vendredi 10 septembre 2010

comment expliquer le succès de twilight?


Comment expliquer le succès de Twilight?

D'abord nous devons commencer par quelques statistiques.
Ainsi, nous débutons avec le public visé : de 11 à 17 ans ; 68% des données se trouvent comprises dans cet espace. Très peu de données aberrantes à gauche de la distribution (les moins de onze ans) mais beaucoup de données à droite, jusque 22 ans. Ensuite, quelques données aberrantes (=extrêmes). La moyenne d'âge tourne autour de 14-15 ans.

Passé ce passage très mathématique, nous pouvons conclure comme suit : il ne faut pas un cerveau pour regarder Twilight mais la probabilité de tomber sur une adolescente de 14 ans qui aime les films est très proche de 1 (p = 0.9). Et en probabilités, on considère qu'un évènement a une probabilité de 1 s'il est certain qu'il va se produire (exemple : qu'Edward va dire à Bella qu'il est puceau -> p = 1)

Qu'est-ce que ce passage nous apprend? Que le public visé est donc jeune dans sa tête, encore bien mielleux, malléable, et sans doute propice à croire aux contes de fées.
Les contes de fées moderne diffèrent bien sûr des anciens : avant, il fallait tomber sur le bon mec, perdre sa petite culotte hello kitty avec, lui faire trois gosses et espérer que vingt ans plus tard, il ne finisse pas par troncher une gamine de dix-neuf ans dans la voiture familiale pour sa crise de la quarantaine. Le conte de fées moderne, c'est relatif, d'abord à l'éternité (qui (n')a (pas) peur de Virginia Woolf ou de la mort?), ensuite à la fantaisie, il faut sortir de ce monde désenchanté, tout est KO à côté, tous les idéaux, les mots. C'est un peu ça. Manque plus que Woody Allen fasse des films à l'eau de rose et bam, ça va faire des chocs qui piquent.
L'histoire de vampires gentils et aimants bourrés de fric tombe au bon moment : la crise fait peur, les maladies aussi, et la prof d'anglais quand elle oblige les anglophones à lire Pride and Prejudice, c'est la merde, it is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife (comme quoi Jane Austen avait tout compris).
Twilight répond donc aux attentes des adolescentes actuelles : une rencontre surnaturelle, du fric, pas de vieillissement dégueulasse incluant seins pendants et peau du cou très "sharpei", un type qui ne va pas coucher le premier soir et larguer comme une vieille chaussette après, une volvo rapide, du fric, une belle-famille sympa, et des nanas à poil (ah non, je délire, dommage).

Ceci n'explique qu'une partie de l'histoire ; Twilight véhicule d'autres images; nous commencerons donc par le Moyen-Age, parce que l'Antiquité, à part un ou deux mythes qu'on connait tous par coeur, il n'y a rien à dire.
Au cours du Moyen-Age, il y a eu la Chanson de Geste (encore appréciée par les ricains, et exploitée dans leurs films de guerre d'ailleurs), et l'Amour Courtois.
La Chanson de Geste n'ayant pas vraiment de valeur ici – si ce n'est pour relater comment la grosse fight finale a lieu entre les vampires et les vampires – nous parlerons plutôt de l'Amour Courtois.
L'Amour Courtois, c'est l'art d'aimer, de faire la cour, tout en restant chaste et pur, en laissant l'amour se consumer dans l'esprit, mais jamais en appliquant ses désirs dans un lit. L'homme doit faire une série de choses pour la femme, lui prouver son amour, mériter l'amour de la femme, et se raser ses testicules hirsutes de chevalier. L'auteure de Twilight semble avoir compris cette définition de l'Amour Courtois puisqu'elle l'applique parfaitement dans ses romans, à travers deux personnages : Edward et Jacob (parce que mine de rien, le petit loup-garou est aussi un grand romantique). Ces deux "chevaliers" vont d'ailleurs s'affronter pour gagner le coeur de Bella, diminutif d'Isabella, comme Isabelle de Castille ou Isabelle Adjani, ou alors je dois m'emporter, pardon.

Bref, deux histoires d'amour croisées, un choix rudement difficile à faire (entre un fromage blanc et des muscles, que faut-il choisir) et des tergiversations gamines qui durent des heures, même des centaines de pages pour ceux qui ont lu les romans. Tout ça pour choisir à qui donner son hymen.
Parce que bien sûr, Bella est aussi vierge que Sandrine, ta voisine qui ressemble à un bouledogue anglais un soir de St-Patrick, qui n'a jamais pu se faire sauter par Stéphane, parce que Stéphane, il préfère les blondes, les brunes ne comptent pas pour des prunes. Deux explications s'offrent à nous : ou Stephenie Meyer voulait écrire un hommage à l'Amour Courtois en dix mille pages pour un baiser chaste, ou, encore mieux, Stephenie Meyer, dans sa condition, est une grosse coincée du cul qui n'a pu résister à l'envie d'écrire son histoire d'amour parfaite pour faire rêver ses copines qui ont eu des histoires sentimentales aussi loseuses que les siennes?
Même si les connaisseurs répliqueront que Bella veut se faire prendre l'oignon - et même les tomates - par son cher Edward, il n'en reste pas moins qu'il faut un temps considérable avant que l'action se déroule.

Cette vieille valeur ancestrale du mariage refait surface quand Edward demande à Bella de l'épouser, pour pouvoir copuler en toute légalité, et même plus si elle s'épile l'entre-cuisses.
Il n'y a qu'aux USA qu'on croit encore véritablement au "je reste vierge jusqu'au mariage et je prie avant chaque repas", ce qui donne une touche anachronique à ce récit de vampires végétariens, forcément qu'on me dira, après tout, ils vivent à travers plusieurs époques, et Bella, dans un premier temps est aussi enthousiasmée par cette idée de mariage que Jean-Pierre Coffe par un régime sans sucre et sans gluten.
Edward est né dans une époque qui n'est plus : regardez le grand-tonton Gaston, qui n'a plus qu'une dent, et qui parle encore avec nostalgie de l'époque où les femmes portaient des corsets,- non pas pour faire les putes- mais parce qu'elles n'avaient pas trente-six solutions. Quand la vieille mentalité rencontre la nouvelle, ça fait des étincelles.
Et plus encore quand on parle de mariage.
Stephenie Meyer, une mormone, qui écrit une saga sur l'amour courtois, la fidélité, le mariage, c'est un peu comme Sarkozy qui parle de nettoyer au Karcher son appartement : un discours certes plausible, mais qui, cache bien plus qu'une simple tranche de rigolade.
Bon, la thèse selon laquelle Meyer voulait écrire un guide d'éducation sentimentale/sexuelle est sans doute absurde. Mais peut-être pas tant que ça, en fait.
(On me spoile que Bella et Edward finissent par baiser, mais que cela se fait dans la douleur pour la demoiselle : une preuve de plus que, le sexe, selon Twilight, c'est mal)

