- (Ceci pue le réchauffé, j'ai déjà parlé de 500 Days of Summer, mais un nouveau visionnement m'a convaincu de réitérer mon admiration pour ce petit bijou du cinéma indépendant américain : Voici donc les 5 bonnes raisons de le voir)
- 1.
- La première bonne raison n'est pas Joseph Gordon-Levitt. Cela aurait été bougrement trop facile, comme si j'avais dit «la coupe sixties de Zooey Deschanel est au kitsch ce que ce vieux cochon décédé d'Henri VIII était à la tyrannie ». A la place, je préfère dire que la musique du film est la première raison de s'attarder sur le film. La plus belle chanson – enfin, une des plus belles chansons – des Smiths, à savoir, There's a light that never goes out, risque de rester dans votre tête pendant des heures, grâce à la scène hautement musicale de l'ascenseur. The Temper Trap figure aussi dans le soundtrack avec le magnifique morceau Sweet Disposition. Pour le reste, citons Regina Spektor et son Us très mégalo, She & Him reprennent Please, Please, Please let me get what I want des Smiths, et les Black Lips chantent Bad Kids. Du rock, de la tendresse musicale, ce qu'il faut de romantique, d'énergique, de drôle, de triste : à l'image de l'histoire d'amour entre Tom et Summer, un régal pour les papilles gustatives, Bonux, une question de bon sens.
- 2.
- La deuxième bonne raison n'est toujours pas Joseph Gordon-Levitt, faut pas déconner non plus, son "dat ass" ne peut pas jouer en sa faveur éternellement.
- 500 Days of Summer s'apprécie encore plus quand on a déjà vécu une rupture douloureuse dans sa vie. Mais si, ne fais pas l'innocent, c'est un peu comme quand Simone t'a plaqué, en prétextant qu'elle préférait Robert; tout le monde sait bien que tu as touché le fond de la bouteille de Chimay, au sens propre ce jour-là. Les ruptures font mal, surtout quand on a cru dur comme fer que l'histoire avait un hypothétique avenir, que les papillons butineraient pour toujours nos ventres transis, et nos estomac repus. Tom, le personnage masculin du film, vit plus ou moins la même chose. Comme il le dit si bien : I love how she makes me feel, like anything's possible, or like life is worth it (= J'adore comment je me sens grâce à elle, comme si tout était possible, comme si la vie en valait la peine). Cette phrase prouve bien à quel point la douleur est intense, une fois que l'histoire est finie. Mais ne vous en faites pas, 500 Days of Summer n'est pas un film pour dépressifs/de dépressifs, c'est une approche drôle et touchante d'une histoire d'amour dont il faut bien un jour se remettre, comme de la hausse du prix du pain en Belgique la semaine passée.
- 3.
- La troisième bonne raison, c'est le couple formé par Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel : ces deux-là vont parfaitement ensemble, ils sont le Ken et la Barbie des films indépendants, les symboles sexy indé de ce monde qui tourne si vite, qui change, mais qui reste un minimum romantique. Joseph Gordon-Levitt est d'une sensibilité telle qu'on lui tendrait bien un mouchoir quand il semble être sur le point de pleurer, et Zooey Deschanel montre une certaine vulnérabilité qu'on ne soupçonnait pas dans la première partie du film (puisqu'elle paraît quand même un peu salope). Quand les deux jeunes premiers occupent l'écran, on ne désire que les voir ensemble pour toujours, tant leur duo fonctionne avec brio (pour la rime). Ils rappellent un peu tous ces gens qu'on a connu de près ou de loin, qui nous effleurent parfois encore aujourd'hui : Tom est un peu le vieux pote du lycée qu'on retrouve avec les mêmes rêves de gosses qu'il y a dix ans, et Summer, elle est la voisine mystérieuse à qui on envie le style vestimentaire. Quand je vous disais que c'était le couple Barbie-Ken (mais sans la touche Toy Story 3 pour Ken).
