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lundi 11 juillet 2011

Midnight in Paris


Woody Allen entame avec fantaisie une nouvelle décennie de films, avec Midnight in Paris, une déclaration d'amour à la ville de Paris, et aux fantasmes.

Si ce nouveau film sent bon les macarons et les icônes parisiennes – comme les petits vendeurs de vieux livres, la Seine, la peinture, les artistes, les années 20 - , c'est pour le plaisir des yeux des amateurs de Woody Allen qui peuvent reprendre confiance en leur cinéaste adulé, après des années 2000 en dents de scie. En effet, si les années 2000 avaient commencé sur les chapeaux de roue avec Small Time Crooks en 2000, elles ne se sont pas terminées aussi bien avec You Will Meet a Tall Dark Stranger. La dernière décennie de Woody Allen a oscillé entre le génialissime (Match Point, le film shakespearien, un ovni dans la filmographie d'Allen, Whatever Works, une mine de sarcasme et d'humour corrosif qui pique où il faut) et le décevant (Vicky Cristina Barcelona qui sent le n'importe quoi, You Will Meet a Tall Dark Stranger ou comment avoir une belle brochette d'acteurs mais sans rien de croustillant, Scoop, la pâle imitation de ce qui a déjà été fait auparavant par Allen). On retiendra aussi les géniaux The Curse of the Jade Scorpion où Allen et Helen Hunt forment un duo hilarant, et Melinda and Melinda, un film en deux films, où on passe de la version tragique à la version comique avec ravissement.
Midnight in Paris était un pari : est-ce que Woody Allen allait concocter quelque chose de véritablement unique, en marge de ce qu'il avait déjà fait, comme il avait pu faire il y a quelques années avec Match Point et Everyone Says I Love You, par exemple?! Pari remporté avec succès : Midnight in Paris est un film savoureux, inattendu, délirant comme on l'attendait d'un Woody Allen.

Midnight in Paris est une ode à Paris, à la perception romantique que de nombreuses personnes ont de la ville. Cet hymne à la Ville Lumière peut également s'étendre aux femmes, à ces créatures sublimes qui mettent un baume exotique sur le coeur des hommes. On tombe amoureux d'une ville comme d'une femme : en la voyant, de loin, de près, en sentant sa douceur, en se délectant de sa beauté, de son sourire. Et on se sent terriblement enivré en sa compagnie qu'on recherche inlassablement.

Gil Pender, de sa condition scénariste hollywoodien, se rend avec sa future épouse Inez – et les parents de celle-ci – à Paris. Si au début tout semble presque parfait, les choses se gâtent quand Gil tombe amoureux de la ville au point de vouloir y vivre, pour le plus grand malheur d'Inez qui préfère Malibu, et surtout, lorsqu'un ami pédant d'Inez, Paul, fait son apparition. En parallèle, Gil, par hasard, après les douze coups de minuit, se retrouve dans les années 20, sa période préférée de l'histoire de Paris, y rencontre les grandes figures artistiques de l'époque, et tombe amoureux d'une femme aux antipodes d'Inez.

Mais qu'est-ce que Woody Allen a fumé pour faire ce film? On ne sait pas, et peu importe, le résultat est grandiose. Si, le jour, le personnage de Gil Pender, un type nonchalant, se trimballe avec un enthousiasme névrosé dans les rues de la capitale française en compagnie de sa délicieuse physiquement et vicieuse mentalement future épouse, la nuit, notre héros se fond dans un Paris fantasmé, fantasmant, hallucinant, halluciné, qui emporte loin de tout, à l'époque du Dada, du surréalisme, des poètes, des femmes bien habillées. Un ravissement visuel, scénaristique, comme on en avait rarement vu. L'idée de montrer un Ernest Hemingway, un Luis Buñuel, un Pablo Picasso, un F. Scott Fitzgerald, comme on ne les imaginait pas, ça, c'est une idée novatrice à mille lieues de ce qu'on pouvait sensiblement attendre.
Mais le plus du film c'est le personnage de Gil Pender. Woody Allen a encore une fois écrit son personnage principal à son image en bon Dieu créateur : les mêmes obsessions, la même nonchalance, les mêmes névroses, la même maladresse. Si Allen avait quarante ans de moins, il aurait sûrement joué Gil Pender avec toutes ses mimiques, ses attitudes hilarantes. Néanmoins, Owen Wilson livre une prestation digne de son maître lorsque ce dernier jouait encore dans ses films, il y a quelques années (sa dernière prestation était en 2006, dans Scoop). Et Wilson est d'autant plus impressionnant qu'il forme un couple parfaitement atypique avec la tyrannique Rachel McAdams (à qui les rôles de garce/pétasse vont comme un gant), et un tandem pétillant avec Marion Cotillard.

Sans vouloir en dire plus, Midnight in Paris est un des meilleurs films de Woody Allen, un des plus enthousiastes, des plus féeriques, qui plaira à tous ceux qui savent ce que c'est de tomber amoureux d'une ville, ou d'une femme.


dimanche 14 novembre 2010

500 days of Summer : cinq bonnes raisons de voir le film



(Ceci pue le réchauffé, j'ai déjà parlé de 500 Days of Summer, mais un nouveau visionnement m'a convaincu de réitérer mon admiration pour ce petit bijou du cinéma indépendant américain : Voici donc les 5 bonnes raisons de le voir)

1.
La première bonne raison n'est pas Joseph Gordon-Levitt. Cela aurait été bougrement trop facile, comme si j'avais dit «la coupe sixties de Zooey Deschanel est au kitsch ce que ce vieux cochon décédé d'Henri VIII était à la tyrannie ». A la place, je préfère dire que la musique du film est la première raison de s'attarder sur le film. La plus belle chanson – enfin, une des plus belles chansons – des Smiths, à savoir, There's a light that never goes out, risque de rester dans votre tête pendant des heures, grâce à la scène hautement musicale de l'ascenseur. The Temper Trap figure aussi dans le soundtrack avec le magnifique morceau Sweet Disposition. Pour le reste, citons Regina Spektor et son Us très mégalo, She & Him reprennent Please, Please, Please let me get what I want des Smiths, et les Black Lips chantent Bad Kids. Du rock, de la tendresse musicale, ce qu'il faut de romantique, d'énergique, de drôle, de triste : à l'image de l'histoire d'amour entre Tom et Summer, un régal pour les papilles gustatives, Bonux, une question de bon sens.

2.
La deuxième bonne raison n'est toujours pas Joseph Gordon-Levitt, faut pas déconner non plus, son "dat ass" ne peut pas jouer en sa faveur éternellement.
500 Days of Summer s'apprécie encore plus quand on a déjà vécu une rupture douloureuse dans sa vie. Mais si, ne fais pas l'innocent, c'est un peu comme quand Simone t'a plaqué, en prétextant qu'elle préférait Robert; tout le monde sait bien que tu as touché le fond de la bouteille de Chimay, au sens propre ce jour-là. Les ruptures font mal, surtout quand on a cru dur comme fer que l'histoire avait un hypothétique avenir, que les papillons butineraient pour toujours nos ventres transis, et nos estomac repus. Tom, le personnage masculin du film, vit plus ou moins la même chose. Comme il le dit si bien : I love how she makes me feel, like anything's possible, or like life is worth it (= J'adore comment je me sens grâce à elle, comme si tout était possible, comme si la vie en valait la peine). Cette phrase prouve bien à quel point la douleur est intense, une fois que l'histoire est finie. Mais ne vous en faites pas, 500 Days of Summer n'est pas un film pour dépressifs/de dépressifs, c'est une approche drôle et touchante d'une histoire d'amour dont il faut bien un jour se remettre, comme de la hausse du prix du pain en Belgique la semaine passée.

