprend, à partir de la moitié du film, et au moment où tout bascule inexorablement dans le chaos, que finalement, le Führer est un type plutôt bizarre et sans doute dangereux.


Extrait :

Plus d'infos sur ce film




Le but du film n'est pas de délirer sur le petit homme excité grâce à qui l'Europe fut en feu et en sang, mais plutôt de dresser la vision que Traudl Junge a eu des évènements, qui, est très différente des opinions généralement montrées puisqu'elle montre un visage humain. Ici, on voit un homme, comme tant d'autres finalement, qui est déçu, rongé par la panique, qui veut appliquer ses principes jusqu'à la fin, et qui, au terme de deux heures de film, ouvre les yeux et admet sa défaite en se suicidant (Bien qu'il est vrai aussi que le dictateur s'est surtout suicidé pour échapper aux russes et aux jugements du peuple).

Un film intelligent, nuancé, qui ne tend pas à montrer du doigt et à punir mais à dresser un portrait apocalyptique des derniers jours du Reich, dans un bunker très connu, mais aussi, dans la rue, du point de vue du peuple.








samedi 24 janvier 2009

Marie-Antoinette de Sofia Coppola




Pour son troisième long métrage de sa trilogie concernant l'adolescence et le passage à l'âge adulte, Sofia Coppola décide de livrer au public une grosse meringue ornée de macarons roses parlant de Marie-Antoinette, dernière reine de France.



Marie-Antoinette sort en 2006, et divise la critique : entre ceux qui voient une insulte pour l'Histoire parce qu'on nous sert uniquement les grandes lignes, et ceux qui ne voient que deux heures d'étalages de costumes magnifiques, de décors fabuleux faute de scénario, le film se fait plus d'ennemis que d'amis.

C'est que la fille de Francis Ford Coppola a révisé longuement ses carnets d'Histoire, voulant conter l'histoire la plus communément admise. Marie-Antoinette, mariée trop jeune, toujours trop jeune quatre ans plus tard en montant sur le trône de France. Marie-Antoinette alias Madame Déficit, party girl et fashion victim invétérée (Ok, entorse à la règle niveau historique parce que Coppola privilégie la thèse selon laquelle notre autrichienne aurait forniqué avec le compte Fersen, le" charmeur de ces dames").
Partant de l'Histoire, "la fille de" nous livre un regard sur une Marie-Antoinette désabusée, désenchantée, qui s'emmerde royalement dans un château de Versailles qu'elle trouve ridiculous par le respect d'une Étiquette très surfaite et les pressions qui en découlent.

Marie-Antoinette est adolescente lorsqu'elle débarque dans la grandeur de Versailles, pour s'y marier avec le Dauphin, véritable remède contre l'amour. S'enfermant seule dans une routine constituée par ses dames de compagnie ainsi que les diverses fêtes et jeux, elle tente d'oublier qu'on lui prie de faire un héritier au plus vite et de se montrer sympathique avec la maîtresse de Louis XV. Parce qu'ensuite, c'est la tornade entre la mort du monarque, la montée sur le trône d'elle et de son époux, les ennuis concernant la naissance d'un héritier, la vie à la Cour, les amis, les amours, les emmerdes.

La caméra suit Kirsten Dunst, véritablement transcendante, qui s'amuse de l'ennui, de la peur, de la pression tout au long de deux heures de bonheur. Le plus de Coppola a été d'ajouter de jolies couleurs vives et pastels, de tourner à Versailles même, et enfin, de nous montrer autant de Glamour. Car, les apparences sont bien jolies tandis qu'à l'intérieur, Marie-Antoinette se meurt. Le regard de la dernière reine de France est toujours pétillant, espiègle, plutôt optimiste, et naïf, mais, néanmoins, des plus innocents, ce qui fait qu'on ne se prend pas de haine pour cette jeune fille sur qui le Destin tombe sur la gueule de manière brutale.
Il s'agit donc d'un film très introspectif, dont le but ultime n'est pas d'énumérer les faits, mais plutôt d'y apposer le regard probable de Marie-Antoinette.

Véritable must : la musique du film, qui, comme d'habitude chez Sofia Coppola, est fantastique : mêlant musique classique et rock pour un résultat à la hauteur du film : haut en couleurs.




Plus d'infos sur ce film