-
4. - Certaines répliques du film valent le détour. Que ce soit dans un genre tordant, style :
- Tom: I liked this girl.. man I loved her. What did she do? She took a giant shit on my face. Literally. (J'aimais bien cette fille... oh putain, je l'aimais. Et qu'est-ce qu'elle a fait? Elle m'a chié sur la gueule. Littéralement)
- Alison: Literally? (Littéralement?)
- Tom: ...not literally. That's disgusting. Jesus, what's the matter with you? (Non, pas littéralement, c'est dégueulasse. Putain, c'est quoi ton problème?)
- Le film peut flirter avec le drôle, mais quelques fois, il fait presque dans le philosophique : il y a quelques réflexions cachées sous la couche principale, des petites questions sur l'amour, la vie à deux, le Hasard, les coïncidences, tout ça :
- Paul: Robin is better than the girl of my dreams. She's real. (Robin (sa copine) est bien mieux que la fille de mes rêves. Elle est réelle)
- En plus d'amuser, de faire rêver, le film pose quelques questions au spectateur, ce qui est un plus non-négligeable, comme une suédoise bien roulée qui habite en face et apprécie les soirées arrosées où elle enlève sa culotte aussi aisément que Maïté présente les produits gras à la télévision.
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- 5.
- 500 Days of Summer n'est pas prévisible, ne tombe pas dans les clichés habituels, ce qui signifie, que c'est potentiellement un film pour mecs (et ne dites pas que ce n'est pas bien, pour une fois que ça n'est pas du mielleux sentimental à deux francs). Malgré ce détail, il faut quand même bien avouer – comme dit au point deux – que ce film s'adresse à tous ceux qui ont connu un ou une Summer, une créature maléfique qui a arraché notre coeur avec la dynamique des fluides en nous balançant comme un vieux kleenex de tuberculeux en disant "ah non, en fait, je commande le(a) prochain(e) en catalogue en ligne, je préfère, je peux ré-expédier plus facilement, sans frais de retour".
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dimanche 14 novembre 2010
500 days of Summer : cinq bonnes raisons de voir le film
mardi 25 mai 2010
13 going on 30 - Films honteux
S'il faut parler des films dont on a honte, mais qu'on aime bien quand même, alors autant user l'encre du clavier sur 13 going on 30, traduit horriblement en Trente ans sinon rien pour les francophones. Le film est sorti en 2004, avec comme duo d'acteurs principaux Jennifer Gardner et Mark Ruffalo.
Il s'agit de l'histoire d'une adolescente qui se retrouve dix-sept ans plus tard, dans son corps d'adulte, avec comme cerise sur le gâteau la découverte des choix foireux qu'elle a fait tout au long des années.
En 1987, Jenna Rink, treize ans, une fille relativement ordinaire, aimerait faire partie des Six Chicks, la super bande à Lucy « Tam Tam », qu'elle pense être son amie, alors qu'elle n'est qu'une petite vipère vicieuse aimant profiter des autres. Jenna invite à l'occasion de son anniversaire les Six Chicks, une bande de mecs avec des vestons de sport, et son meilleur ami, Matt, qui est aussi son voisin. Les autres gamins se moquant de Matt et de Jenna, ils organisent une sorte de jeu qui tourne mal dans la mesure où Jenna est humiliée, tout comme Matt (qui a révélé par la même occasion ses sentiments à la jeune fille). Dans un accès de rage, de honte, et de tristesse, Jenna fait le souhait d'avoir trente ans, sans s'en rendre compte que la poudre de voeu vient de lui tomber dessus...
Jenna se réveille en 2004, dans le corps d'une femme de trente ans, dans un appartement géant, sans se souvenir des dix-sept ans passés, tout en ignorant totalement ce qui lui est arrivé, ce qu'elle fait actuellement, etc. Très rapidement, tout s'enchaîne et la vérité lui apparait clairement : elle travaille pour le magazine Poise (son rêve de gamine), sa meilleure amie, et collègue, n'est autre que Lucy « Tam Tam », Matt et elle ne se parlent plus depuis x années, et elle filtre même les appels de ses parents. Autre détail important : elle sort avec un joueur de baseball un peu pervers.