3.
La troisième bonne raison, c'est le couple formé par Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel : ces deux-là vont parfaitement ensemble, ils sont le Ken et la Barbie des films indépendants, les symboles sexy indé de ce monde qui tourne si vite, qui change, mais qui reste un minimum romantique. Joseph Gordon-Levitt est d'une sensibilité telle qu'on lui tendrait bien un mouchoir quand il semble être sur le point de pleurer, et Zooey Deschanel montre une certaine vulnérabilité qu'on ne soupçonnait pas dans la première partie du film (puisqu'elle paraît quand même un peu salope). Quand les deux jeunes premiers occupent l'écran, on ne désire que les voir ensemble pour toujours, tant leur duo fonctionne avec brio (pour la rime). Ils rappellent un peu tous ces gens qu'on a connu de près ou de loin, qui nous effleurent parfois encore aujourd'hui : Tom est un peu le vieux pote du lycée qu'on retrouve avec les mêmes rêves de gosses qu'il y a dix ans, et Summer, elle est la voisine mystérieuse à qui on envie le style vestimentaire. Quand je vous disais que c'était le couple Barbie-Ken (mais sans la touche Toy Story 3 pour Ken).

4.
Certaines répliques du film valent le détour. Que ce soit dans un genre tordant, style :
Tom: I liked this girl.. man I loved her. What did she do? She took a giant shit on my face. Literally. (J'aimais bien cette fille... oh putain, je l'aimais. Et qu'est-ce qu'elle a fait? Elle m'a chié sur la gueule. Littéralement)
Alison: Literally? (Littéralement?)
Tom: ...not literally. That's disgusting. Jesus, what's the matter with you? (Non, pas littéralement, c'est dégueulasse. Putain, c'est quoi ton problème?)
Le film peut flirter avec le drôle, mais quelques fois, il fait presque dans le philosophique : il y a quelques réflexions cachées sous la couche principale, des petites questions sur l'amour, la vie à deux, le Hasard, les coïncidences, tout ça :
Paul: Robin is better than the girl of my dreams. She's real. (Robin (sa copine) est bien mieux que la fille de mes rêves. Elle est réelle)
En plus d'amuser, de faire rêver, le film pose quelques questions au spectateur, ce qui est un plus non-négligeable, comme une suédoise bien roulée qui habite en face et apprécie les soirées arrosées où elle enlève sa culotte aussi aisément que Maïté présente les produits gras à la télévision.

5.
500 Days of Summer n'est pas prévisible, ne tombe pas dans les clichés habituels, ce qui signifie, que c'est potentiellement un film pour mecs (et ne dites pas que ce n'est pas bien, pour une fois que ça n'est pas du mielleux sentimental à deux francs). Malgré ce détail, il faut quand même bien avouer – comme dit au point deux – que ce film s'adresse à tous ceux qui ont connu un ou une Summer, une créature maléfique qui a arraché notre coeur avec la dynamique des fluides en nous balançant comme un vieux kleenex de tuberculeux en disant "ah non, en fait, je commande le(a) prochain(e) en catalogue en ligne, je préfère, je peux ré-expédier plus facilement, sans frais de retour".

lundi 18 octobre 2010

ces femmes qui bottent le cul des mecs

Le monde du cinéma ne se laisse pas gouverner docilement par les hommes comme on pourrait le croire si facilement : les femmes ne se contentent pas souvent de tirer les ficelles derrière leurs pions de maris, d'amants, de collègues : elles incarnent parfois leur pire cauchemar, à coups de pieds dans la gueule, et de canon sur la tempe.

(Attention, ceci peut contenir des spoilers)

S'il faut parler d'une héroïne moderne qui sait défroquer les pires connards de la Terre, alors, parlons de Beatrix Kiddo. The Bride est un personnage crée par Quentin Tarantino et Uma Thurman, sur le plateau de Pulp Fiction. En plus d'être une redoutable tueuse, le personnage incarné à l'écran par Thurman est doté d'une force psychique inébranlable, pouvant presque survivre à tout. Bien sûr, les plus sceptiques répliqueront que revenge is a dish best served cold, que l'oxygène qui alimente les poumons de Beatrix fonctionne plus à la rage qu'à la force. Mais là n'est pas la question. Bien sûr, on peut se poser la question de savoir si le personnage de la mariée est un clin d'oeil à « La mariée était en noir », un film de François Truffaut où Jeanne Moreau, venge la mort de son fraîchement mari*.
Beatrix Kiddo était une tueuse à gage plutôt douée, qui, un jour, a malencontreusement découvert qu'elle était enceinte de son boss, Bill. Beatrix a donc quitté précipitamment les Deadly Vipers (ses comparses tueurs) pour mener une vie tranquille à l'abri des tarés psychopathes de ce monde, avec un type plutôt simple mais sympa. Le jour de leur mariage, Bill et les Deadly Vipers font une apparition mémorable, puisqu'ils tuent tout le monde, même Beatrix. Manque de pot, il en faut plus qu'une balle dans la tête pour tuer la jeune femme, puisqu'après quatre ans dans le coma, elle se réveille, avec une furieuse envie de buter tous ceux qui ont détruit son bonheur et l'ont privé de sa fille. Commence donc une suite de combats, d'affrontements sanglants, de katanas, de couteaux, de virées dans le désert, et de technique des cinq points.
Bien entendu, The Bride réussira, au terme de deux films culottés, qui seront des clins d'oeil à la culture cinématographique (des films de katanas aux western spaghetti), à se venger de Bill.
Beatrix Kiddo est un peu l'archétype de la femme que les féministes défendent : elle n'a peur de rien, veut protéger ce qui lui reste d'honneur, et n'hésite pas à dégommer le cul de ceux qui ont essayé de la clouer dans un cercueil. Rares sont des héroïnes si déterminées, si prêtes à tout (sauf Nicole Kidman dans To Die For, ok, pour le clin d'oeil), si fortes.



Kick-Ass était un des films phénomènes de l'année, proposant une autre vision des super héros. C'était également l'occasion de découvrir Hit Girl, celle qui te frappe avant que tu aies eu le temps de faire « ouille ». La jeune Chloë Grace Moretz prenait les traits de la gamine surdouée (dans tous les sens du terme), que ce soit en matière de "kick ass" ou de psychologie, de maturité. En plus d'être d'une rapidité et d'une efficacité à faire passer Jackie Chan pour un vendeur de journaux, Hit Girl est une jeune fille sensible, intelligente, qui a un sacré caractère et sait ce qu'elle veut. D'ailleurs, le célèbre Kick-Ass n'arriverait à rien si Hit Girl n'était pas là pour lui sauver les miches de temps en temps.

Côté cinéma, il n'y a pas que de bonnes adaptations : Charlie's Angels en est la preuve. Si le premier opus peut se targuer d'avoir Bill Murray et Sam Rockwell dans sa distribution, il n'y a aucune fierté à avoir du côté du scénario et de la réalisation. Drew Barrymore, Cameron Diaz et Lucy Liu ont beau avoir un joli cul, elles ne peuvent rien faire contre la médiocrité. Malgré tout, l'idéal de la femme tel qu'il est véhiculé par le film et la série permet même de faire une chanson, interprétée par les Destiny's Child, Independent Woman. On pourrait traduire cet idéal comme suit : les femmes gagnent leur argent, s'achètent leurs affaires, et n'ont plus besoin des hommes, même pas pour une vidange vaginale, elles ont sûrement un vibromasseur. Et en plus, elles peuvent très bien égaler les hommes dans diverses tâches.
Demi Moore, entièrement rénovée, a même participé au deuxième film, dévoilant sa nouvelle anatomie parfaitement corrigée, et devenant la pire garce de la Terre. Parce que figurez-vous qu'en plus, c'est son personnage qui tient les rennes de tout. Comme quoi, les femmes peuvent être plus puissantes et finaudes que les mecs.