Au-delà de ces considérations sur les vieilles valeurs remises au goût du jour pour des adolescents de plus en plus fragiles et à moitié cons, n'oublions pas le poids non-négligeable de l'attractivité de l'immortalité.
Vous voulez survivre? Alors trouvez un vampire, le seul inconvénient c'est que vous devez dire adieu à tout le monde, à vos amis. Sinon, ils seront jaloux et il faudra les transformer aussi ; le bordel en perspective est tellement grand, que finalement, tant pis pour la tante Simone, de toute façon, on ne bouffera plus ses tartes au citron.
Être immortel, c'est bien, on ne change plus, pas de rides, et surtout pas la dégradation physique et mentale que les grands-parents doivent affronter un jour ou l'autre. Un autre facteur de malaise dans la société, dans la vie, tient au fait de l'incertitude de l'existence : personne ne peut être sur de vivre jusqu'à 80 ans, il y a les maladies, les accidents et autres qui peuvent survenir à n'importe quel moment. La solution de devenir vampire quand on le veut, ou de pouvoir l'être dans un moment critique, se veut rassurante pour les gens : au moins, on ne souffrira pas plus longtemps, et on peut être sûr de vivre tout ce qu'il y a à vivre sur cette Terre, du cinéma bidon aux chanteuses excentriques. Sauf que le premier plaisir, celui du palais, de l'estomac, ne sera plus possible. Mais pour être beau/belle, on peut se priver de bouffer, ce n'est pas ce que font les anorexiques?!

Tout ceci n'explique que partiellement le succès de Twilight, il y a d'autres variables à prendre en compte, dont celle de Robert Pattinson, considéré comme le "plus beau mec de la Terre hihi" par les adolescentes qui n'ont jamais été des références en matière de goût. Ou même Taylor Lautner, qui a pris du muscle et du zizi, ce qui n'est pas pour déplaire à pas mal de jeunes donzelles.
Les niaiseries adolescentes ont toujours existé, que ce soit les yéyés des sixties, ou encore Premiers Baisers/Hélène et les Glaçons début des années nonante. Il semble donc que les adolescents aiment les bêtises, comme Justin Bieber, Hannah Montana, Twilight, qui représentent bien leur univers bourré d'hormones et d'illusions puériles. Sans doute un autre moyen de s'évader du monde qui est trop dur pour eux.

jeudi 9 septembre 2010

le chevalier du cinéma

Tout le monde (ou presque) a déjà lu sur internet les différents types de chevaliers en fonction du genre de musique (principalement, metal). Et s'il en existait aussi pour le cinéma?
(Pour les styles de musique et de metal, il suffit de chercher dans google avec les mots-clefs suivants : chevalier princesse dragon metal)

L'histoire est toujours simple : Un chevalier doit arriver au château, tuer le dragon, et, délivrer la princesse (voire l'épouser, ça dépend des cultes).

Le chevalier à la Tarantino : le chevalier arrive en Dodge Charger (modèle 1970 R/T Magnum 440), parle au dragon du fait qu'ils mangent de la mayonnaise avec leurs frites en Europe, tout en écoutant les Stealers Wheel et leur chanson « Stuck in the Middle with you ». C'est grâce à un superbe katana venant d'Okinawa, merci Hattori Hanzo, que le chevalier, dans sa combinaison jaune moutarde extermine le dragon. Alors qu'il arrive en haut du donjon, la princesse l'envoie se faire foutre, elle est hôtesse de l'air et s'appelle Jackie. Le chevalier, emmerdé par cette pouffiasse, l'insulte longuement, et finit par lui faire un scalp. Connasse.

Le chevalier à la Romero : le chevalier arrive, par un moyen quelconque au château, où il découvre que le dragon est entrain de se faire dévorer par une horde de zombies. Cédant à la panique, il se barricade dans le château, avant d'aller voir si la princesse se porte bien. Il trouve la princesse devenue zombie, arrive à la re-tuer (ben oui, elle est déjà morte une fois si elle est zombie), après s'être fait mordre. Le chevalier se transforme en zombie, seul dans le donjon.

Le chevalier à la Lynch : Le chevalier se pointe en tracteur-tondeuse au château. Après avoir sombré dans un souvenir à moitié schizophrénique (mettant en scène l'assassinat de sa femme, une dénommée Renée), un nain parlant bizarrement s'approche de lui et lui murmure qu'il a besoin de café et de tarte à la cerise. Dérouté par cette nouvelle, le chevalier s'avance timidement vers le dragon endormi, en regardant nerveusement de part et d'autre de la créature : des oreilles coupées fleurissent sur le sol. A l'instant même où il se sent prêt à tuer le dragon, une bande de Fremen débarquent et font le boulot à sa place. Heureux, le chevalier monte pour délivrer la princesse qui s'avère être une blonde ténébreuse accro à la coke, appelée Betty. Après un échange de paroles relativement bref, le chevalier et la princesse se mettent à baiser en écoutant Rammstein.
Ils se retrouvent de façon inexpliquée dans la Black Lodge avec Nicolas Cage.

Le chevalier à la Woody Allen : le chevalier, un intellectuel coincé, d'à peu près soixante-cinq ans, arrive en râlant devant le dragon. Embêté de perdre son temps dans une futilité pareille, il explique à la créature que le jazz, New-York, et le théâtre, ça vaut mieux qu'un combat épique. Finalement, le dragon s'éprend du chevalier et la princesse, heureuse, peut s'enfuir épouser un voleur de tableaux.

Le chevalier à la Star Wars : le chevalier arrive au château à bord du Millennium Falcon, avec son ami Chewbacca. Il sort son sabre laser pour tuer le dragon, quand, tout d'un coup, la princesse arrive avec son armée de rebelles. Ils finissent par tuer le dragon tous ensemble, et partent tous vers une galaxie très très très lointaine.