Pourquoi avoir honte d'apprécier 13 going on 30? Il n'y a pas de quoi avoir honte, on pourrait trouver pire, c'est sûr. Néanmoins, l'esthétique bubble gum, le sourire niais de Jennifer Gardner, l'histoire d'amour prévisible (bien qu'il y a encore une petite subtilité), ça n'aide pas vraiment, on vous l'accorde, c'est sûr.
C'est un film dont on connait déjà le refrain d'avance : elle va se rendre compte qu'elle est une grosse connasse, va tenter de changer, va tomber amoureuse de celui qui l'a aimée pendant de longues années (et lui, bien sûr, va rencontrer quelqu'un d'autre mais bien sûr retomber amoureux), sa vie sera un beau gros fake qu'il faudra remettre en état.
Par contre, il y a des tas de raisons de passer un bon moment et d'oublier ce qui nous a tracassé toute la journée : une BO sympathique très eighties (surtout Love is a Battlefield, pour une scène mémorable), des acteurs attachants (le sourire de Mark Ruffalo vaut toutes les promesses de vacances à l'autre bout du monde, même Andy Gollum Serkis a un rôle drôle), une intrigue pleine de rebondissements, de l'humour présent à tout moment. Le film est un vent de fraîcheur, une petite sucrerie un peu mièvre, mais qui, au moins, a le don de remettre un peu de baume rose et onctueuse au coeur.
Autre plus : Jennifer Gardner joue très bien l'ingénue, Judy Greer casse la baraque en vraie pouffe imbue de sa personne.
En gros, 13 going on 30, même si c'est une sorte de female remake de Big (avec Tom Hanks), est un film à sortir quand on déprime, quand rien ne va, et qu'on a besoin d'une bonne petite guimauve pour finir par se dire qu'il faut toujours faire attention à ce qu'on fait, comment on se comporte, parce qu'un jour, ça va se payer d'une façon ou d'une autre.
Réplique culte du film :
Jenna: Wait, listen to me. I'm 13! (Attends, écoute, j'ai treize ans!)
Lucy: Jenna, if you're gonna start lying about your age, I'd go with 27 (Jenna, si tu veux commencer à mentir sur ton âge, dis plutôt 27)
dimanche 31 janvier 2010
500 days of Summer
This is a story of boy meets girl, but you should know upfront, this is not a love story
L'avertissement est lancé : pas de blagues lourdes, pas d'histoire d'amour facile et gaga, on ne va pour faire le numéro du « et ils vécurent heureux pour toujours, avec trois marmots, un prêt hypothécaire et une furieuse envie de partir se dorer le chicon à Tahiti, quand les enfants seront à l'université ». 500 days of Summer est un film d'une nouveau genre, un film sur l'amour mais qui ne tombe pas dans les clichés actuels, ce qui, soyons réalistes, est aussi rarissime que de l'essence à 5 francs le litre.
Dès l'instant où Tom (Joseph Gordon-Levitt) a posé les yeux sur Summer (Zooey Deschanel), la nouvelle assistante de son patron, son petit coeur a arrêté de battre, a fait trois bonds dans sa poitrine, et sa respiration, a enfin repris, après une absence de quelques secondes : Tom a fondu devant les yeux bleus de Summer, sa taille parfaite, son petit look sixties rangé. Et Summer? Le spectateur n'en saura rien jusqu'à un échange langoureux de salive devant des photocopieuses, quelques temps plus tard, car, voyez-vous, la jeune fille est l'illustration de la femme parfaite pour Tom, qui est d'ailleurs sûr et certain qu'elle est « the one ».
Les bonnes choses ont une fin, et Tom se fait assez violemment larguer, devant une assiette de pancakes, en étant comparé au couple de Sid et Nancy, le genre de poisse culturelle qui arrive douloureusement. Malgré un état de délabrement psychologique certain, Tom veut récupérer Summer, et... Il est temps de s'arrêter ici, le résumé en dit déjà trop.