Dans les femmes psychotique qui règlent le compte des hommes (et du reste), Catherine Tramell occupe une place privilégiée, tout comme, Catwoman (référence : Batman Returns, 1991). Selina Kyle, consumée par l'idée de se venger de son patron, a eu la chance d'être ramenée à la vie par les chats du quartier. Alors qu'elle tombe amoureuse de Bruce Wayne, Catwoman veut se venger de Batman, à coups de griffes. La sexualité est de mise, que ce soit pour Catherine Tramell qui n'arrête pas de cumuler les scènes suggestives, et pour Catwoman, dans sa tenue moulante noir qui rappelle le sado-masochisme. Outre cet aspect sensuel des personnages, ces deux (ou trois nous pourrions dire) femmes partagent une personnalité tordue et dangereuse : Catherine Tramell est une tueuse en série, et Catwoman nourrit des désirs mortels et destructeurs.
Et bien sûr, les hommes sont impuissants face à la ruse de ces deux prédatrices.



Une héroïne de la télévision devrait figurer ici : Buffy Summers est elle-même un symbole contradictoire de la féminité (telle qu'elle est véhiculée par les stéréotypes) : entre force de caractère/ force physique et sensibilité, elle semble être l'exception à la règle. Mais pourtant, ceux qui ont déjà vu la série Buffy The Vampire Slayer pourront témoigner du fait que l'affectivité dont la demoiselle fait preuve ne singe aucunement sa détermination, son endurance.
Buffy, c'est l'héroïne idéale : elle se sacrifie pour les autres, ne renonce jamais, sait ce qu'elle fait, et donne plus de valeur aux autres qu'à elle. Néanmoins, comme on dit vulgairement, « il ne faut pas la faire chier », sauf si on veut se retrouver à moitié mort.

Toutes ces femmes sont aussi létales qu'une dose de potassium dans le bras, rien ne peut les arrêter, pas même un sermon larmoyant du Pape, elles iront jusqu'où elles doivent aller, pour ce qu'elles jugent bon, ou tout simplement parce qu'elles l'ont décidé, et il vaut mieux pour le commun des mortels ne pas rester dans leur chemin.

* En réalité, Quentin Tarantino a dit n'avoir jamais vu le film de Truffaut. Il y a quand même de quoi se poser des questions, sachant que l'homme est un grand cinéphile.

lundi 14 juin 2010

whip it 2009

« I like smart girls. That's why I married your mama. Well, that and I knocked her up »
(J'aime les filles intelligentes. C'est pour ça que j'ai épousé ta maman. Enfin, ça et le fait que je l'ai foutue en cloque)

Whip It est la première réalisation de Drew Barrymore, une enfant de la balle, qui nous avait fait craquer avec sa petite bouille ronde et mutine dans E.T. avant d'être une petite droguée dans la vie réelle, à même pas treize ans. Passé ces déboires presque normaux dans la vie des enfants-stars, il n'en reste pas moins que ce premier essai de réalisation ne vaut pas un prix prestigieux, mais retient l'attention et promet des prochaines tentatives sympathiques.
Parce que Whip It est un film dans la vague de tant d'autres comme Little Miss Sunshine, Juno, une présentation d'une situation presque catastrophique où les personnages doivent faire quelque chose par rapport à leur identité, avec humour de préférence, et sourire béats à la sortie pour les spectateurs.
L'autre atout charismatique de Whip It est la très petite en taille mais grande en talent, Ellen Page, une icône cinématographique très « rock » depuis son regard et son gros ventre provocateur dans Juno.

Whip It raconte l'histoire d'une adolescente de dix-sept ans, Bliss Cavendar, qui passe la plupart de son temps libre à faire plaisir à sa mère en participant à des concours de beauté (sortis tout droit des années cinquante, sans Elvis par contre) dans son bled pourri du Texas quand elle ne travaille pas avec sa meilleure amie, Pash, dans une sorte de fast-food d'autoroute dans leur ville, à Bodeen.
Echappant à la surveillance dictatoriale de leurs parents, Bliss et Pash s'évadent pour une soirée à Austin, où elles font la connaissance du roller derby, une sorte de sport délirant sur patins à roulettes que font des nanas qui ressemblent à des suicide girls (pour les incultes, une suicide girl, c'est une fille qui pose nue sur internet dont le corps est orné, en général, de nombreux tatouages et piercings). Succombant à une crise de « fan attitude », Bliss parle à une des filles des Hurl Scouts – une équipe qui n'a jamais gagné de match- qui lui propose de venir à une sélection, histoire de « be your own hero » (sois ton propre héros). Evidemment, Bliss est engagée dans l'équipe, se démarque par sa rapidité démente, se prend au jeu de la double vie, pimentée par la rencontre avec un musicien et les matchs où elle brille, permettant à son équipe de nulles de gagner.



Whip It est un film très rock, au-delà de la culture tatouages, piercings, rollers, patins à roulettes, trous paumés du Texas, c'est une déclaration d'amour à un style musical, un genre de vie, au girl power. Parce que bien sûr, les femmes ont une place importante dans le film, les hommes jouant les décorations occasionnelles tandis que le centre de l'attention concerne, d'un certain point de vue, la place de la femme. Bliss est dans un entre-deux : d'un côté, sa vie rangée que sa mère entretient en la faisant participer à des concours où les bonnes manières importent, et d'un autre, dès qu'elle devient Babe Ruthless, membre de l'équipe des Hurl Scouts, elle est une autre, une femme sûre d'elle, qui sait ce qu'elle veut, et qui ouvre sa gueule quand bon lui semble. Bien sûr, heureusement, le contraste n'est pas trop net, Bliss n'est pas schizophrénique, elle oscille entre ce qu'elle veut et ce qu'elle doit taire – histoire que tout se passe bien avec sa mère et son père.
La relation entre ses parents est très peu esquissée, puisque l'intrigue s'intéresse surtout à la perception que Bliss a d'elle-même (et de ce qu'elle voudrait être), et au lien entre elle et sa maman, relativement complexe.

Les personnages principaux sont riches, et intéressants du point de vue psychologique.
Les deux principaux sont Bliss (jouée par Ellen Page), une fille pas spécialement bien dans sa peau, qui ne sait pas si elle peut être ce qu'elle veut ou ce que sa mère désire qu'elle soit. Son évolution, en une heure cinquante, est une des plus captivantes que le cinéma du genre « comédie » ait pu offrir, rappelant les propres problèmes identitaires auxquels les adolescents sont confrontés.
La mère de Bliss, Brooke Cavendar (interprétée par Marcia Gay Harden) est une femme de l'époque actuelle, avec un travail, des obligations, mais des idéaux sortis des années soixante, voulant faire au mieux pour sa fille sans se rendre compte de ce qui ne va pas.
Au niveau des rôles secondaires, Daniel Stern – inoubliable Marvin de Home Alone – joue les pères rigolos, Juliette Lewis est Iron Maven, une super bitch de compétition dans l'équipe des joueuses qui ne perdent jamais. Et finalement, Drew Barrymore s'invite dans son film – alors qu'elle aurait pu réellement s'abstenir, seul bémol au film – pour une démonstration de grand n'importe quoi burlesque.