Le chevalier à la Indiana Jones : le chevalier arrive sur un moyen de locomotion emprunté à Sallah. Il décode très vite les mystères qui peuplent le château et peut ainsi réussir à comprendre que pour tuer le dragon, il faut l'arche d'alliance. Quand il revient avec la précieuse arche, il tombe sur les nazis qui lui en font voir de toutes les couleurs. Une fois qu'il s'est débarrassé des nazis, des soviétiques, et de ce foutu dragon, il peut enfin aller dans le donjon, où il tombe sur son père qui n'arrête pas de l'appeler Junior et de lui dire que la princesse – qui n'est autre que Marion Ravenwood - s'est enfuie, lassée de devoir l'attendre.

Le chevalier à la Batman (Burton) : le chevalier arrive dans sa batmobile, escalade les murs du château sans se faire voir par le dragon, et pénètre dans le donjon. Il perçoit une ombre proche du lit... Il s'agit de la princesse catwoman qui lui envoie la dérouillée de sa vie avant de l'embrasser langoureusement. Tous deux se débarrassent du dragon avant de recommencer leur relation amour-haine.

Le chevalier à la Batman (Nolan) : le chevalier arrive dans son char d'assaut, descend le dragon avec une arme développée par Lucius, et sauve la princesse qui se révèle être Rachel, son amie d'enfance dont il est éperdument amoureux, mais, elle, elle préfère Aaron Eckhart.

Le chevalier à la Frères Coen : Le chevalier arrive avec un bébé qu'il a kidnappé, histoire de le donner à bouffer au dragon. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'Anton Chigurh, le mal personnifié, le suit de près. Le chevalier, assiste impuissant et caché, au meurtre du dragon par Chigurh, à l'aide d'un pistolet à projectile captif. Malgré une envie pressante de jouer au bowling, le chevalier se retient et fonce pour délivrer la princesse. Celle-ci lui confie qu'Ulysse Everett McGill a déjà essayé de la sauver une fois, mais qu'elle préfère aller voir des conventions sur le divorce à Las Vegas. Lassé de cette emmerdeuse ressemblant à Catherine Zeta-Jones, le chevalier décide d'aller consulter quelques rabbins.

Le chevalier à la sauce « films d'actions » : le chevalier, en gros dur, est arrivé au château avec un bazooka, quelques AK-47 et une bonne dose d'humour. Après quelques pirouettes et l'utilisation de son arme la plus puissante, il défonce le cul de ce putain de dragon, démolit partiellement le château, et arrive enfin près de la princesse. Celle-ci est une bonnasse de type 175 centimètres, 55 kilogrammes, 85 C. Cédant à ses hormones, le chevalier l'attrape et la met sur son épaule pour la ramener chez ses parents, en espérant que sur le chemin, elle acceptera de lui faire une bonne petite pipe, et plus si elle n'a pas ses règles.

Le chevalier à la sauce « comédie romantique » : le chevalier, sur le point de se marier, est dépêché par le roi pour sauver sa fille du terrible dragon. Quelque peu embêté, le chevalier va néanmoins sur place, histoire de briller. Il tue le dragon par hasard, sans le faire exprès, et tombe amoureux de la princesse. La princesse et le chevalier passent une semaine merveilleuse avant de rentrer au royaume, où, après une dispute violente (le chevalier avait caché à la princesse qu'il avait déjà une gonzesse), ils se séparent. Le jour du mariage du chevalier, la princesse se pointe et balance au chevalier qu'elle n'est peut-être pas aussi bien que celle qu'il va épouser, mais qu'elle suce vraiment bien, promis juré, non pas craché, ce n'est pas son genre. Le chevalier se rend compte à ce moment-là qu'il doit épouser la princesse, largue sa future femme devant l'autel et épouse en grandes pompes la princesse.

Le chevalier à la sauce « films indépendants dramatiques » : le chevalier qui vient de perdre son emploi, sa femme, et sa dignité vient sauver la princesse qui est une lesbienne qui ne s'assume pas. Tous deux partent dans un voyage initiatique à travers le désert, qui va révéler qu'en fait, il en faut peu pour être heureux, je voudrais marcher comme vous, ouh ouh. Le dragon les rejoint également, lassé de son comportement de carnivore sadique.
Finalement, ils montent une société de pompes funèbres.

Le chevalier à la sauce « film d'auteur » : Plan sur la princesse de trente minutes : on peut la voir s'épiler, soupirer, écrire dans un cahier, aller pisser. Plan de dix minutes sur le visage du chevalier lorsqu'il arrive au château. Plan de vingt minutes sur le chevalier qui doit se décider à tuer le dragon. Plan de trente minutes sur la princesse qui guette, du haut du donjon, le chevalier. Puis, plus rien, plus d'argent, plus de plan, et pas de pierres, pas de palais.

lundi 6 septembre 2010

Shortcuts 1

J'inaugure la catégorie "shortcuts" des mini reviews qui vont droit au but, et qui mettent des cotes sur 5, soyons fous, Simone.


Nine ( 3/5) :


Guido Contini, célèbre réalisateur italien, n'arrive pas à écrire son nouveau film, appelé sobrement Italia, tant attendu par la presse et par le peuple. Son inspiration est bloquée par l'apparition fantasmagorique de sa défunte mère, sa relation conflictuelle avec son épouse Luisa, les sens en effervescence de sa maîtresse, et les souvenirs, les fantasmes qu'il traîne derrière lui, inlassablement. Guido ne vit plus que dans des fantasmes, que chacune des femmes campe.

Rob Marshall, il y a quelques années d'ici, avait enchanté la terre entière avec la comédie musicale Chicago. En 2008, il avoue préparer Nine, l'adaptation en comédie musicale de Huit et Demi de Fellini. Il dit d'ailleurs que son film sera un hommage au cinéma italien.
Promesse tenue : Nine est un hommage à proprement parler, c'est un film sur le cinéma italien, avec une légère touche américaine décelable. Daniel Day-Lewis est Guido Contini, ne fait plus qu'un avec le personnage, et embarque le spectateur dans une épopée émotionnelle, une fable psychologique sur un réalisateur qui en veut toujours plus. Le seul bémol? Les chansons. Alors que les chansons dans Chicago se retenaient facilement, collaient parfaitement, les chansons de Nine laissent un arrière-goût amer : on arrive pas à rentrer dedans, à l'exception de la chanson "Be Italian". Les actrices sont parfaites, Nicole Kidman taquine, Penélope Cruz est le sexe même, Marion Cotillard joue la lassitude, et Judi Dench brille de sagesse.
Il y avait de l'idée, une bonne réalisation, mais le problème réside vraiment dans les chansons.