500 days of Summer a été traduit en 500 jours ensemble, choix peut-être logique, mais légèrement falsificateur du film : le couple ne reste pas 500 jours ensemble, les 500 jours, c'est la durée de l'envoûtement dont Tom est victime, passant de l'amour fou à la haine, et puis, tournez manège, retour en arrière niveau émotionnel.
I love her smile. I love her hair. I love her knees. I love how she licks her lips before she talks. I love her heart-shaped birthmark on her neck. I love it when she sleeps
Summer est à peu près la fille idéale : belle, avec un sens du look évident, une voix adorable, des goûts musicaux géniaux, un humour décapant. Néanmoins, toute médaille a son revers, et plus le film passe, plus des défauts font leur apparition : la peur de s'attacher, un caractère de cochon, des phases où elle devient étrange par son comportement, frôlant l'inexplicable et le bizarre.
I hate her crooked teeth. I hate her 1960s haircut. I hate her knobby knees. I hate her cockroach-shaped splotch on her neck. I hate the way she smacks her lips before she talks. I hate the way she sounds when she laughs
S'il faut retenir quelques éléments du film, autant déjà évoquer la musique (The Smiths, Feist, The Black Lips, The Temper Trap, Wolfmother et She & Him, le groupe de la mademoiselle Zooey Deschanel), et le choix de mélanger les jours, de ne pas présenter une linéarité, de revenir aux premiers jours, et de repasser aux derniers. Bien que le film, malgré ce désordre historique, suit une certaine chronologie (à partir de la rupture jusqu'au fameux 500ième jour) à laquelle on ne cesse d'insérer des flashback qui expliquent ce qui se passe en définitive, amenant souvent un regard neuf sur une scène passée.
500 days of Summer n'est pas spécialement un « feel good movie », car, après tout, Tom s'en prend quand même dans la tronche, on ne rigole pas toujours (ça rappelle sans doute les premières ruptures, les égratignures passées), sans tomber dans le drame larmoyant quand même. Cela dit, certaines scènes ont un quota d'humour fort élevé.
Les acteurs principaux sont mignons, le sourire de Joseph Gordon-Levitt vaut toutes les promesses d'une vie meilleure, le regard ambivalent de Zooey Deschanel tombe un peu comme un ensorcellement soudain, et il est compréhensible que Tom tombe amoureux de Summer.
Cependant, la réalisation de Marc Webb est un peu inégale : parfois, des plans à frémir (la main de Joseph qui essaye d'attraper celle de Summer, qui, par un geste presque violent, l'évite), et à d'autres moments, un manque de manières alors que le ton de la scène s'y prête.
Le film prend une tournure différente vers la fin, amenant une réflexion sur le Destin ou le Hasard dans les relations, les choix. Est-ce la chance qui fait que nous sommes ensemble parce que nous nous sommes rencontrés dans un bar, au même moment, ou le Destin, car, si j'avais été au cinéma à la place, nous ne nous serions jamais vus?
Le film s'engage dans une direction de réponse, certes blasante, mais ne nuisant aucunement à l'histoire en elle-même qui reste un petit bijou agréable, mettant un peu de baume au coeur.
vendredi 25 décembre 2009
The english patient
Quelques temps plus tard, une infirmière canadienne, Hana, demande à son supérieur l'autorisation de rester avec le patient anglais en Italie, les déplacements étant trop éprouvants pour cet homme dont les jours sont comptés. C'est dans un monastère que le patient anglais vit ses derniers jours, se remémorant par flashbacks ce que fut sa vie avant la guerre, lorsqu'il était le comte Almasy, un géographe hongrois travaillant avec des anglais, faisant des cartes du Sahara et tombant amoureux de Katharine, une femme mariée, membre de l'équipe d'explorateurs.
En 1996, le monde du cinéma était en émoi devant cette histoire adaptée d'un roman au titre éponyme de Michael Ondaatje ; entre les diverses récompenses (oscars, bafta, golden globes) et les critiques plus que bonnes, Anthony Minghella, le réalisateur, se retrouvait dans les feux des projecteurs après trois précédents films.