Whip It n'est pas un film pour intellectuels coincés du cul, le film s'adresse aux gens qui ont envie de s'amuser, de s'évader, de vivre un instant rock'n'roll, en regardant un sport presque irréel, dans un décor désertique impensable pour nous petits européens, avec Ellen Page, une actrice foutrement charismatique et à suivre, définitivement.
(Et la fin du film n'est pas prévisible, ce qui est rare avec les films du genre)



lundi 31 mai 2010

Films honteux - Mean Girls


(Pour films honteux)

C'était à l'époque où
Lindsay Lohan ne prenait pas de drogues, se brossait les dents tous les matins, et ne couchait pas avec le premier venu. Il y avait des publicités par milliers, qui pullulaient aux arrêts de bus, dans les gares : un nouveau film mettant en scène la célèbre rousse qui jouait quelques années plus tôt une paire de jumelles (et presque un télescope) était sorti, racontant l'intégration d'une paumé-loseuse dans un lycée où les Plastiques règnent en maîtres. Mon amie Camille et moi, sceptiques, mais amusées à l'idée de revoir Lohan trémousser les fesses, sommes allées à une séance, un après-midi, en nous jurant que putain personne ne devrait le savoir sinon trop la honte putain, un peu comme quand notre amie Simone nous a dit qu'elle avait perdu sa virginité avec le professeur de gym, en plein cours de math, un vendredi matin, alors que les oiseaux chantaient encore du Brel. Mean Girls, c'est simple, faut pas avoir fait anglais première langue pour savoir que ça veut dire « méchantes/mauvaises filles », ou même, je rappelle à notre aimable clientèle, « filles radines », parce que « mean », ça veut dire « personne qui n'aime pas dépenser trente cents pour les autres » (pour aller plus loin, si vous dites à quelqu'un « you're so mean » ça veut dire « tu es un gros enfoiré et je ne vois pas en quoi ça te dérange de me payer un macaron à cinquante cents, espèce de gros fils de riches »). Les mauvaises filles, ce sont celles qui font les tumeurs malignes, qui agissent en vraies petites putes, qui ne pensent qu'à leur nombril – souvent traversé par un piercing - , qui parlent dans votre dos, et passent plus de temps à lisser leur tignasse qu'à faire travailler leurs neurones. Le titre français de Mean Girls est « Lolita malgré moi », certes maladroit, mais témoignant de l'intrigue du film, malgré tout.
Cady Heron
(Lindsay Lohan) a passé son enfance en Afrique, à se prendre pour une gazelle, jusqu'au jour où ses parents lui ont fait le coup de décider de rentrer aux USA. Maladroite, peu douée pour les relations humaines (la pauvre gamine n'a pas été à l'école comme tout le monde, mademoiselle était homeschooled), elle n'arrive pas sans tracas au lycée. Après avoir passé son premier temps de midi à manger dans les toilettes, elle fait l'heureuse rencontre de Janis et de Damian « almost too gay to funtion », un duo inattendu mais sincère. S'intégrant dans son groupe d'amis, elle ne peut s'empêcher de remarquer les « Plastiques », un trio de nanas bonnes – mais putasses – dirigées par la reine des abeilles, la blonde Régina George (Rachel McAdams), diabolique petit bout de femme qui ne pense qu'à elle et sa prétendue beauté, comme la Reine dans Blanche-Neige. (Nous marquons une parenthèse, comme dans les apartés au théâtre où un personnage murmure au public qu'il a perdu sa culotte le soir du concert de Madonna ; loin de moi l'envie de critiquer le physique de Rachel McAdams, mais, soyons réalistes, son personnage se prend pour la fille la plus baisable du monde, même qu'elle est persuadée qu'elle filerait une érection au Pape en moins de dix secondes) Janis propose à Cadie de s'immiscer dans le groupe des Plastiques, pour rire, et découvrir ce qui se cache sous le sourire freedent de Régina. Restant innocente dans un premier temps, Cadie passe à la vitesse supérieure lorsque Régina, ayant appris que Cadie aimait bien son ex, Aaron, se met à ressortir avec lui. Une chose est sûre, maintenant, Cadie doit détruire Régina, et tous les moyens sont permis, entre filles, il n'y a que la loi de la plus salope qui prime. Le seul petit problème, c'est qu'en essayant de devenir comme Régina, Cadie s'est transformée en monstre de superficialité et d'imbécilité.

Scénario signé Tina Fey (madame Saturday Night Live), couleurs rosées, jeunes actrices prometteuses (du moins Rachel McAdams et Amanda Seyfried), Mean Girls, c'est avant tout une comédie pour adolescents avec un minimum d'intelligence et de sarcasme. Lindsay Lohan était encore mignonne, petite représentante idéale de Disney, elle n'était pas encore anorexique, et semblait dans une santé mentale encore passable. Bon, Mark Waters n'a pas inventé la poudre à lessiver (ni le vaccin anti-tétanos d'ailleurs), mais Mean Girls est sans doute son meilleur film, très scrapbook, mais certainement mieux que Ghosts of Girlfriends Past. Certaines scènes sont vraiment hilarantes, à faire sourire la Joconde aussi facilement que faire pleurer Britney Spears en direct chez Oprah. Les rôles de Gretchen Wieners, Karen Smith et de Damian semblent avoir été étudiés tout particulièrement pour relancer une dynamique absurde, tandis que Régina, elle est uniquement là pour les saloperies et les phrases assassines typiques. Si vous voyez Mean Girls, vous ne verrez plus jamais Rachel McAdams de la même façon, son interprétation transcendantale de Régina la faisant passer pour une immonde pouffiasse imbue d'elle-même et incapable de sentiments. Bon, ok, la fin est kikoo-fun, presque moralisatrice, mais on s'en fout, on s'est bien marrés pendant une heure trente, alors bon, le jeu en valait la chandelle, et bien plus si Rocco est disponible. Il n'y a pas de quoi avoir honte en fait, Camille et moi aurions dû avoir honte d'avoir été amatrices de Jonathan Davis, à treize ans.

mardi 25 mai 2010

13 going on 30 - Films honteux

(Quelque chose écrit pour une semaine à thème "films honteux" sur un site dont je ne vais pas citer le nom, tiens)






S'il faut parler des films dont on a honte, mais qu'on aime bien quand même, alors autant user l'encre du clavier sur 13 going on 30, traduit horriblement en Trente ans sinon rien pour les francophones. Le film est sorti en 2004, avec comme duo d'acteurs principaux Jennifer Gardner et Mark Ruffalo.
Il s'agit de l'histoire d'une adolescente qui se retrouve dix-sept ans plus tard, dans son corps d'adulte, avec comme cerise sur le gâteau la découverte des choix foireux qu'elle a fait tout au long des années.

En 1987, Jenna Rink, treize ans, une fille relativement ordinaire, aimerait faire partie des Six Chicks, la super bande à Lucy « Tam Tam », qu'elle pense être son amie, alors qu'elle n'est qu'une petite vipère vicieuse aimant profiter des autres. Jenna invite à l'occasion de son anniversaire les Six Chicks, une bande de mecs avec des vestons de sport, et son meilleur ami, Matt, qui est aussi son voisin. Les autres gamins se moquant de Matt et de Jenna, ils organisent une sorte de jeu qui tourne mal dans la mesure où Jenna est humiliée, tout comme Matt (qui a révélé par la même occasion ses sentiments à la jeune fille). Dans un accès de rage, de honte, et de tristesse, Jenna fait le souhait d'avoir trente ans, sans s'en rendre compte que la poudre de voeu vient de lui tomber dessus...
Jenna se réveille en 2004, dans le corps d'une femme de trente ans, dans un appartement géant, sans se souvenir des dix-sept ans passés, tout en ignorant totalement ce qui lui est arrivé, ce qu'elle fait actuellement, etc. Très rapidement, tout s'enchaîne et la vérité lui apparait clairement : elle travaille pour le magazine Poise (son rêve de gamine), sa meilleure amie, et collègue, n'est autre que Lucy « Tam Tam », Matt et elle ne se parlent plus depuis x années, et elle filtre même les appels de ses parents. Autre détail important : elle sort avec un joueur de baseball un peu pervers.