Kick-Ass (4/5) :



Dave Lizewsk est une sorte de paumé qui, suite à une inspiration presque divine (grâce aux geeks qu'il fréquente on pourrait dire), prend la décision de devenir un super héros, même s'il n'a aucun pouvoir. Il devient Kick-Ass, qui, par chance, réussit à gagner un combat dans la rue, ce qui le propulse comme super héros star de New-York city, même mieux que Carrie Bradshaw et ses copines réunies. Tout se corse pour Dave quand à cause d'un gros quiproquo burlesque, un gros pseudo-mafioso se retrouve à ses trousses. C'est sans compter sur l'aide de Big Daddy, un ancien flic et Hit Girl, une gamine de onze ans qui pourrait casser la gueule à Mike Tyson en claquant des doigts pour ainsi dire.

Si vous vous attendez à un film de vrais supers héros, passez votre chemin, il ne s'agit que de gens "réels" qui veulent juste filer quelques coups de pied au cul des méchants trous de culs qui peuplent NY. Le film est très second degré, et dès lors, il faut prévenir les uns et les autres qu'il s'adresse à un public averti et perméable à l'absurde, et aux références "comics".
Plus du film : Mark Strong joue encore un gros dégueulasse méchant, on va finir par croire qu'il l'est dans la vie réelle tant il est convaincant.

heavenly creatures peter jackson


Si Peter Jackson a un jour décidé de s'atteler à l'écriture et la réalisation d' un film sur Juliet Hulme et Pauline Parker, c'est uniquement parce que son épouse, Fran Walsh, lui avait suggéré de faire un film sur le fait divers qui avait rendu ces deux noms « célèbres » en Nouvelle-Zélande. En 1954, Juliet Hulme et Pauline Parker, deux adolescentes de seize ans, sont coupables d'un meurtre horrible. L'affaire ébranle la Nouvelle-Zélande : comment deux adolescentes ont pu commettre un tel acte irréparable et, surtout, cruel?
Pour reconstituer cette histoire macabre, Jackson et Walsh s'inspirent principalement du journal de Pauline Parker, qui relate les pensées intimes de la jeune fille et l'odyssée de son amitié avec Juliet Hulme. En plus de cette source importante d'informations, le duo de scénaristes interviewe des anciens camarades de classe des deux jeunes filles, des policiers, des voisins, toute personne susceptible de détenir un élément explicatif de l'affaire.

Lors du tournage, Jackson filme – bien entendu – en Nouvelle-Zélande, mais surtout, aux véritables lieux de la tragédie : la scène du meurtre a été tournée à l'endroit même où, presque quarante ans plus tôt, Juliet et Pauline ont accompli quelque chose d'irrémédiable.

Pauline Paker (Melanie Lynskey), une jeune fille effacée, fait la connaissance de Juliet Hulme (Kate Winslet), une anglaise fantasque, venue s'installer avec ses parents en Nouvelle-Zélande quelques mois plus tôt. Les deux adolescentes, attirées l'une par l'autre, tissent un lien extrêmement puissant et maintenu par leurs imaginations fertiles qui brodent en permanence un univers fantasmagorique où les deux jeunes filles s'évadent progressivement et de façon irréversible, de la réalité.
Ce qui est au début innocent devient de plus en plus fou, pour devenir malsain et morbide.


Juliet Hulme et Pauline Parker proviennent de deux environnements distincts : l'une est née dans une famille aisée, où la distance parent-enfant est de mise, alors que l'autre souffre d'une impression d'étouffement dans son entourage, constitué de ses parents et de personnes qui cohabitent avec sa famille. Leur rencontre, sur les bancs de l'école, prend son essor lorsqu'elles comprennent qu'elles partagent les mêmes envies, les mêmes peurs, les mêmes délires. Juliet est douée pour l'écriture (d'ailleurs, elle est connue aujourd'hui sous le nom d'Anne Perry et a déjà été publiée à maintes reprises), pour le modelage de figures en pâte à modeler, et Pauline, elle, brille par son imagination débordante.
Le problème des deux jeunes filles est assez simple : elles se détachent de la réalité, refusent de vivre hors de leur fantasmes.


La psychose est définie dans un premier temps, par E. Feuchterleben comme « l'ensemble des troubles mentaux graves qui affectent le sens de la réalité et dont le caractère morbide n'est pas reconnu par le malade ». Peu après les développements de la psychanalyse, on définit la psychose par opposition à la névrose, comme « mode d'organisation de l'activité mentale caractérisé par un déni de la réalité, un repli narcissique de la libido (...), des mécanismes spécifiques de défense contre les conflits intrapsychiques qui en dépendent (projection, clivage)... ».
La projection, est un mécanisme de défense psychologique, mis inconsciemment en action par une personne, comme suit : la personne projette ses sentiments, des choses qu'elle considère comme inconcevable sur quelqu'un d'autre.
Le clivage, est une séparation en deux de la personnalité du psychotique : il y a une partie qui considère la réalité, et l'autre qui l'ignore (puisque sujette aux délires hallucinatoires) ; ces deux parties ne « communiquent » pas entre elles, ce qui signifie que les deux personnalités du sujet peuvent s'exprimer dans une conversation, en abordant un thème quelconque.

Dans le cas de Juliet Hulme et de Pauline Parker, il est certain qu'il s'agit d'une psychose. Leur détachement de la réalité, est tel qu'elles en oublient les conventions, les normes sociales, les obligations. Le principe de plaisir triomphe, écrasant le principe de réalité dans le psychisme de ces demoiselles.
La projection est présente, et souvent, sur les parents. Mais également sur le monde de Borovnia, que les jeunes filles imaginent avec tellement de foi qu'il devient pour ainsi dire la seule réalité qu'elles connaissent. Le clivage est un mécanisme que Juliet apprivoise notamment par son père (qui n'assume pas la relation bizarroïde de sa fille avec Pauline).