Le casting plus que bon du film conforte aussi cette idée de grandeur, de millésime exceptionnel ; Ralph Fiennes n'avait pas encore une carrière comme aujourd'hui, mais son rôle dans "le Patient Anglais" écrivit définitivement son nom parmi les plus grands.
Le film s'ouvre sur une magnifique image du désert, de l'avion qui survole les vagues de dunes, et sombre très vite dans l'horreur de la guerre, de la mort : Almasy a le visage brûlé, est défiguré aussi bien physiquement que moralement. Sa rencontre avec Hana est d'autant plus émouvante que la jeune infirmière souriante est criblée de maux : son fiancé, ses amis meurent, elle en vient même à dire que tous ceux qu'elle aime ont tendance à mourir. Si elle insiste tellement pour rester avec le patient anglais dans le monastère, c'est pour reconstruire son esprit, tandis que le patient anglais accole, morceaux par morceaux, ce qui fut sa vie un bref instant.
Ce sont deux personnages brisés qui vont apprendre, une nouvelle fois, à aimer, à croire en quelque chose : Hana rencontre Kip, le spécialiste en désamorçage de bombes, et Almasy, lui, retrouve l'espoir et l'amour dans ses souvenirs, qui viennent le hanter au compte-goutte.
L'histoire d'Almasy est importante dans la mesure où elle est présentée d'une façon objective. Comme dit plus haut, il tombe amoureux de Katharine Clifton et a une aventure avec elle. On ne présente aucun des personnages du trio Katharine Clifton – Geoffrey Clifton – Almasy d'une façon désobligeante : il n'y a pas de jugement sur l'adultère, sur la tension. Le couple d'amants se sent coupable, vraiment mal et même s'ils se désirent avec l'ardeur d'une passion sans limite, ce n'est pas de leur faute s'ils s'aiment. Ce n'est finalement de la faute de personne si on tombe amoureux ou si on n'aime plus.
Katharine et Almasy ne se sont pas choisis : ils ont tout fait pour éviter de sombrer dans la dépendance, le comte hongrois n'hésitant parfois pas à dire des choses horribles à la jolie anglaise pour la décourager de l'aimer, et cette dernière oscillant entre les "on peut" et les "on ne peut pas".
Autre grand thème : les nations. Sans vouloir tout raconter, le film se passant pendant une grande partie pendant la guerre, les identités, les nationalités vont jouer un rôle fatal pour les protagonistes.
La partie avant-guerre raconte comment un groupe d'explorateurs, de diverses nationalités, s'unissent ensemble pour découvrir des choses, tisser ensemble des réalités concrètes. Ces réalités n'auront plus lieu de vérité après la guerre, lorsque la haine des étrangers, des autres, reprendra le dessus. On ne peut pas être ami avec son ennemi, c'est quelque chose décrété par des personnes au-dessus des expériences individuelles, enfermées dans un moule absolutiste dément, démunies d'un quelconque sens pratique, ou d'une infime volonté d'amitié.
"Le Patient Anglais" est bien sûr un film triste, dur pour les personnages qui ne sont pas épargnés, en toutes circonstances. La profondeur de l'interprétation de Juliette Binoche (Hana) lui a valu de nombreuses récompenses, entre-autres l'oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, pour ce personnage "passerelle" entre deux mondes : celui qui était et celui qui est aujourd'hui.
Ralph Fiennes (Almasy) est poignant en solitaire écorché par l'amour interdit qu'il porte à une femme pour qui il pourrait tout faire, même se tuer.
Kristin Scott-Thomas (Katharine) est radieuse, à mi-chemin entre espièglerie et inquiétude.
Pour les seconds rôles, c'est avec beaucoup d'émotions qu'on les voit passer, certains amenant des vérités cruelles (Willem Dafoe), d'autres donnent envie au spectateur de les plaindre (Colin Firth).