Pourquoi avoir honte d'apprécier 13 going on 30? Il n'y a pas de quoi avoir honte, on pourrait trouver pire, c'est sûr. Néanmoins, l'esthétique bubble gum, le sourire niais de Jennifer Gardner, l'histoire d'amour prévisible (bien qu'il y a encore une petite subtilité), ça n'aide pas vraiment, on vous l'accorde, c'est sûr.
C'est un film dont on connait déjà le refrain d'avance : elle va se rendre compte qu'elle est une grosse connasse, va tenter de changer, va tomber amoureuse de celui qui l'a aimée pendant de longues années (et lui, bien sûr, va rencontrer quelqu'un d'autre mais bien sûr retomber amoureux), sa vie sera un beau gros fake qu'il faudra remettre en état.

Par contre, il y a des tas de raisons de passer un bon moment et d'oublier ce qui nous a tracassé toute la journée : une BO sympathique très eighties (surtout Love is a Battlefield, pour une scène mémorable), des acteurs attachants (le sourire de Mark Ruffalo vaut toutes les promesses de vacances à l'autre bout du monde, même Andy Gollum Serkis a un rôle drôle), une intrigue pleine de rebondissements, de l'humour présent à tout moment. Le film est un vent de fraîcheur, une petite sucrerie un peu mièvre, mais qui, au moins, a le don de remettre un peu de baume rose et onctueuse au coeur.
Autre plus : Jennifer Gardner joue très bien l'ingénue, Judy Greer casse la baraque en vraie pouffe imbue de sa personne.

En gros, 13 going on 30, même si c'est une sorte de female remake de Big (avec Tom Hanks), est un film à sortir quand on déprime, quand rien ne va, et qu'on a besoin d'une bonne petite guimauve pour finir par se dire qu'il faut toujours faire attention à ce qu'on fait, comment on se comporte, parce qu'un jour, ça va se payer d'une façon ou d'une autre.



Réplique culte du film :
Jenna: Wait, listen to me. I'm 13! (Attends, écoute, j'ai treize ans!)
Lucy: Jenna, if you're gonna start lying about your age, I'd go with 27 (Jenna, si tu veux commencer à mentir sur ton âge, dis plutôt 27)

vendredi 26 mars 2010

dikkenek de Olivier Van Hoofstadt

Dikkenek ou sois belge et tais-toi.



Dans l'imagerie populaire méridionale, le belge est toujours un individu bourru, dont la panse regorge de bière, de fricadelles, de frites, et de sauce mayonnaise. Ses cheveux baignent dans la graisse, et son accent rustaud témoigne du peu de neurones qui peuplent son soi-disant cerveau.
Le belge, c'est un peu l'espèce de dégueulasse crasseux, gros (ou au ventre bedonnant), qui sourit jaune (si, si), et qui n'hésite jamais à crier partout comme un abruti en pensant délivrer la bonne parole intellectuelle.

Dikkenek, c'est une déclaration d'amour à la dégueulasserie belge. Claudy, aime les adolescentes nues, les animaux qui vont avec, la bière, Jean-Claude, le petit truand à la noix, parle plus haut que les hauts-parleurs du stade Roi Baudouin, et souvent pour dire des conneries. Les décors du film ont été étudiés pour illustrer la "beauté" de certains quartiers de Bruxelles. Histoire de rester dans le top du chic, à la fin du film, on va au Zoute, à la côte belge, pour un anniversaire mémorable.

Et même si une grosse partie du casting est d'origine française (Mélanie Laurent, Marion Cotillard, Dominique Pinon, Florence Foresti), les acteurs importants sont belges : François Damiens, Jean-Luc Couchard , Jérémie Renier. Le trio infernal ridicule qui vous donnera envie de vous taper violemment la main contre la tête en disant "putain, bien sûr, plus belge, tu meurs".
Parce que, comme l'introduction le disait si bien, c'est un film belge sur les belges pour les belges, même pour les français (et autres nationalités) pour qu'ils s'enlisent dans une vision figée dans la graisse du peuple belge.

Il n'y a pas d'histoire. Dikkenek, c'est une suite d'évènements, censés nous renseigner sur les personnages, qui, sont tous amenés à se rencontrer à un moment ou un autre, même si ça n'implique pas un échange de plus de trois mots, cinq phrases, deux bouées de sauvetage, une bière, Roger.
Claudy (François Damiens), dans une scène d'introduction mémorable, nous apprend qu'il gère les abattoirs d'Anderlecht, quand il n'est pas photographe amateur (voyeur), et qu'il ne se fait pas emmerder par sa mère qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Moby Dick, avec des cheveux. Stef (Dominique Pinon) est un paumé inintéressant qui colle toujours aux basques de JC. JC (Jean-Luc Couchard), il se prend pour l'autre JC, plus malin, plus roublard que les autres, il a une grande gueule sur laquelle on a furieusement envie de taper pour le faire taire. Et il baise les gamines esseulées. Natacha (Mélanie Laurent), elle fera comme sa tante, les doigts de pieds en éventail, à rien foutre, à se laisser manipuler par des gens contre lesquels une castration ne serait pas de trop. Nadine (Marion Cotillard), c'est une maîtresse d'école qui quitte son mari, qui abuse un peu trop des plantes spéciales qui lui font dire un tas de conneries. Greg (Jérémie Renier) est une sorte de "en veux tu, en voilà" qui pense être cool, in, mais qui en réalité, se fait bastonner tout au long du film. Laurence (Florence Foresti), flic, et lesbienne, est une excitée dans son boulot, toujours sympathique ceci dit. Enfin, Sylvie (Catherine Jacob), la tante de Natacha, a minimum trois balais coincés dans son rectum de petite bourgeoise satisfaite.
Et tout ce petit monde se retrouve pour des aventures sensationnelles, sous le soleil (et la pluie) de Belgique, entre deux frites, cinq joints, deux chopes, et un coït ininterrompu.

Dikkenek réussi son pari du film inintéressant, pas du tout drôle, aussi délicat qu'une réunion aux alcooliques anonymes, un samedi matin, à jeun, après la fête de la bière.
Quand Olivier Van Hoofstadt et Olivier Legrain ont écrit le film, ils devaient être sous ecstasy. Ou sous shnouf, tiens. Quoi qu'il en soit, le manque évident de scénario et l'envie de faire un long-métrage sur des bites, des couilles, de la vulgarité à deux balles, Mélanie Laurent en petite tenue, Marion Cotillard pétée, Dominique Pinon navrant de nonchalance, il fallait le faire. Des personnages creux, stéréotypés à mort, une intrigue inexistante (ajustée comme une série de petits gags sans rapport), de l'énervement en perspective.
Bref, si vous avez de la lessive à faire, mangez votre chat, ça vaut mieux que se taper vingt minutes de Dikkenek.

dimanche 31 janvier 2010

500 days of Summer



This is a story of boy meets girl, but you should know upfront, this is not a love story


L'avertissement est lancé : pas de blagues lourdes, pas d'histoire d'amour facile et gaga, on ne va pour faire le numéro du « et ils vécurent heureux pour toujours, avec trois marmots, un prêt hypothécaire et une furieuse envie de partir se dorer le chicon à Tahiti, quand les enfants seront à l'université ». 500 days of Summer est un film d'une nouveau genre, un film sur l'amour mais qui ne tombe pas dans les clichés actuels, ce qui, soyons réalistes, est aussi rarissime que de l'essence à 5 francs le litre.