Heavenly Creatures aborde également d'autres sujets, comme l'homosexualité ; le père de Juliet est persuadé, en les observant, que Pauline est homosexuelle et amoureuse de sa fille. Les parents de Pauline vont même consulter un médecin qui leur dit que leur fille est homosexuelle. A l'époque, l'homosexualité était reconnue comme une maladie en Nouvelle-Zélande. Certains gestes que les filles ont entre elles sonnent comme des manifestations d'une homosexualité latente (prendre des bains ensemble, etc), mais malgré cela, Pauline a des relations sexuelles avec un homme (bien qu'elle passe le temps du coït à fantasmer sur Borovnia et Juliet). Il y a plus de moments de complicité, et de relation platonique que de passage à l'acte à proprement parler. Jackson et Walsh n'ont que faiblement évoqué ce sujet, sans doute à cause de la portée qu'il pourrait avoir (le film est sorti en 1994, et même si l'homosexualité n'était plus considérée comme une maladie à ce moment-là, il fallait toujours prendre avec des pincettes un sujet pareil).

C'est dans ce film que Kate Winslet épouse son premier vrai rôle, comme Melanie Lynskey. Les deux jeunes femmes brillent dans leurs interprétations : Kate Winslet agit avec folie, représente le pôle extraverti du duo tandis que Melanie Lynskey est le calme, l'introversion. Les deux actrices vont bien ensemble, leur couple est relativement plausible. La première scène du film représente bien ce qui va se dérouler sous les yeux des spectateurs : Juliet court, en tête, et Pauline la suit, dans les bois. Toutes deux sont couvertes de sang, et semblent déboussolées, leurs esprits sont en désordre total. Elles hurlent, soit par nervosité, soit parce que le clivage fonctionne et qu'elles se rendent compte de ce qui vient de se passer. C'est le chaos le plus total.
Juliet est toujours en tête, c'est elle qui mène Pauline, parfois consciemment, parfois inconsciemment. Pauline boit les paroles, les actes de Juliet avec la ferveur d'une croyante. Pauline est sans doute amoureuse de Juliet. Mais Juliet, elle n'est amoureuse que d'elle-même, que de sa fausse réalité, même si elle tient énormément à Pauline. Kate Winslet interprète magnifiquement ce contraste d'amour/attachement, se rendant fondamentalement nécessaire à Melanie Lynskey.


En une heure quarante, Jackson plonge le spectateur dans une histoire sordide, en se basant principalement sur l'établissement, et le développement de l'amitié entre les deux adolescentes jusqu'à la catastrophe finale. La relation entre les deux jeunes femmes glace d'effroi même les plus téméraires : il est étonnant de voir jusqu'où leur maladie mentale peut aller, repoussant les limites du malsain. Heavenly Creatures a eu son petit succès au box-office, et dans les critiques : que ce soit aux Academy Awards, ou au festival du film de Venise, tout le monde a vu le potentiel du film de Peter Jackson, qui s'appuie sur une réalisation certes banale, mais menée avec brio. Le studio Weta (qui était tout frais à l'époque), s'est même chargé des effets spéciaux du film, qui, apparaissent dans le monde imaginaire des jeunes filles.

Le film de Peter Jackson ne se regarde pas facilement. Le sujet peut sembler inoffensif au premier abord, mais il n'est pas si simple que ça : la psychose devient de plus forte, et les distorsions cognitives des deux adolescentes ne peuvent laisser de marbre, surtout que ces distorsions mènent au meurtre. C'est un film difficile, au sens propre comme au figuré, un film qui se regarde avec des questionnements, qui ne peut se savourer qu'une fois vu en entier, par la réflexion qu'il procure.

Anecdote : un épisode des Simpsons rend hommage au film : Lisa the Drama Queen, l'épisode neuf de la saison vingt.



samedi 7 août 2010

king kong



La légende veut que quelque part, en Nouvelle-Zélande, le petit Peter Jackson, âgé de neuf ans a vu un jour King Kong – la version de 1933 – et que cette vision a bouleversé la vie de cet enfant, lui faisant prendre conscience que son avenir était dans la réalisation de films. Avec les moyens de bord – c'est-à-dire ses jouets et une caméra familiale – il réalise même sa propre version de la scène où le gigantesque gorille est sur l'Empire State Building, à New-York.
La carrière de Peter Jackson prend son essor, quelques années plus tard, d'abord dans un registre horrifique (style très apprécié par le réalisateur) avec une touche de fantastique. Il se plonge dans des films très oniriques (Créatures Célestes), avec un goût toujours très prononcé pour le macabre.
Néanmoins, l'apogée de son succès est atteint en 2001, lors de la sortie du premier volet de sa trilogie de Lord of the Rings, l'adaptation des romans de Tolkien, une saga d'heroic fantasy.
En 2003, fort du succès de Return of the King, Jackson a enfin l'opportunité de réaliser sa version de King Kong, fidèle à celle de 1933, avec juste comme différence des techniques évoluées pour rendre plus réaliste le film. Autre dissimilitude : le film de 1933 ne fait qu'une heure trente, alors que la version de Jackson dure trois heures.
C'est dans un projet colossal que se lance à corps perdu Jackson, avec ses acolytes Frances Walsh et Philippa Boyens pour l'écriture du scénario, mais également pour les décors (tout a été tourné en Nouvelle-Zélande, comme pour Lord of the Rings), les personnes présentes sur le plateau (pas loin de deux mille figurants), le tournage en lui-même (plus de quatre mois de tournage).