Une histoire d'amour dans le désert, à une époque où tout est fait pour commencer à ségréguer les gens selon leurs origines, une histoire d'amitié en Italie, lorsque les fantômes du passé empêchent l'individu d'avancer.
vendredi 18 décembre 2009
Cold Mountain d'Anthony Minghella
Retour à Cold Mountain, Cold Mountain en anglais, est le cinquième film réalisé par Anthony Minghella, sorti en 2003, avec comme acteurs principaux Nicole Kidman, Jude Law, Renée Zellweger, racontant l'histoire d'un confédéré déserteur cherchant à revenir à sa bien-aimée.
Ada Monroe (Kidman), jeune femme de la bonne société, rejoint son père à Cold Mountain, petite ville de Caroline du Nord peu avant la Guerre de Sécession. Dès son arrivée, elle fait la connaissance du timide W.P Inman (Law) visiblement épris d'elle, et ne tarde d'ailleurs pas à tomber également sous le charme du jeune homme. Maintenant une relation très courtoise, leur histoire platonique est éreintée lorsqu'ils échangent enfin un baiser fougueux le jour où Inman part à la guerre, sous le drapeau des sudistes.
Les amoureux promettent de s'attendre.
Trois ans plus tard, Inman est toujours vivant, mais l'horreur de la guerre le ronge intérieurement. Le jeune homme finit par se faire blesser à la gorge, et est éloigné du champ de bataille. Un jour, une jeune femme lui lit une lettre d'Ada, qui lui annonce qu'elle est désespérée et qu'elle attend son retour. Inman décide de devenir un déserteur, et malgré les dangers que cela implique, de retourner à Cold Mountain, loin de cette folie humaine, près de celle qui fait battre son coeur.
Cold Mountain suit deux histoires : celle d'Inman, de son odyssée , et celle d'Ada, devant se débrouiller seule dans la ferme, son père étant mort. Heureusement pour la jeune femme, Ruby Thewes (Zellweger), vient la rejoindre et l'aider.
Cold Mountain raconte donc l'histoire d'amour à distance entre deux protagonistes, qui évoluent dans des milieux hostiles : les milices des villes où Inman passe, les rencontres malheureuses, la milice de Cold Mountain et leur folie meurtrière, l'hiver rude.
Tout au long du film, on se demande réellement si les personnages vont survivre aux désastres qui tombent sur eux, écrasant parfois tout espoir.
Parmi les rencontres marquantes d'Inman, il y a Veasey (joué par Philip Seymour Hoffman) le révérend obsédé par le sexe, et Sara (Nathalie Portman), la femme seule avec un jeune nourrisson malade qui prouve qu'elle a beau avoir un visage angélique d'une fragilité conséquente, elle sait se défendre. Toutes ces bribes de vies, ces personnages souffrant également de la guerre, dans des situations spéciales, rajoutent une dimension au film, lui donnant une humanité sans précédent.
Pourtant, la milice de Cold Mountain, par ses actes crapuleux, fait penser à tout sauf au terme « humanité ». Ils restent néanmoins des humains, avides de pouvoir, pensant avoir tous les droits (ce genre de personnage existe depuis toujours dans la vie de tous les jours).
Anthony Minghella aimait raconter de belles histoires d'amour, il l'avait prouvé avec Cold Moutain, et six ans plus tôt avec le magnifique « Le Patient Anglais ». Ses histoires racontaient comment des individus « normaux » se retrouvaient dans des situations « extraordinaires » et devaient s'extraire de problèmes relativement « mortels » (au sens propre).
C'est avec beaucoup de talent, une certaine poésie, que Minghella réalisa Cold Mountain, d'une façon certainement sobre, mais efficace. Félicitations à l'équipe technique (photographie, costumes, musique, décors), qui a rendu un travail digne d'un grand film.