Dès l'instant où Tom (Joseph Gordon-Levitt) a posé les yeux sur Summer (Zooey Deschanel), la nouvelle assistante de son patron, son petit coeur a arrêté de battre, a fait trois bonds dans sa poitrine, et sa respiration, a enfin repris, après une absence de quelques secondes : Tom a fondu devant les yeux bleus de Summer, sa taille parfaite, son petit look sixties rangé. Et Summer? Le spectateur n'en saura rien jusqu'à un échange langoureux de salive devant des photocopieuses, quelques temps plus tard, car, voyez-vous, la jeune fille est l'illustration de la femme parfaite pour Tom, qui est d'ailleurs sûr et certain qu'elle est « the one ».

Les bonnes choses ont une fin, et Tom se fait assez violemment larguer, devant une assiette de pancakes, en étant comparé au couple de Sid et Nancy, le genre de poisse culturelle qui arrive douloureusement. Malgré un état de délabrement psychologique certain, Tom veut récupérer Summer, et... Il est temps de s'arrêter ici, le résumé en dit déjà trop.

500 days of Summer a été traduit en 500 jours ensemble, choix peut-être logique, mais légèrement falsificateur du film : le couple ne reste pas 500 jours ensemble, les 500 jours, c'est la durée de l'envoûtement dont Tom est victime, passant de l'amour fou à la haine, et puis, tournez manège, retour en arrière niveau émotionnel.


I love her smile. I love her hair. I love her knees. I love how she licks her lips before she talks. I love her heart-shaped birthmark on her neck. I love it when she sleeps


Summer est à peu près la fille idéale : belle, avec un sens du look évident, une voix adorable, des goûts musicaux géniaux, un humour décapant. Néanmoins, toute médaille a son revers, et plus le film passe, plus des défauts font leur apparition : la peur de s'attacher, un caractère de cochon, des phases où elle devient étrange par son comportement, frôlant l'inexplicable et le bizarre.


I hate her crooked teeth. I hate her 1960s haircut. I hate her knobby knees. I hate her cockroach-shaped splotch on her neck. I hate the way she smacks her lips before she talks. I hate the way she sounds when she laughs


S'il faut retenir quelques éléments du film, autant déjà évoquer la musique (The Smiths, Feist, The Black Lips, The Temper Trap, Wolfmother et She & Him, le groupe de la mademoiselle Zooey Deschanel), et le choix de mélanger les jours, de ne pas présenter une linéarité, de revenir aux premiers jours, et de repasser aux derniers. Bien que le film, malgré ce désordre historique, suit une certaine chronologie (à partir de la rupture jusqu'au fameux 500ième jour) à laquelle on ne cesse d'insérer des flashback qui expliquent ce qui se passe en définitive, amenant souvent un regard neuf sur une scène passée.

500 days of Summer n'est pas spécialement un « feel good movie », car, après tout, Tom s'en prend quand même dans la tronche, on ne rigole pas toujours (ça rappelle sans doute les premières ruptures, les égratignures passées), sans tomber dans le drame larmoyant quand même. Cela dit, certaines scènes ont un quota d'humour fort élevé.

Les acteurs principaux sont mignons, le sourire de Joseph Gordon-Levitt vaut toutes les promesses d'une vie meilleure, le regard ambivalent de Zooey Deschanel tombe un peu comme un ensorcellement soudain, et il est compréhensible que Tom tombe amoureux de Summer.

Cependant, la réalisation de Marc Webb est un peu inégale : parfois, des plans à frémir (la main de Joseph qui essaye d'attraper celle de Summer, qui, par un geste presque violent, l'évite), et à d'autres moments, un manque de manières alors que le ton de la scène s'y prête.

Le film prend une tournure différente vers la fin, amenant une réflexion sur le Destin ou le Hasard dans les relations, les choix. Est-ce la chance qui fait que nous sommes ensemble parce que nous nous sommes rencontrés dans un bar, au même moment, ou le Destin, car, si j'avais été au cinéma à la place, nous ne nous serions jamais vus?

Le film s'engage dans une direction de réponse, certes blasante, mais ne nuisant aucunement à l'histoire en elle-même qui reste un petit bijou agréable, mettant un peu de baume au coeur.



vendredi 29 janvier 2010

Le premier jour du reste de ta vie









Comme a été résumé un peu partout le propos du film Le premier jour du reste de ta vie, il s’agit de cinq séquences, cinq instants-clefs, cinq courants d’air dans un ordre chronologique, cinq moments décisifs dans la vie de cinq individus, cinq personnes de la même famille : le père, Robert (joué par Jacques Gamblin), la mère, Marie-Jeanne (jouée par Zabou Breitman), le frère aîné, Albert (joué par Pio Marmai), le frère au milieu, Raphaël (joué par Marc-André Gondrin), la petite dernière, Fleur (jouée par Déborah François).

Néanmoins, ces cinq évènements particuliers, même s’ils sont présentés du point de vue d’un personnage en particulier, présentent l’évolution des autres : il y a une continuité entre ce qu’on a vu et qu’il nous reste à voir, chaque personnage mérite de l’attention dans chaque partie : ainsi, le spectateur n’est pas oublié lorsqu’une intrigue se complique, il a déjà pu l’envisager car on esquissait une possibilité avant. Certains éléments reviennent d’ailleurs, tout au long des cinq moments, que ce soit le fait que le père n’arrête jamais de fumer, qu’un des fils se sente mal aimé de son père (comme son père envers le grand-père), que l’autre fils par sa position du milieu, soit à la dérive, à la recherche de repères. Qu’on ne me fasse pas dire que le film est en tous points prévisible, ou stéréotypé, mais plutôt, qu’il dresse des portraits, des scènes auxquelles on peut s’identifier volontiers, car les protagonistes existent dans des circonstances connues, des moments de la vie qu’on taxe de « crise de l’adolescence » ou « crise de la quarantaine », « crise d’identité ».



Résumer l’histoire ne sert à rien, le charme serait rompu, et cela serait fort dommage. Cela dit, sans risquer de tomber dans la case « spoiler », on peut quand même indiquer quelques clins d’œil : le film s’ouvre sur l’année 1988 (avec le départ du fils aîné pour la vie sans parents qui écoute l’Aventurier d’Indochine), Fleur est « grunge » et fan de Nirvana à l’époque où les Come as you are étaient chantés par un blondinet aux jeans sales.
Le premier jour du reste de ta vie arrive avec brio à enchevêtrer tragique, comique, dramatique : dosé très justement, on ne passe pas instantanément du rire aux larmes, mais on alterne les émotions, justement, sans s’emballer, en laissant le spectateur s’immiscer légèrement dans l’univers, sans qu’il se sente non plus trop impliqué. Certains personnages sont plus drôles que d’autres, d’autres plus attachants : particulièrement le père, qui, finalement, ne dit pas grand-chose, reste (trop) souvent flegmatique mais qui, par son jeu décapant, semble ressentir un tas de choses sur lesquelles on ne peut mettre de nom. Le personnage de Raphaël, tel qu’il est exploité dans le film, est un beau phénomène d’une certaine complexité psychologique.
En revanche, le seul reproche concerne Albert, dans sa façon d’être qui n’arrive pas vraiment à amener une quelconque sympathie, ou même empathie.