En 2005, après plus de deux ans de production, tournage, et post-production, le gorille géant envahit les écrans. Les critiques sont plutôt unanimes : il s'agit d'un "bon film", même s'il est moins bien coté que The Return of the King, le Jackson précédent, la conclusion de la trilogie de Lord of the Rings.
King Kong est donc le remake très fidèle de King Kong de 1933 : Jackson a respecté le déroulement de l'intrigue, la lenteur caractéristique des vieux films. King Kong a donc toutes les attributs d'un vieux film (lenteur, actrice principale qui ressemble à une sorte de poupée, sentiments timorés entre protagonistes) sauf qu'il est tourné avec les moyens actuels, et que forcément, il est extrêmement visuel, très beau (antithèse parfaite de l'ancienne version qui est très kitsch à cause de toutes les invraisemblances, comme par exemple, la taille changeante de King Kong).
La reconstitution du New-York des années trente est magnifique, la direction artistique du film a fait un gros boulot qu'on ne peut qu'acclamer. Concernant Skull Island, tout a été tourné en Nouvelle-Zélande, constitué sur place, comme Jackson l'avait fait pour la trilogie de Lord of the Rings.
King Kong bénéficie également d'un excellent casting, mené avec beaucoup de sensibilité par la charmante Naomi Watts, une poupée de cire poignante. Jack Black s'illustre particulièrement, son rôle étant aussi insensible et égocentrique qu'il est possible d'imaginer, tandis qu'Adrien Brody endosse la veste du sauveur de service, du type bien (ce qui contraste parfaitement avec le rôle de Jack Black).
Apparitions remarquées de Jamie Bell (Billy Elliot), Colin Hanks, Thomas Kretschmann.
Andy Serkis tient le rôle d'un matelot en même temps qu'il fait King Kong (selon les mêmes procédés que ceux de Lord of the Rings, quand il interprétait Gollum).



Ann Darrow (Naomi Watts), jeune comédienne, se voit évincée avec sa troupe de la salle où ils donnaient leur spectacle, sans même avoir été payés. Sans le sou, affamée, Ann erre dans New-York et se fait sauver la mise par Carl Denham (Jack Black) un gentilhomme en apparence, qui se révèle être un réalisateur de films cherchant une jeune première pour tourner un long-métrage se passant sur la mer, sur un bateau.
Ann accepte de participer au projet, sans savoir que plus tôt dans la journée, Carl s'est fait destituer du projet par les producteurs et que c'est clandestinement qu'il veut entreprendre la poursuite du tournage – avec une nouvelle actrice, c'est-à-dire Ann.
Le soir même de sa rencontre avec Denham, Ann embarque donc sur le SS Venture, avec un équipage composé de personnes qui alimentent les cirques comme en témoignent les nombreuses bouteilles de formol, et, pour la touche artistique, avec Jack Driscoll (Adrien Brody), un écrivain que la jeune femme admire.
Au fur et à mesure du tournage, une idylle naissante se tresse entre Driscoll, le scénariste, et Darrow, l'actrice principale, alors que l'équipage découvre la véritable destination du bateau : l'île du Crâne (skull Island), une île réputée mortelle...
Lorsque le bateau arrive près de l'île, les évènements s'enchaînent rapidement : Ann est kidnappée et donnée en sacrifice par les habitants de l'île à King Kong, un gorille géant.



L'histoire de King Kong est connue et re-connue : une jeune femme est donnée par une poignée d'autochtones bizarres à un singe géant, quelque part, sur une île près de Sumatra. La jeune femme est d''abord terrifiée, mais une histoire d'amour ou d'amitié – selon les personnes – se dessine entre les deux individus sur l'île. Les compagnons de la jeune femme veulent la retrouver, se frottent (et se piquent) à la faune de l'île, qui ne leur laisse pratiquement aucune chance. Une poignée d'élus arrivent à "sauver" la jeune femme et à capturer le monstrueux gorille qui semble être une pompe à fric sur pattes.
Deuxième acte, tout le monde est à New-York, pour la grande première où le singe sera présenté à une bande de friqués heureux. Tout dégénère bien sûr, le singe fout la pagaille dans New-York, retrouve sa belle, et meurt sur l'Empire State Building.
La conclusion est la suivante : La belle a tué la bête.
Même si le refrain de King Kong est aussi connu que Baby One More Time de Britney Spears, il n'en reste pas moins que le long-métrage vaut vraiment le détour, de par son aspect esthétique travaillé à la perfection, ses personnages complexes et émouvants, et son rythme, certes un peu lent comme à l'ancienne, mais doté d'un charme non-négligeable. Le passage plutôt long de Skull Island (avant, pendant, après le kidnapping d'Ann) se regarde avec curiosité, même si certains moments nécessitent un scotchage à son siège : entre des espèces de T-Rex voraces, insectes géants et autres monstruosités, le voyage sera effrayant. Skull Island est une sorte de monde perdu (comme le livre d'Arthur Conan Doyle), un endroit où le chaos règne. Malgré son caractère civilisé, New-York est un monde perdu où les seules valeurs dominantes semblent être l'argent, la recherche du succès, et l'indifférence face à la souffrance des autres.

Avant d'être un film d'action, d'aventures, King Kong est avant tout est un film bourré d'émotions, de sentiments en tous genres: une vraie mine d'or pour la psychologie des personnages.
Ann Darrow, le premier rôle féminin, est la sensibilité même, la douceur, la tolérance, tandis que Carl Denham semble dépourvu d'une once d'humanité, le réalisateur représentant l'égocentrisme, l'opportunisme. Les bonnes valeurs sont répandues dans les autres personnages, à l'exception de Bruce Baxter qui cache, lui aussi, une part d'inhumain, comme Denham.
Et bien sûr, qu'est-ce qu'il y a de plus humain que King Kong, la bête qui s'éprend de la belle, qui la sauve, qui veut tout faire pour vivre son histoire d'amour improbable et impossible avec elle?


samedi 10 juillet 2010

Toy Story trois



Il est rare que les suites surpassent les premiers opus, dans le monde du cinéma. Bien sûr, on dira que Le Parrain s’est bonifié pour le deuxième film, et que le troisième volet d’Indiana Jones est sans doute le meilleur de la série. Néanmoins, en règle générale, les scénaristes ont une bonne idée pour un premier film, l’appât du gain pour la suite transforme leurs cerveaux en masse informe et sans connexions synaptiques, juste bons à créer un plat réchauffé sans véritable dynamique.
Toy Story 3 pourrait bien être un de ces films qui se bonifie avec le temps. N’ayant vu que partiellement le premier – et n’ayant pas du tout accroché- et donc logiquement nié le deuxième, il s’agissait d’une découverte à proprement parler. A force de glaner des informations dans les bouches de plusieurs individus (constituant un échantillon aléatoire simple), j’en suis donc arrivée à la conclusion que Toy Story 3 devait être meilleur que le premier et le deuxième additionnés à un scone tapissé de clotted cream et de confiture de fraises.