Cold Moutain est un film long (mais pas lent), qui prend à la gorge, propulse le spectateur dans un état tantôt proche de l'effroi (les différents protagonistes nagent parfois dans la tragédie), tantôt semblable à un éclat de rire, la touche humour étant assurée par Zellweger.
mercredi 4 novembre 2009
La belle personne de Christophe Honoré
L'homme a toujours donné une importance aux histoires d'amour, que ce soit à travers des poèmes, des romans, des pièces de théâtre, la musique, et depuis un siècle, avec la photographie et le cinéma.L'amour est donc un sujet inépuisable, souvent plus délectable quand impossible ou entravé par de nombreux désastres, laissant des déchirures indélébiles apparaissant sur les visages des personnages principaux, victimes combattant en héros jusqu'au dernier souffle les affres sentimentaux.
Christophe Honoré, réalisateur/scénariste français présentait son film « La belle personne », histoire librement inspirée de « La princesse de Clèves », il y a un an, sur arte, et dans les salles obscures.Le sujet du film, comme on peut s'en douter étant donné la courte introduction ci-dessus, est donc, l'amour, les sentiments amoureux - interdits ou encouragés -, la fidélité, la passion (et tout ce qu'elle implique), la fin tragique aussi.
Junie, seize ans, suite au décès de sa mère, part vivre chez son cousin Matthias, et fréquente le même lycée que ce dernier, où elle rencontre Otto, un jeune homme avec qui elle entame une relation amoureuse quelques temps après son arrivée.Le professeur d'italien, Nemours, véritable arracheur de coeur, s'éprend de Junie, et se laisse consumer par une passion qu'il espère rendre réciproque...
Mettons directement les choses au clair : ce film avait pourtant de bonnes bases (au niveau de l'histoire) pour donner un résultat assez intéressant, mais, faute à un scénario des plus facile, à un jeu d'acteurs excessivement exécrable, à une réalisation se voulant différente mais étant des plus lentes, ennuyeuses à cause d'un rythme qu'on peut qualifier « d'aussi constipé que les histoires d'amours adolescentes pré-pubères », on ne peut être que déçu.
On peut reprocher à Christophe Honoré d'être incapable de défendre les bonnes idées qu'il a au début de l'écriture et qui transparaissent très superficiellement dans ses quelques films comme « Ma mère », « Les chansons d'amour », et maintenant, « La belle personne ». On peut également désapprouver son besoin presque vital de faire traîner en longueur ses films, comme si, faute d'un scénario épatant, il devait rallonger une quantité incroyable de scènes, qui, en deviennent des plus inutiles.(Malgré toutes les reproches figurant ici, j'avoue avoir quand même apprécié « Les chansons d'amour ». Mais pas au point d'en faire un film culte, ou à se repasser toutes les semaines.)
« La belle personne » perd une (trop) grande partie de sa crédibilité à cause du jeu lamentable des acteurs : même Louis Garrel est foncièrement minable (et je m'en veux d'écrire une chose pareille sur un acteur étant capable de beaucoup mieux) à marmonner ses mots, de façon incompréhensible, avec des intonations inappropriées, et souvent absurdes. Grégoire Leprince-Ringuet, s'étant illustré dans « Les chansons d'amour » hérite d'un rôle « cinquième roue du carosse » ne poussant pas le spectateur à une quelconque empathie, tandis que Léa Seydoux est plus talentueuse lorsqu'elle ne dit mot. En réalité, les acteurs sont plus potables lorsqu'ils jouent de leur corps, et non pas de mots, car, lorsque leurs bouches s'ouvrent, c'est uniquement pour mâchouiller des phrases, rendant leur discours confus : en gros, même en montant le son, on ne comprend pas grand-chose.
Ce qui est dommage, et j'insiste sur ce mot, tient dans le fait que les ingrédients de base du film étaient promis à quelque chose de bon, et qu'au final, la cuisson a raté, Honoré n'a pas vraiment bien tamisé sa farine, il restait trop de grumeaux dans la pâte, c'est triste mais c'est comme ça. L'esthétique, trop laiteuse, les tons trop saturés, la lenteur du film, les personnages superficiels et stéréotypés, tout ceci endort avec beaucoup de grâce, mais ne rend pas compte d'une histoire d'amour, sur la passion, l'attente, l'interdit, la peur de perdre l'autre, la douleur de ne pas être aimé comme on aime, et, c'est vraiment triste.