Outre le bon casting qui est vraiment toujours à la hauteur, et les moments drôles (ou même ceux moins drôles), Le premier jour du reste de ta vie reste un bon moment en perspective, faisant parfois très pièce de théâtre (puisqu’on soigne cinq personnages à l’extrême, on les façonne tant qu’on peut, au mieux qu’on peut).
Quant à la teneur du scénario, on pourrait en parler encore longtemps : si l’identification marche tellement bien, c’est parce qu’il s’agit de conjonctures réalistes, non pas stéréotypées, mais véridiques : les premiers chagrins d’amour ne sont pas ridicules ou, à l’opposé, d’un dramatique presque suicidaire, les relations père-fils très compliquées sont présentées avec neutralité, ne cherchant pas à pointer du doigt un coupable, et les relations mère-fille, explosives, montrent que la maturité arrive toujours, après la puberté.

Après Ma vie en l’air, Rémi Bezançon signe une chronique sur le thème de la famille, orchestrée en cinq phases décisives, jonglant avec des idées de maturation, d’évolution, de confiance, d’amour et d’humour lorsque le dramatique ne s’en mêle pas.

Extrait

vendredi 15 janvier 2010

whatever works



Boris Yelnikoff, sexagénaire vivant à New-York, l'illustration même de la misanthropie, ne manque jamais de réflexions désopilantes sur la vie de tous les jours, la sociologie, la philosophie, les religions : tout inspire ses monologues seul ou avec ses amis, lui qui se considère comme quelqu'un de supérieurement intelligent, qui a raté le Nobel de Physique il y a quelques années.
Sa vie palpitante mérite néanmoins l'attention du spectateur (car Boris nous interpelle) : il a divorcé il y a quelques années, a essayé de se suicider en se jetant par la fenêtre, sans succès. De cet essai peu concluant, un séjour à l'hôpital a découlé, ainsi qu'une démarche fort peu séduisante : Boris boite comme Quasimodo. Il faut toucher le fond pour remonter : Boris fait un jour, par hasard, la rencontre (décisive) de Melodie, une jeune sdf de vingt-et-un ans qui respire la fraîcheur, l'innocence et la simplicité même, l'inverse total du vieil homme, qui, finit par la laisser s'installer chez lui, pour quelques temps.
Ce qui devait arriver, arrive : Boris se prend d'affection pour Melodie, bien malgré lui, et l'épouse. Un an après leur mariage, les rencontres surprenantes ne s'arrêtent décidément pas, puisque la mère de Melodie, Marietta, véritable grenouille de bénitier, fait son entrée dans leur vie.




Complètement à l'ouest, ce nouveau Woody Allen. On en vient presque à se demander si cet opus n'est pas une compilation très extrême des personnages les plus inattendus, saugrenus que ce bon vieux Woody nous sert en une heure trente.
Déjà, Boris, est un véritable phénomène à lui tout seul, pire hypocondriaque que la Terre ait porté, vieil emmerdeur blasé ne pensant qu'à travers un filtre noir, très négatif. Il donne des cours aux enfants pour leur apprendre à jouer aux échecs, et n'hésite jamais à les insulter, eux ou leurs parents, lorsqu'il juge qu'il perd son temps avec des abrutis, incapables de comprendre et d'assimiler des stratégies. Succulent Larry David, très drôle, dans un rôle pas si facile, qui manque souvent de tomber dans le n'importe quoi - ou même la caricature - et qui ne faiblit pas, en dernière analyse. Boris arrive même à être parfois émouvant, par ses mécanismes de défense psychique lorsque, dans des situations "normales" il devrait se sentir attaqué, ou en proie à des reproches.
Melodie est jouée par Rachel Evan Wood avec ce qu'il faut de délicatesse, de pureté. Une ingénue qui perçoit le monde avec enthousiasme, optimisme... Ce qui contraste parfaitement avec son époux, Boris, qu'elle n'arrête pas de copier, dans le sens où, à son contact, elle se met à déblatérer les diverses théories du vieil homme.
Marietta vient mettre un peu de piment dans le couple, en essayant de caser sa fille avec un jeune acteur, jugeant que le vieux cynique qui culbute sa fille ne peut être pour elle, non, elle vaut mieux. La mère de Melodie, en se confrontant à Boris et Melodie, et en essayant de changer ce qu'ils sont, va se changer elle-même.

Ce nouveau film ne parle pas du cynisme, mais bien du changement d'identité, de l'évolution mentale, même lorsqu'elle semble improbable. S'il parait inconcevable qu'une vieille coincée du cul puisse devenir une artiste libérée baisant avec deux hommes, il est encore plus malaisé de considérer qu'une jeune fille sans cervelle puisse parler de la théorie des cordes. Tout ceci est peut-être improbable, mais se passe : en changeant les autres, on se change soi-même. Le milieu influence autant la personne que la personne influence le milieu.
Mais qu'on se rassure, Boris garde son mordant jusqu'à la fin, sa verve délicieusement acide, sa représentation du Monde unique. Il est intéressant de constater ce que deviennent les autres personnages, dès qu'ils entrent en relation - bonne ou mauvaise - avec lui. Celui qui ne voulait pas aider, aide.



Des critiques disaient qu'avec Whatever Works, on sent clairement qu'Allen a vieilli, qu'il ne voit plus les choses du même oeil, qu'il y a un recul différent. Sans doute, ce qui transcende cependant, c'est le fait que Boris est une version d'Allen : vieil homme avec une plus jeune (!), vision très cynique du monde, a l'impression d'être dépassé, hypocondriaque (il parait qu'Allen, à une époque de sa vie, l'était assez gravement, se rendait souvent dans les hôpitaux, comme Boris). L'histoire de Boris, c'est celle de Woody, dirons-nous.
Cette transposition du réel à la fiction est d'autant plus drôle par la façon dont les choses sont orchestrées (Par certains aspects, Boris rappelle quelques compositions d'Allen, dans certains de ses films).

Une comédie appétissante, où les répliques fusent avec virtuosité, l'ambiance reste bon enfant, la musique jazz engendre une certaine bonne humeur.



dimanche 10 janvier 2010

Catch me if you can - Spielberg


Frank Abagnale Jr. est un jeune homme de seize ans comme il faut, début des années soixante, adulant son père, et adorant le couple formé par ses parents, qui s'étaient rencontrés en France, à la fin de la seconde guerre mondiale.
Sa vie, toutefois, change lorsque son père, suite à des soucis avec le fisc, est obligé de vendre sa belle voiture, sa belle maison et d'emmener sa famille vivre dans un appartement miteux.
Le drame touche son point le plus sensible lorsque Frank, est obligé de faire un choix entre ses deux parents, car, on lui dit qu'ils divorcent et qu'il doit apposer le nom du parent avec lequel il veut vivre sur un papier officiel. L'adolescent s'enfuit, déstabilisé par tant de changements, et de désillusions.
Très vite épuisé de se faire refuser des chèques, il commence à exceller dans la falsification de chèques et le changement d'identité (pilote, médecin, etc).
Carl Hanratty, un agent du FBI est sur ses traces très vite (quand on vole de grosses sommes d'argent, finalement, le FBI s'en mêle toujours), et le chassé-croisé entre les deux hommes promet d'être drôle, audacieux et culotté.

Un nouveau Spielberg à nouveau sur des faits réels, sur l'Histoire, car, comme le papa de E.T. aime le dire en interview : il raffole de l'Histoire, des histoires vraies et extraordinaires. Jetez un coup d'oeil à sa filmographie, Saving Private Ryan est peut-être une fiction mais le réalisme de sa caméra ne laisse pas indifférent, Munich, Schindler's List, on s'arrête ici, il y a encore beaucoup à citer.
Imaginer qu'un adolescent, à moins de vingt ans, avait réussi à voler environ quatre millions de dollars semble invraisemblable, mais néanmoins, c'est réel. Bien sûr, le film n'est pas entièrement fidèle à l'histoire vraie (l'arrestation finale, par exemple), mais peu importe, le portrait d'Abagnale proposé par le film vaut certainement le détour, rien que pour l'humour et la psychologie du personnage principal.