Le premier Toy Story débutait sur une question importante : est-ce qu’un jouet peut être remplaçable ? Le jour où Buzz l’éclair est arrivé chez Andy, un petit garçon, ce dernier l’a préféré à Woody, son « meilleur ami », le jouet qu’il adorait. La grande question du film tenait dans la place qu’on pouvait donner à une nouvelle personne, à la jalousie.
Ici, dans Toy Story 3, le film débute sur la question du départ à l’université d’Andy : celui-ci, presque adulte, délaisse depuis des années ses anciens jouets, qui sont d’ailleurs déprimés à l’idée d’être probablement mis au grenier – ou pire à la poubelle.
Quel est le sentiment d’attachement d’un enfant à ses jouets ? Est-ce qu’en devenant adulte, l’enfant jette-t-il tout simplement ses jouets, reniant une part de lui-même ? Que deviennent les jouets après une vie bien remplie ? Peuvent-ils appartenir à d’autres ou doivent-ils rester fidèles à leur propriétaire ? Toutes les réponses à ces questions se trouvent dans le film, présentant d’emblée deux points de vue : celui de Woody, le fidèle cowboy, qui ne peut concevoir de passer sa vie loin d’Andy, et le point de vue des autres jouets, qui, eux, se sentent délaissés, oubliés, aspirant à devenir à nouveau des jouets à proprement parler.

Andy va partir à l’université dans quelques jours. Cédant à sa mère, il doit ranger sa chambre, et trier en trois sortes de caisses ses affaires : la caisse du grenier, celle de l’université, et enfin, la poubelle. Les anciens jouets d’Andy, entassés dans un coffre, craignent pour leur « survie » et essayent une nouvelle tentative désespérée pour capter l’attention du jeune homme. Alors que Woody, le cowboy, maintient fermement qu’Andy ne les jettera pas, Buzz, Rex, Jessie, Mr. Patate, Bayonne, Zig-Zag, sont convaincus du contraire et du fait qu’ils approchent de la retraite, malgré eux. Andy range ses affaires, et prend dans la caisse d’université Woody, tandis que les autres jouets atterrissent dans un sac poubelle, prévu pour aller au grenier. Bien sûr, tout ne se passe comme prévu, et la mère d’Andy apporte le sac poubelle dehors. In extremis, les jouets se sauvent, suivis par Woody, et se retrouvent embarqués dans une nouvelle aventure à la garderie, un soi-disant paradis pour les jouets, qui se trouve être plutôt un cauchemar à l’état pur -lorsqu'on est dans la classe des petits enfants- , orchestré par un ours diabolique et un singe effrayant.

Tout le monde connait Woody, Buzz, Jessie, Rex, Bayonne, Mr. Patate, qu'on retrouve avec un sourire ému, tant les personnages sont drôles, attachants, au point qu'on arrive à se dire qu'il faut qu'on récupère nos anciens jouets oubliés au grenier, alors qu'ils nous ont donné tant d'heures magnifiques. Le film suggère que justement, les jouets finissent toujours par retrouver une seconde vie : on les donne à nos petits frères et soeurs, à nos cousins, à nos voisins, à des enfants pauvres qui ne peuvent s'en acheter. Il y a un cycle de vie pour les jouets, qui, dépasse les limites d'une personne. Bien sûr, Woody, est convaincu du contraire : il ne vit que pour Andy, celui qui était son propriétaire aimant il n'y a pas encore si longtemps de ça. Cet attachement éloigne Woody de ses amis, pour qui, une autre vie est possible avec d'autres personnes. C'est une sorte de métaphore sur le deuil en général : dire aurevoir à ceux qu'on a aimé, à ceux pour qui nous n'avons plus la même importance.

Les nouveaux jouets introduits, et notamment l'ours en peluche Lotso, personnage riche et complexe du point de vue de sa psychologie, nous promettent des tranches de rigolade, et des séquences émotions. On note l'apparition très remarquée de Barbie – la poupée de la petite soeur d'Andy qui est donnée au début du film à la garderie – et Ken – ou le fils spirituel de Vincent Mc Doom et de Karl Lagerfeld – une sorte de dandy insupportablement fashion, qui donnera à tout le monde une crise d'asthme à force de rire.

En résumé, Toy Story 3 est un film à voir – la question de la 3D ne sera pas débattue ici, même si, foncièrement, elle n'était pas nécessaire. Une invitation à retourner en enfance, à éclater de rire devant Buzz en mode espagnol, devant Ken en séance de défilé de mode (si, si, avec une musique appropriée) : tous les ingrédients sont réunis pour faire de Toy Story 3 un grand film d'animation, drôle, émouvant, sincère, et qui laissera rêveur le public.

jeudi 17 juin 2010

Robin Hood

Robin Hood, mouture 2010, une vaste blague ?





Quand Ridley Scott a avoué à la Terre entière qu’il aimait se badigeonner le canal déférent avec de la crème fraîche chaque dimanche après-midi, et qu’il allait réaliser une nouvelle version de Robin Hood, une légende britannique qui a connu de nombreuses adaptations, tout le monde a retenu son souffle, comme à la piscine, quand on faisait semblant de couler, histoire d’être écarté.
The Adventures of Robin Hood de Curtiz, Robin Hood de Reitherman (ou la version Disney) et Robin Hood, Prince of Thieves de Reynolds étaient – parmi la multitude de films sur le héros – ceux considérés comme références principales, et un énième opus ne semblait guère légitime.
Pour la plupart des gens, le film de Reynolds mettant en scène Kevin Costner était même vu comme une référence optimale – la conjugaison du comique et du dramatique avec une pincée de romanesque se mariant aussi bien que Charles et Camilla -, ne nécessitant pas une nouvelle version.
Alors, forcément, quand Ridley Scott a présenté son projet, l’emballement du public n’y était pas. Un nouveau Robin Hood, pourquoi faire ? On a déjà des baladeurs mp3 qui peuvent être vibromasseurs, alors quel intérêt ?!
Russell Crowe aurait même décliné le rôle de Robin, dans un premier temps, jugeant que cette nouvelle version n’avait pas lieu d’être, et qu’en plus, le scénario s’était fait sans historiens ou autres rats de bibliothèque fort utiles lorsqu’il s’agit de composer une oeuvre un minimum fidèle à l’histoire. Après des mois de lectures, de recherches, Crowe a finalement accepté le rôle, et le film a pu se faire, après une révision complète du scénario (ce qui rappelle l’histoire de Terminator 4).

Que vaut le film en lui-même? Il raconte l'histoire d'un hors-la-loi (forcément, c'est toujours une histoire de bad boy), enfin, d'une tête brûlée, Robin Longstride, qui, en France, assiste au décès de Richard Lionheart (un gros connard sans humour), et un peu plus tard, à une embuscade orchestrée par des français - aidés par Godefroy, un membre du gratin anglais, un peu traître sur les bords - visant à récupérer la couronne avant son arrivée en Angleterre, histoire que les français puissent niquer le prince Jean en toute beauté. Longstride et ses compagnons donnent des gros coups de pied au cul des français, font fuir Godefroy, et après une petite promesse à un noble mourant du nom de Locksley, ils décident de partir avec le bateau royal qui attendait les autres, comme ça, ils ne devront pas glander un an en France avant de rentrer sur leur île tant aimée. Un gros quiproquo digne d'un vaudeville - avec un peu plus de sang quand même - se déroule, Robin Longstride devenant magiquement Robert de Locksley. La troupe d'usurpateurs fait une entrée royale en Angleterre, en faisant du prince Jean le nouveau roi, bien malgré eux, mais comme ce sont de bons comédiens, ils jouent le jeu.
Robin, pris d'une crise de culpabilité, parce qu'en plus, il doit aller à Nottingham pour voir le père de Robert Locksley, décide d'honorer la promesse qu'il a faite à Robert, alors qu'il était mourant. A partir d'ici, l'intrigue se centre sur l'arrivée de Robin à Nottingham, ainsi que son installation là-bas, tandis que le spectateur assiste également à une représentation géopolitique de l'Angleterre : entre les caprices burlesques de Jean, et les crasses que Godefroy fait en dupant tout le monde, c'est un véritable portrait de la société, des problèmes politiques de cette période que le film Robin Hood dresse, avec beaucoup d'humour (à travers le personnage du prince Jean).

Russell Crowe mène la danse, offrant une composition à mi-chemin entre celle de 3:10 To Yuma et celle de Gladiator. Les mauvaises langues vont également dire que l'association Crowe-Scott est comparable à celle de Tim Burton et de Johnny Deep, et que Russell Crowe, il est sur son bateau et il tabasse les gens (si vous n'avez jamais vu d'épisodes de South Park, vous ne pouvez pas comprendre cette référence, dansons pour ne pas mourir).
Cate Blanchett a déjà eu des rôles du genre "femme forte, prête à tout, dure comme un roc anglais", dans Elizabeth, par exemple. Mark Strong, est habitué aux rôles de gros connard machiavélique de service, son visage reptilien aidant sûrement : dans Stardust, il terrorisait tout le monde, prêt au pire pour poursuivre son but, et, dernièrement, dans Sherlock Homes, il jouait les fauteurs de troubles.
William Hurt a un rôle certes important au niveau symbolique, mais presque pas présent, très sage, qui essaye de raisonner le prince Jean, l'irresponsable de service.
Seul bémol dans ce casting sans faute : Léa Seydoux, une actrice française jouant une française, qui a toujours la même expression blasée et le même jeu, quel que ce soit le film dans lequel elle joue.

Robin Hood n'a pas été bien accepté, du point de vue des critiques. On reproche au film d'aller dans tous les sens, de ne pas se centrer assez sur Robin, de ne présenter que la partie de l'histoire qui a précédé la légende, alors que ce qui intéresse Josiane, c'est la légende, l'homme derrière l'arc. Cette surexploitation du contexte historique pose également question : les gens voulaient du romanesque, de la poudre aux yeux.
Et il semblerait que ce ne soit pas la faute à Ridley Scott en particulier, mais aux adaptations de légendes : on va vers le plus réaliste, le plus contextualisé, le plus explicatif, on renonce au fantastique : comme exemple, King Arthur, en 2004, de Fuqua, qui oubliait les délires pornographiques de la fée Morgane, les tours de passe-passe de Merlin, le scénario peuplé d'orgies entre chevaliers, chevaux et dames. Bref, il semble que les légendes n'ont plus lieu d'être, qu'elles vont être remaniées, dans une version plus réaliste, un peu comme la télé-réalité, mais sans les nichons refaits.
Maintenant, l'autre problème est celui de la légitimité : comme dit précédemment, les films sur Robin Hood sont aussi nombreux que les opérations de chirurgie esthétique de Cher, certains des films faisant l'unanimité plus que d'autres. Alors que les affiches et les bandes-annonces commençaient à fleurir comme les allergies aux pollens, le peuple grondait dans sa barbe que zut, on s'en fout, ce sera pas aussi bien que celui avec Costner. A la sortie des salles, on pouvait même entendre c'est nul, celui avec Alan Rickman était vingt fois mieux, bon, on va se boire une bière putain?. Quelques fois, des avis plus sensés, qui disaient que ce n'était pas comparable, c'est un nouveau genre.

Il n'y a pas de véritable raison de décrire le film comme un navet, et pourtant, les critiques étaient aussi clémentes qu'Obama lorsqu'il s'adressait à BP à la Maison Blanche.
Bien sûr, le prince Jean mérite deux claques, est un peu ridicule par moments, le film est sans doute trop long, mais c'est une vision unique et originale de ce qui a mené à une légende archiconnue. Maintenant, à savoir si Ridley Scott aurait dû faire le film sur la légende en tant que telle et pas les prémisses, le débat reste ouvert. Voilà, on ne peut pas comparer ce film aux anciens, pour la simple raison qu'il ne traite pas du même sujet, du même moment. De plus, on peut déceler une sorte de morale cachée, très vingt-et-unième siècle, sur la liberté des hommes, leur besoin d'évoluer dans une société égalitaire pour être heureux.
Chaque film est un produit de son temps, de sa génération, de son époque. Le film de Reynolds résultait de l'effet héros presque surhumain, avec Costner, et celui de Scott, lui, reflète plus la société actuelle, qui semble se faire baiser par le gouvernement qui est constitué de traîtres et de gens ridicules (comme en Belgique), ce qui ne plait pas aux gens, parce qu'ils préfèrent les beaux gosses fougueux, pour leur faire oublier que putain, ils ne doivent pas rendre en retard leur déclaration d'impôts.