La période la plus difficile de la vie, celle où on risque de sombrer vite dans le grand n'importe quoi, est celle de l'adolescence. Le psychologue Erikson l'assimile même à la phase où l'identité même de l'adolescent est la plus fragile, soumise à un flux de variations terrifiant, et où le danger d'une identification à une personne peu appropriée est relativement probable.
D'emblée, Frank est perçu comme un jeune homme fort intelligent, sensible, mais en conflit avec lui-même. Après avoir changé d'école et de maison, il se fait passer pour un professeur remplaçant dans sa nouvelle école, sans doute poussé par la réflexion peu sympathique d'un autre élève, se moquant de l'uniforme dans lequel Frank était arrivé.
L'autre problème de Frank réside dans son identification à son père ; il veut devenir comme son père, la personne qu'il semble aimer le plus au monde. Tout au long de son aventure, il ressort les phrases de son père et applique ce que son père lui a dit, par le passé, le plus innocemment.
C'est aussi sans doute à cause de son père qu'il se met à faire de faux chèques et à voler : Frank Senior avait dit à son fils qu'il s'arrangerait pour reprendre tout ce que l'Etat lui avait volé. Chose faite : Frank Junior vole l'Etat pour amasser de l'argent et retourner vivre avec son père et sa mère, comme autrefois, comme avant que tout déconne.

Catch me if you can est un divertissement, avant tout, présentant un personnage relativement attachant par sa malice, mais triste dans sa solitude ; les mensonges, les identités pastichées, n'ont jamais aidé d'une quelconque façon à mener une vie tranquille et remplie de confiance.
Leonardo DiCaprio se débrouille bien, son visage semblant juvénile le rendant convaincant, Tom Hanks a un très bon second rôle, plus drôle qu'autre chose, et on peut citer vite Martin Sheen, Nathalie Baye, et Christopher Walken, en père modèle.
Note amusante : la musique signée John Williams dans l'intro du film

mardi 5 janvier 2010

Agathe Cléry

Agathe Cléry est le sixième film d'Etienne Chatiliez, sorti en 2008, avec Valérie Lemercier dans le rôle principal, celui d'une blanche raciste devenant noire.

Si Etienne Chatiliez a pu se faire un nom dans le cinéma français, c'est avant tout grâce aux thèmes acides de ses films, remettant en cause des phénomènes de société - voire la société elle-même - , se moquant ouvertement des moeurs de la population.
Son premier film, La vie est un long fleuve tranquille, laisse indubitablement une trace dans la mémoire populaire, la grossièreté des Groseille, le puritanisme "trois balai dans le cul" des Le Quesnoy, ça vaut tous les cours de sociologie du monde.
Pour finir d'évoquer la filmographie de Chatiliez, c'est avec son deuxième film qu'il atteint certainement davantage le public, celui-ci dépeignant une vieille garce emmerdeuse, Tatie Danielle, le pire monument de cruauté et de méchanceté du troisième âge.
Bref, Chatiliez est un homme de son temps, qui aime les histoires d'actualité, fondements sociologiques : la famille, les classes sociales, le troisième âge, les enfants qui habitent encore chez leurs parents même à 28 ans, et maintenant, le racisme, l'acceptation de la différence, dirons-nous pour résumer.

Agathe Cléry c'est une femme moderne, active, promise à de hautes fonctions, qui fait ce qu'elle veut comme elle l'entend. Summum du chic, elle travaille dans les cosmétiques.
Sa vie change quand elle se met soudainement à prendre des couleurs, non pas la faute aux UV qu'elle ne fréquente pas, mais à la maladie d'Addison. Bien sûr, Agathe va devenir noire, et le devenant, elle perd tout ce qui rendait sa vie heureuse, puisqu'elle perd son mec, son boulot (d'une façon déguisée, dirons-nous), sa dignité (elle méprise les noirs). Ce personnage passe du blanc au noir (et oui), et fatalement, s'enlise dans une nouvelle réalité, parce que quand on a pas le choix, on ne peut faire autrement.



Malgré un sujet en soi très intéressant, et un début prometteur, Agathe Cléry déçoit. Non pas parce que c'est une petite comédie musicale (dosée d'ailleurs avec brio, on ne noie pas dans les chansonnettes), mais tout simplement parce qu'on ne traite pas le thème d'une façon qui puisse faire tilt. C'est une demi-teinte. Il fallait soit être plus corrosif, plus acide (forcer le côté horrible de la vie d'Agathe lorsqu'elle est de l'autre côté du miroir), ou alors plus doux, plus dramatique. Et encore, le côté dramatique hyper intellectualisé ne laisserait pas une impression suffisante.
Ne faisons pas l'apologie du cynisme, du sarcasme, mais parfois, pour traiter des sujets finalement graves (bien sûr Agathe version charbonnée sera bien sûr à son tour victime de l'intolérance, sinon ce n'est pas drôle), il faut forcer l'humour avec finesse et ne pas se contenter de faire d'une matière promise à beaucoup une comédie romantique de bas étalage.
On peut donc reprocher à Agathe Cléry de laisser un sentiment aseptisé, digne d'un film commercial américain sous-traitant des sujets, qui, par leur nature, demandent qu'on soit un minimum dans les extrêmes.

Agathe Cléry est très loin de l'époque où Momo regardait sa mère nue avant d'aller vendre l'argenterie, où madame Billard, à la question "elle est gentille ma fille hein?" rétorquait en bouffant son éclair "oui, mais... qu'est-ce qu'elle est laide". Néanmoins, ce n'est pas parce qu'on reproche au film d'être trop "gentil" qu'il est nécessairement mauvais, au contraire, il peut se targuer d'avoir un bon casting, quelques bonnes scènes de franche rigolade.
Etienne Chatiliez, en vieillissant, s'est assagi, s'est essayé sans doute au politiquement correct, comme tant d'autres réalisateurs, scénaristes, qui, avec le temps, font passer des messages plus calmes, avec moins de forme, et plus de fond. Mais pour que le fond soit délectable, il faut une forme, c'est même scientifiquement prouvé : les hommes préfèrent les femmes qui ont des hanches larges, propices à une meilleure procréation.

Quelles sont les causes de ce choix? Pourquoi jouer la carte du correct lorsqu'on peut enfin dire ce que des tas de personnes pensent à voix basse? En 2007, une étude du Bureau International du Travail rendait compte que la discrimination était encore bien élevée, puisque quatre sur cinq employeurs préféraient prendre un employé blanc qu'un de couleur, alors que la France, comme d'autres pays occidentaux, se prend pour le bastion de la tolérance, des libertés individuelles.
Pour finir cet article concernant le film Agathe Cléry, le propos qui émane de ma réflexion tient en quelques mots : le cinéma ne doit ni montrer la réalité ni montrer ce que la réalité devrait être ou même un simple fantasme (mais plutôt tout ceci à la fois), il doit rester à la fois un divertissement(dans tous les sens du terme) et un regard sur le monde (puisqu'à chaque film, nous avons un regard sur le monde dans lequel nous vivons, nous avons vécu, nous pourrions vivre). Une sorte de miroir déformé de la réalité.
Agathe Cléry se voulait être un regard sur notre monde "tolérant, évolué", qui s'avère être une façade. Au final, ce qu'il en reste, c'est une esquisse bubble-gumesque d'une réalité privilégiant le scénario facile (je me moque des gens – je deviens comme eux on se moque de moi – j'évolue positivement, je redeviens blanche, je suis cool et gentille), et cela est fort dommage.